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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 11 mai 2021
Sa note : 15/20

LINE UP

-Henrik Edenhed
(chant+guitare)

-David Andersson
(chant+guitare+claviers)

-Per Fallstrom
(chant+basse)

-Andreas Westerling
(chant+batterie+percussions)

A également participé à l'enregistrement :

-Tony Hellberg
(voix+orgue hammond sur "Make Amend")

TRACKLIST

1) If You Could Hear Me Now
2) The Way it Hurts
3) As We Ride into the Sunset
4) Going Down
5) The Man I'll Never Be
6) Out and Into Nowhere
7) Make Amends
8)
After All
9) Loaded Gun
10)Worthless Piece of Dirt
11) Yes I Alone
12) Rise Again

DISCOGRAPHIE

Downstroke (1998)

Downstroke - Downstroke
(1998) - rock grunge - Label : Shrapnel Records



(For english version, scroll down)

Un album qui a comme un goût d'été chaque fois que je l'écoute. Mais plutôt l'été vu par les yeux d'une gamine de seize ans qui avait encore le cul coincé entre deux classes de lycée, des pièces de théâtre et des romans sous le bras et plus d'inventions en tête que de réalités – quelques sonorités qui surnageaient en sus, que dégueulaient films et stations de radio. Rien de précis, juste un souffle dans l'air, à la fois grisant et chagrin, propre à colorer une envie de choper un truc « autre ». Gavée de tout et en même temps avide de tant et plus encore, mais candide à l'excès. 1998. Je crois que j'aurais adoré avoir ce disque entre les mains alors. Mais je l'ai découvert bien après, avec une émotion tendrement amusée. Comme un document qui exhalerait une certaine fraîcheur à laquelle on n'a jamais vraiment envie de renoncer.

Il aura fallu que son auteur me le glisse dans l'oreille, comme un souvenir, un instantané, auto-qualifié d'imparfait, et patiné encore d'une déception, parce que demeuré totalement inaperçu. Insuccès qui aura sans doute participé à un changement radical de cap. Vous ne trouverez effectivement que très peu au sujet de ce quartet de Lidkoping, signé sous label Non-Interference Records, division de Shrapnel Records. Deux albums : Distorted Sunshine (1997) et Downstroke (1998). Mais si le premier nommé pêchait quelque peu par des maladresses et hésitations palpables, le second, objet du présent article, révèle bien plus de couleurs et de saveurs. Des structures soignées et accrocheuses, des intentions efficacement conduites, et – déjà – le filigrane d'une patte originale que l'on retrouvera bien plus tard dans des registres ô combien différents. Efforts insuffisants cependant pour prétendre transfigurer le genre radio-friendly – sur le déclin - ou marquer efficacement et durablement les esprits amplement saturés par des figures à très fort succès commercial; mais bien assez cependant pour offrir un plaisant voyage musical, voir pour se poser en petit péché discret et non coupable pour d’indécrottables amateurs.
Alors, à quoi tient le plaisir ici ? L'album est bel et bien truffé de morceaux parfaitement taillés pour répondre aux codas et qui se placent sur une droite ligne radio-friendly. Les sonorités sont chaudes et engageantes, le chant tient parfaitement l'équilibre attendu entre doux désabusement et frénésie lâchée, et la rythmique est à l'avenant. "The Way it Hurts" est ainsi un joli classique qui alterne ses couplets tendres et une émotion gorge nouée dans ses refrains à l'appui d'une instrumentation agréablement calibrée, toute en variations d'intensité. "As We Ride into the Sunset" et "Loaded Gun" respirent l'agitation et forcent volontiers l'envie de tailler sa route. Quant à "Worthless Piece of Dirt" ou encore "The Man I'll Never Be", ils offrent ces refrains propres à hanter facilement l'esprit. Classiques ?
Sauf que... Il y a "If You Could Hear me Now" qui nous assure dès le départ que la guitare ne sera pas tenue à la saturation mâtinée de slide pour effet d'épaisseur, mais que, bravache, elle fera connaître son verbe ici. Et ce n'est pas uniquement dû à sa manière d'introduire les morceaux. Elle structure avec bonheur comme elle incise de manière joliment acide, tout du long de la composition. Elle feule sur "Going Down", elle enrobe et cajole sur "The Man I'll Never Be", elle sous-tend la mélancolie de "Out of Nowhere", et puis, il y a tout le groove de "Make Amends", attaques chaudes mâtinées de touches délicates.... Et contrairement à l'estampille grunge, non, les soli ne sont pas abandonnés.
Le travail sur le chant ensuite - soulignons au passage la plaisante voix de Henrik Edenhed - qui se révèle ainsi sur certains morceaux, particulièrement éloquent, à l'appui de variation judicieuses : ainsi, ce dialogue tenu sur "Going Down", qui met en valeur une émotion croissante, voire même bouleversante sur la fin de la piste. Le break de "Make Amends" où la voix est appuyée d'un léger écho, mais se fait aussi virulente, les abords lointains de "Yes I Alone" ou plus encore de "Out of Nowhere" qui accentuent d'autant un ton désenchanté qui ne manque pas de filer la chair de poule... Enfin, les chorus sont à croquer. À bien prêter l'oreille, non, ce n'est pas linéaire/typé, et chaque piste détient sa belle petite dose d'émotion agréablement conduite.
Et que dire encore, si ce n'est que les pistes sont également parsemées de nappes de claviers qui enrichissent et originalisent le propos ? Des incursions surprises sur "The Man I'll Never be", ou en invites spatiales pour appuyer la tension sur "Out and Into Nowhere". Sans négliger toute la densité apportée par l'orgue de Tony Hellberg sur "Make Amends". Et enfin, enfin, il est surtout cette conclusion: "Rise Again". Vous savez ? Une piste épique. Une première partie classiquement structurée et tout à fait charmante, qui se fend ensuite d'un délire de claviers au ton – très aéronautique (tiens ?) - et de guitare pleinement lâchée, et qui s'étire à l'envi. Trop ? Ah, mais c'est pour ça qu'elle s'achève sur une raclée façon doublage de série B.

Oh, tout est loin d'être parfait sur cet album. Je l'ai dit, il respire la fraîcheur bien plus que la maîtrise. Mais ses imperfections ne ruinent pas l'effort. Et Downstroke est une jolie composition qui s'apprécie pour peu que l'on daigne ranger un instant ses exigences d'amateur de musique plus mature et se laisser happer par une envie de cœur léger.



An album tasting like summer, at every listening. But rather the summer seen through the eyes of a sixteen year old girl still falling between two high school classes, theater plays and novels under her arm and more inventions in her head than realities - a few sounds that were floating on top of that, spewed out movies and radio stations. Nothing precise, just a breath in the air, at the same time exhilarating and sorrowful, suitable to color a desire to catch something « else » . Tired of everything and at the same time eager for so much more, but naive to a fault. 1998. I think I would have loved to have this record in my hands then. But I discovered it much later, with a tenderly amused emotion. Like a document that exudes a certain freshness that you never really want to give up.

Its author had to slip it into my ear, like a memory, a snapshot, self qualified as imperfect, and still marked by disappointment, because it remained totally unnoticed. An unsuccessful band that will undoubtedly have contributed to a radical change of direction. You will indeed find very little about this quartet from Lidkoping, signed under Non-Interference records, a division of Shrapnel Records. Two albums: Distorted Sunshine (1997) and Downstroke (1998). But if the first one was a bit awkward and hesitant, the second one, object of the present article, is much more colorful and tasty. Careful and catchy structures, efficiently behaved intentions, and - already - the watermark of an original touch that we will find much later in oh so different registers. Insufficient efforts however to claim to transfigure the radio-friendly genre - and on the decline - or to mark efficiently and durably the minds amply saturated by figures with very strong commercial success; but quite enough however to offer a pleasant musical journey, or even to be a small discreet and not guilty sin for incorrigible fans.
So what's the point of having fun here? The album is indeed full of tracks that are perfectly built for codas and are right in line with radio-friendly ones. The tones are warm and engaging, the vocals hold perfectly the expected balance between sweet disillusionment and unleashed frenzy, and the rhythmic is to match. "The Way it Hurts" is thus a nice classic that alternates its tender verses and a knotted emotion in its choruses with the support of a pleasantly calibrated instrumentation, all in variations of intensity. "As We Ride into the Sunset" and "Loaded Gun" breathe the agitation and force the desire to make its way. As for "Worthless Piece of Dirt" or "The Man I'll Never Be", they offer refrains that can easily haunt the mind. Classical ?
Except that... "If You Could Hear me Now" assures us from the beginning that the guitar will not be held to the saturation mingled with slides for thickness effect, but that, bravely, it will make its word known here. And it is not only in its manner to introduce the pieces. It structures with happiness as it incises in a nicely acid way, all along the composition. It fires on "Going Down", it enrobes and cuddles on "The Man I'll Never Be", it underlies the melancholy of "Out of Nowhere", and then, there is all the groove of "Make Amends", warm attacks with delicate touches.... And contrary to the grunge stamp, no, the solos are not abandoned.
The singing then - let's underline the pleasant Henrik Edenhed's voice - which proves to be particularly eloquent on some tracks, with the support of judicious variations: thus, this dialogue held on "Going Down", which emphasizes a growing emotion, even overwhelming at the end of the track. The break of "Make Amends" where the voice is supported by a light echo, then becomes virulent, still the distant outskirts of "Yes I Alone" or even more of "Out of Nowhere" which accentuate a disenchanted tone which does not fail to give you goosebumps. Finally, the choruses are to be enjoyed. If you listen carefully, no, it's not linear/typical, and each track has its nice little dose of emotion pleasantly behaved.
And what else can be said, except that the tracks are still strewn with layers of keyboards that enrich while refreshing the subject ? Surprising incursions on "The Man I'll Never be", or still in spatial prompts to support the tension on "Out and Into Nowhere". Without neglecting all the density brought by the organ of Tony Hellberg on "Make Amends". And finally, finally, it is especially this conclusion. "Rise Again". You know? An epic track. A classically structured and quite charming first part, which is followed by a delirium of keyboards with a very aeronautic tone (oh?) and a fully released guitar, and which stretches out as much as one wants. Too much? Ah, but that's why it ends on a B-movie dubbing style beating.

Oh, we're far from perfection on this album. As I said, it breathes freshness more than mastery. But its imperfections do not ruin the effort. And Downstroke is a quite nice composition that can be appreciated if you deign to put away for a moment your demands as a lover of more mature music and let yourself be caught by a light hearted desire.


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