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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 18 avril 2021
Sa note : 12/20

LINE UP

-Mateusz "Uappa Terror" Łapczyński
(chant+guitare)

-Przemysław "Paua Siffredi" Pałka
(guitare)

-Szymon "Simon" Ziółkowski
(basse)

-Vitor Robson dos Santos Friggi "Mad Beats"
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Jan "Słoma" Słomski
(chœurs sur 3)

-Jacek Kosa
(chœurs sur 3)

-Sebastian "Syru" Syroczyński
(chœurs sur 3)

-Manoel "Manu Joker" Henriques
(chœurs sur 7)

-Jairo Vaz Neto
(chœurs sur 7)

-Konrad “Destroyer” Ramotowski
(guitare sur 1)

-Frank "Blackfire" Gosdzik
(guitare sur 11)

TRACKLIST

1) Terrorizing the Nation as the Best Way to Thwart Shameful Schemes
2) Possessed by Blyat
3) Worried Again
4) Steel on the Road
5) Plastic Death
6) Your Personal Comfort Versus the Global Disaster
7) Desordem e Regresso
8) Into the Void
9) Ego-Boost Downfall
10) Money Kills
11) Demolition
12) I Don't Care
13) Conspiracy
14) The Day They Left Their Graves

DISCOGRAPHIE


Terrordome - Straight Outta Smogtown
(2021) - thrash metal - Label : Selfmadegod Records



Le metal n'a jamais été aussi diversifié - une évidence pour ceux qui observent leur genre adulé se subdiviser, quotidiennement ou presque, en sous-catégories de plus en plus improbables. Chaque jour nous rapproche un peu plus de l'arrivée dans le réseau d'une formation de grind polka ou de musette speed metal – enfin, une bonne disons, sinon on a déjà Korpiklaani. Entre ces immenses chaudrons bouillonnant des recettes chargées d'aujourd'hui et de demain slaloment des types que cette effervescence indiffère. Les membres de Terrordome appartiennent à cette catégorie peuplée de gardiens intransigeants de la tradition, pas ceux du heavy metal eighties s'ébrouant dans le vivier de la NWOTHM (New Wave of Traditional Heavy Metal) mais du thrash metal - des années quatre-vingts, aussi.

Groupe fondé à Cracovie en 2005, Terrordome sort en février 2021 son troisième LP après We'll Show You Mosh, Bitch! en 2011 et Machete Justice en 2015, tous deux parus chez Defense, label polonais abritant plusieurs formations sud-américaines avec lesquels nos lascars ont partagé quelques enregistrements - Dekapited du Chili et surtout Chaos Synopsis, section brésilienne ayant prêté son batteur pour les besoins de Straight Outta Smogtown et dont certains spécimens ont été invités sur l'album pour interpréter "Desordem e Regresso", détournement rageur de la devise du pays actuellement dirigé par le sinistre Jair Bolsonaro. L'intitulé du scud, comme on disait au début des années quatre-vingt-dix, contredit en partie les intentions puristes des compatriotes de Nergal puisque faisant clairement référence à Straight Outta Compton, le premier album de N.W.A., groupe hip hop californien ayant compté en ses rangs Ice Cube et Dr Dre. Cette réalisation de 1988, dont la police de caractères sur la pochette est reprise quasiment à l'identique sur celle de son avatar de 2021, est considérée comme la matrice du gangsta rap, "Fuck tha Police" étant son titre la plus fameux. Le rapport avec une horde de thrasheurs de Petite-Pologne paraît peu évident de prime abord, mais s'explique par une attirance commune pour les messages politiques virulents dont témoigne sur We'll Show You Mosh, Bitch! la reprise du « tube » de Nuclear Assault, "Hang the Pope", subtilement rebaptisé "Hang the Cop" pour l'occasion.
Par ailleurs, "Welcome to the Terrordome" est l'un des titres emblématiques des darons du rap US Public Enemy, sorti en 1990. Pas ce qu'il y a de plus récent dans le genre, mais Terrordome aime manifestement les vieux trucs raides - non, on ne parle pas des vertèbres de ce pauvre Mick Mars. En revanche, pas la moindre trace de rap dans la grosse douzaine d'exocets balancés par le quatuor. Aux acoustiques mesures liminaires répond une rafale de guitares hyper nerveuses surmontées par des éructations déchirées à la Paul Baloff. Le ralentissement, relatif, après le deuxième refrain n'est que de courte durée avant la remise des gaz sur le solo et un ultime retour du refrain. Pas de fioritures, l'affaire est conclue en moins de trois minutes - emballé, c'est pesé. Les pistes suivantes étant toutes déclinées sur le même modèle que ce punitif "Possessed by Blyat", une certaine lassitude finit par s'installer à mi-parcours, d'autant que l'inspiration des deux guitaristes Paua Siffredi et Uappa Terror puise inlassablement dans le creuset d'un thrash crossover très nord-américain, donnant à Terrordome des allures d'Anthrax sous caféine ou d'un Municipal Waste dopé aux amphètes. Le chant plutôt réjouissant de Uappa Terror, qui donne l'impression d'être au bord du décès après chaque intervention, est cependant assez redondant et risque de crisper les auditeurs qui goûtent peu aux aigus saturés.
On regrettera également les bonnes idées peu exploitées, comme le tourbillon infernal qui initie "Your Personal Comfort Versus the Global Disaster" ou le motif mélodieux trop discret sur "Money Kills". Les séquences de transition en mode scansion, heureusement brèves, n'apportent pas grand chose, tandis que les conclusions abruptes se révèlent souvent frustrantes - une petite modulation ou une montée en puissance de temps à autre n'aurait certainement pas nui. Difficile toutefois d'attendre une progression rythmique ou mélodique tant la vitesse d'exécution est élevée. Celle-ci est remarquablement mise en valeur par une production claire qui fait la part belle aux six-cordes et à la basse - ça change des récitals de batterie surnageant dans une bouillie de médiums. Certes, les solos chiadés – pas d'énièmes déchiquetages slayeriens ici - bonifient les morceaux et le refrain d'"Into the Void" se révèle particulièrement accrocheur. C'est hélas le seul dans ce cas.


Doté d'un son puissant, porté par des musiciens énervés et pas manchots quand il s'agit de tronçonner de la triple croche, Straigt Outta Smogtown comblera les amateurs de thrash vintage sans concession dont la vélocité constitue l'atout principal. A contrario, sa linéarité et son manque de variation risquent de rebuter une bonne partie de l'auditoire qui verra en ce nouvel effort de Terrordome la manifestation d'un metal retro uniforme et peu inventif flirtant avec l'anecdotique. Et pourtant, quelle énergie !





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