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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 21 mars 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Justin "Jus" Oborn
(chant+guitare+sitar)

-Elizabeth "Liz" Buckingham
(guitare+orgue Hammond)

-Rob Al-Issa
(basse)

-Shaun Rutter
(batterie)

TRACKLIST

1) Witchcult Today
2) Dunwich
3) Satanic Rites of Drugula
4) Raptus
5) The Chosen Few
6) Torquemada
7) Black Magic Rituals & Perversions
        I. Frisson Des Vampires
        II. Zora
8) Saturnine
9) Raptus Reprise (pressage japonais uniquement)

DISCOGRAPHIE


Electric Wizard - Witchcult Today
(2007) - doom metal stoner - Label : Spinefarm record



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« J'ai surpris une discussion entre ces puissances maléfiques dans la colline derrière ma demeure. Elle retentissait de claquements, de grondements, de grognements, de crissements et de sifflements qu'aucun être de notre Terre n'aurait pu produire et qui devaient donc provenir de cavernes que seule la magie noire peut faire apparaître, seul le Diable peut ouvrir » (Lovecraft, L’abomination de Dunwich). Le père Hoadley disparut peu de temps après avoir prononcé ce sermon, mais l'écho des sonorités étranges résonnant dans les collines de Dunwich est bel et bien toujours audible, parvenu jusqu'à nous. Les engoulevents bois-pourris d'Electric Wizard peuvent-ils piailler d'extase pour avoir réussi à emporter votre âme ? La mienne est en partance. Tout comme cette femme qui se laisse emporter sous les traits de pinceau de Jus Oborn, dans cet artwork épuré autant qu'annonciateur

Sondez l'insondable. Rappelez à vos vœux de connaissance l'Ange de lumière devenu adversaire. Éprouvez avec jouissance la morsure délectable du Premier. Et contemplez les yeux grands ouverts, l’innommable et l'insondable. Non, vous n'êtes pas fous, aurait dit Lovecraft (dont j'ai repris la lecture à l'occasion de cette découverte). Les portes sont ouvertes et exhalent ce souffle de poussière doom-stoner incomparable d'une ode vouée au culte noir. Souvenez-vous, de ces images qui vous hantaient, du résidu que ces légendes horrifiques autant que fantastiques ont laissé sous votre épiderme, de ce frisson honni autant que recherché, et de cette sensation poisseuse qui rampait le long de votre échine. Merde, j'ai recommencé à fumer depuis que j'écoute cet album à la chaîne. Nerveuse envie d'accentuer cette sensation lourde de poisse qui se colle au palais. Mais il est vrai que cet album respire aussi la fumée (de marijuana) et l’alcool (à fort degré) lorsqu'il colore les heures les plus tardives, celles où l'on aime à s'isoler et laisser le songe s'adonner à quelque périple de la pensée proscrite. Il aurait pu être Vaudou. Mais ces voleurs de crucifix ont eu ont envie de conter l'histoire occulte dont eux étaient pétris, et il la restituent en un sacré tour de manche dans ce qui pourrait être la bande sonore parfaite d'un film de la Hammer, qui resterait simplement à embobiner, avec orgueil.
Les monstres invisibles, incubes et succubes, prêcheurs de l'Enfer, vampires et autres ombres feulantes engendrés par quelques Yog-Sothoth et consorts, rejaillissent alors, baignés de ces nappes sonores épaisses et avancent vers vous avec la lenteur de l’inéluctable. Electric Wizard n'a pas volé sa réputation d'avoir posé des classiques du genre. Son talent pour composer des ambiances crasses et captivantes est indéniable, mais il est allé plus loin. D'un son raw, mâtiné à la production de Liam Watson, il a su tirer le parti pour accentuer le sentiment de malaise qui va vicieusement charmer nos esprits et nous plonger dans ce bain d'occultisme old-school assumé, le même qui avait inspiré les hallucinantes élucubrations sabbathiennes d'un aîné dont l'influence ne peut être niée, avec cependant la prétention de rendre la mixture encore plus épaisse, suffocante et originale. Et ce dès le prime instant. Car "Witchcult Today" n'introduit pas, il est déjà vif du sujet. Le rite est déjà en train de se produire au moment où vous vous lancez dans le périple. Vous ne pouvez qu'en être le témoin. Indéfinissables souffles spectraux venus des tréfonds de l'autre monde se présentant à vous. Guitares qui s'élèvent alors, formant mur compact, traçant le chemin à parcourir, avec lenteur et dévouement. « Come fanatics, come to the sabbath, thirteen dressed in black are here, screaming, naked our altar, kissed by the whip, now satans daughter. Our witchcult grows... » . Et vous, d'avancer dans cette poix, désireux d'être non moins que le treizième à prendre place, drogué par le rythme hypnotique de la musique, guidé par la psalmodie tourmentée d'un Jus Oborn, habité dans son rôle de Maître de cérémonie.
Vous êtes impliqué désormais. Mais à quelle créature avez vous ouvert les bras ? L'orage gronde, la pluie s'abat sur vous à gros rideaux. Vous parcourez désormais les lignes sinueuses de la colline de "Dunwich" et lorsque vous atteindrez l'autel de pierre sis à son sommet, vous découvrirez la raison pour laquelle la voix de votre guide se fend de désespérance autant que de fanatisme. « Our time has come, the end has begun ». L'obscène. Relisez votre Necronomicon, si vous prétendez oser lui faire face. Les cordes, ici, ne vous encouragent pas, elles chantent votre ascension vers l’inéluctable. Leur étrange frénésie pachydermique dépeint si justement cette créature invisible aux proportions inimaginables qui, aveuglément, avance vers ce que vous n'osiez croire possible. Et écrase tout sur son passage. Poussières stoner que ces mas et ces êtres sur sa route. Et ces nappes de fond qui geignent étrangement, ne vous rappellent que trop bien son appartenance à un ailleurs indescriptible. Et ce pouls. À la toute fin. C'est bien le vôtre.
Ah, mais passé cette épreuve suffocante, vous n'en aurez pas fini. Cela ne fait même que commencer. Où croyez-vous trouver refuge ? Lui aussi, n'attend que de vous ouvrir les bras. Je vous l'ai dit, Electric Wizard se souvient des vieilles occurrences et rappelle pour vous les plus vénérables créatures ténébreuses pour former une orgie de sorcellerie ce soir. Peste bubonique, Drugula vit toujours à Londres. À moins que ce ne soit à Wimborne ? Et vous de le sentir dédaigneusement roder autour de vous, drapé de sa cape et de motifs hypnotiques. S'en suit "Raptus". Cognez-vous alors la tête sur ce petit morceau d'altérité psychédélique, brièvement obsédant. Accordez-vous une bouffée. Juste un instant. Comme si vous étiez la proie qui se réveille sur l'autel. En plein questionnement. Car "The Chosen Few", vous ramènera vers le vœu que vous avez fait en franchissant le seuil. Le pentagramme se dessinant sur le sol, à nouveau les cordes grondent et votre guide se rappelle à vous. Le motif se fait toujours plus écrasant, Liz venant vous marteler l'esprit de ses riffs vicieux et de ces soli implacables. Et puis, cette petite touche claire, cachée derrière le mur compact, qui se fraye un chemin jusqu'à vous et vous murmure sa litanie froide et malsaine. Elle restera là, à vous hanter. Jusqu'à l'extrémité.
Dans le bain, vous êtes toujours plongés. Avec promesse de plus encore. Car si Witchcult Today semble se déployer de manière linéaire, il n'en monte pas moins en puissance. Le bain, devient donc ici rouge. Car, vous ne pourriez l'oublier. Vous n'oseriez pas l'oublier. La main caressante, la sensualité vile. Si subtilement brossée à votre regard impie dans ce solo terrible et lointain, qui s'étire, encore et encore, comme la courbe du temps qu'elle voulait défier dans sa lassitude de la mortalité. Comme une flamme de l'enfer. Revenue à la vie. Pour vous. Un instant. Regardez la ! La comtesse rouge. Elisabeth Bathory, baignant dans son bain de sang et vous défiant. Reconnaissant en vous un instant, l’inquisiteur Tomas Torquemada. Lui, l'implacable, implorant de se consumer à son tour, de voir les flammes lécher son corps sur le bûcher ainsi dressé facétieusement par Electric Wizard.
Mais le paroxysme de Witchcult Today est sans doute atteint sur "Black Magic Rituals & Perversions", la si bien nommée. Car ici, la musique pénètre, pleinement, de manière perverse. Elle se fait morsure tout d'abord, puis ralentissement du flux vital et enfin, esprit qui s'égare. Les voix et les perceptions qui se modifient, l'univers qui devient déroutant, les schémas et les mots qui s'inversent, le souffle qui s'échappe. Des cris, qui ne sont que suggestions. Des tambours, tribaux. Des lignes simples, amères. Des voix dont le message n'a de sens que dans leur tonalité. Un instant, désaxé autant que contemplatif. Le plus étrange des essentiels touché du doigt. Non comme une respiration. Vraiment, non. Juste une préparation au regard à porter sur la dernière carte à abattre, "Saturnine". Un regard tout autre, tourné vers un soleil noir, pourvoyeur d'une autre forme de lumière. Ici, la musique devient chaude, des rais de lumières comme lames chauffées à blanc fendent l'espace et vous encerclent et, petit à petit, vous vous sentez décoller, emporté, vers quelque univers sis au delà de la croûte terrestre. Ultime prière : « As I invoke these words from blackened page, Through the black arts I will find a way, To bring you back through space and time to me, My priestess of Mars set me free... »


Witchcult Today – un culte du genre, puisant source dans les cultes de l'occulte – est un spectre fascinant. S'y plonger, c'est participer de ces étranges voyages oniriques, littéraires et cinématographiques où on se plaît à flirter outrageusement sur la frontière entre l'horreur et le fascinant, ne sachant trop de quel côté on va (ou on souhaite) tomber. Un album saisissant dont j'invite à boire et reboire les obscures lignes sonores sans retenue aucune, jusqu'à la dernière goutte.





« I catch a very plain Discourse of evill powers in the Hill behind my house; wherein there were a rattling and rolling, groaning, screeching, and hissing, such as no things of this Earth cou'd raise up, and which must needs have come from those Caves that only black Magick can discover, and only the Divell unlock ». Mr Hoadley disappeared soon after delivering this sermon. But the echo of strange sounds resounding in the hills of Dunwich is still extant. May Electric Wizard's wood-powered whippoorwills squeal in ecstasy for having succeeded in capturing your soul? Mine is about to leave. Just like this woman who lets herself being carried away in this as much refined as announcing artwork, signed Jus Oborn.

Probe the unfathomable. Call back to your vows of knowledge the Angel of light who has become an adversary. Experience with pleasure the delectable bite of the First. And contemplate with wide-open eyes, the unspeakable. No, you are not crazy, would have said Lovecraft. The doors are open and exhales this incomparable doom-stoner, dust breath of an ode dedicated to the black cult. Remember, those pictures that haunted you, the residue that those horrific as well as fantastic legends left under your epidermis, that hated thrill as much as sought after, and that sticky feeling that crawled along your spine. Shit, I've started smoking again since I've been listening to this album on a regular basis. Nervous desire to accentuate this heavy feeling of jinx that sticks to the palate. But this album also breathes smoke (of marijuana) and alcohol (in strong degree) when it colors the latest hours, when we like to isolate ourselves and devote to some journey made of proscribed thought. It could have been a Voodoo piece. But these crucifix thieves wanted to tell the occult story they were molded, and they restore it in one hell of a twist in what could be the perfect soundtrack to a Hammer film, which would simply remain to be reeled in, with pride.
The invisible monsters, incubus and succubus, preachers of Hell, vampires and other shrieking shadows engendered by some Yog-Sothoth and consorts, reappear then, bathed in these thick layers of sound and progress towards you with the slowness of the ineluctable. Electric Wizard didn't steal its reputation for having laid down classics of the genre. Its talent to compose dirty and captivating atmospheres is undeniable, but they went further. From a raw sound, matted with Liam Watson's production, they knew how to take advantage to accentuate the feeling of uneasiness that will viciously charm our minds and plunge us into this bath of old-school occultism, the same one that inspired the hallucinating sabbathian lucubration of an elder whose influence cannot be denied, with however the pretension to make the mixture even thicker, suffocating and original.
And this from the first moment. Because "Witchcult Today" does not introduce, it get to the heart of the matter. The rite is already happening the moment you embark on the journey. You can only be a witness. Undefinable spectral breaths coming from the depths of the other world presenting themselves to you. Guitars rising then, forming a compact wall, tracing the way to go, with slowness and dedication. « Come fanatics, come to the sabbath, thirteen dressed in black are here, screaming, naked our altar, kissed by the whip, now satans daughter. Our witchcult grows... » . And you, you move forward in this pitch, eager to be no less than the thirteenth to take place, drugged by the hypnotic rhythm of the music, guided by the tormented psalmody of Jus Oborn, inhabited in his role of Master of Ceremonies.
You are involved now. But what creature have you opened your arms to? The storm is roaring, the rain is pouring down on you. You are now following the winding lines of "Dunwich" hill and when you will finally reach the stone altar at the top, you will discover the reason why your guide's voice is full of despair and fanaticism. « Our time has come, the end has begun ». The obscene. Read the Necronomicon again, if you dare to face it. The strings, here, do not encourage you, they sing your ascent towards the ineluctable. Their strange mammoth frenzy so accurately depicts this invisible creature of unimaginable proportions that, blindly, moves towards what you dared not believe possible. And crushes everything in its path. Stoner dust remain these farmhouses and these beings on its road. And these background layers that whine strangely, reminding you its belonging to an indescribable elsewhere. And this pulse. At the very end. It is indeed yours.
After this suffocating ordeal, you won't be done. It has just begun. Where do you think you will find refuge? He too, is waiting to open his arms to you. I told you, Electric Wizard remembered old occurrences and called back for you tonight the most venerable dark creatures to form an orgy of witchcraft. Bubonic plague, Drugula still lives in London. Unless it's in Wimborne? And you can feel him disdainfully hovering around you, draped in his cape and hypnotic patterns. Then follows "Raptus". Then bang your head on this little piece of psychedelic otherness, briefly haunting. Give yourself a whiff. Just for a moment. Like you were the prey that wakes up on the altar. Questioning. Because "The Chosen Few", will bring you back to the vow you made when you crossed the threshold. As the pentagram is drawn on the floor, the strings rumble again and your guide reminds you. The pattern becomes ever more overwhelming, Liz coming to hammer your mind with her vicious riffs and relentless solos. And then, that little clear touch, hidden behind the compact wall, that makes its way to you and whispers its cold and unhealthy litany. It will stay there, haunting you. Until the end.
In the bath, you are still immersed. With the promise of more to come. Because if Witchcult Today seems to unfold in a linear way, it goes up in power. The bath, thus becomes here red. Because you could not forget it. You wouldn't dare to forget it. The caressing hand, the vile sensuality. So subtly brushed to your impious gaze in this terrible and distant solo, which stretches, over and over again, like the curve of time that she wanted to defy in her weariness of mortality. Like a flame from hell. Back to life. For you. For a moment. Look at her! The red countess. Elizabeth Bathory, bathed in blood and defying you. Recognizing in you for a few moments, the inquisitor Tomas Torquemada. He, the implacable, imploring to be consumed in turn, to see the flames licking his body on the pyre thus facetiously built by Electric Wizard.
But the paroxysm of Witchcult Today is undoubtedly achieved on "Black Magic Rituals & Perversions", the so well named. Here, the music penetrates, fully, in a perverse way. First it bites, then it slows down the vital flow and finally, the mind goes astray. Voices and perceptions change, the universe becomes confusing, patterns and words are reversed, the breath escapes. Shouts, which are only suggestions. Tribal drums. Simple and bitter patterns. Voices, whose message only makes sense in their tone. A moment, off-axis as much as contemplative. The weirdest of essentials. Not like a breath. Just a preparation. Fort the last card to be played, "Saturnine". A completely different gaze, turned towards a black sun, purveyor of another form of light. Here, the music becomes warm, the light grapes like white-hot blades split the space and surround you and little by little you feel yourself taking off, carried away, towards some universe beyond the earth's crust. Ultimate prayer : " As I invoke these words from blackened page, Through the black arts I will find a way, To bring you back through space and time to me, My priestess of mars set me free... "

Witchcult Today - a cult of the genre, inspired by the cults of the occult - is a fascinating spectre. To dive into it is to take part in these strange dreamlike, literary and cinematographic journeys where one enjoys flirting outrageously on the border between horror and fascination, not knowing on which side one will (or wishes to) fall. A striking album whose obscure sound lines should be drinked and re-drinked without any restraint, until the last drop.


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