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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 09 octobre 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Justin Karl Michael Broadrick
(chant+guitare+programmation)

-Ben George "G" Christian Green
(basse)

A participé à l'enregistrement :

-Paul Neville
(guitare sur titres 6 à 10)

TRACKLIST

1) Like Rats
2) Christbait Rising
3) Pulp
4) Dream Long Dead
5) Head Dirt
6) Devastator
7) Mighty Trust Krusher
8) Life Is Easy
9) Streetcleaner
10) Locust Furnace

DISCOGRAPHIE


Godflesh - Streetcleaner
(1989) - indus - Label : Earache Records



À la fin des eighties et au début des nineties, Faith No More est sous les feux de l’actualité metal et son porte-parole. Mike Patton est porté au rang de déité multiforme par une horde de fans dévots, parmi lesquels se trouvait votre serviteur. Tous ses faits et gestes sont scrutés et commentés. Alors vous pensez bien que quand il pose avec un t-shirt montrant brasier et crucifiés, ça ne passe pas inaperçu.

« GodfleshStreetcleaner… Forcément si Mike aime ça, ça doit être fabuleux… » Et hop, je pars en quête de l’album sans même savoir s’il s’agit de grindcore ou de bossa nova. Bon, après, hein, je me doute qu’on va forcément être plus proche de Napalm Death que de Gilberto Gil. Il n’empêche que Streetcleaner est un choc. En cette fin de décennie, les deux scènes ennemies majeurs de la musique « rebelle » et saturée, à savoir le monde du rock « indie », avec tout le flou qu’englobe cette appellation, et celui du metal, se détestent avec délectation et les passerelles sont encore peu nombreuses et étroites. Existent alors trois artisans du rapprochement de la musique indus et du monde des chevelus. Après avoir suivi avec un certain scepticisme les premiers pas de Nine Inch Nails - scepticisme dont je ne me suis jamais départi - et sa pop gentiment metal-industrialisée, après m’être extasié sur The Mind Is A Terrible Thing To Taste de Ministry, débarque dans mon univers musical une nouvelle façon d’appréhender le metal industriel. La plus radicale, sans couinements à la Trent Reznor, sans les mélodies « faciles » de Ministry. La plus implacable. Âpre, répétitive, hypnotique et lourde. Si lourde que j’ose affirmer que "Life Is Easy" est le premier titre de sludge jamais composé.
Avec une hargne et un engagement tout punks, le duo britannique, auteur avant cela d’un premier EP éponyme, s’attèle à réduire notre nuque en morceaux, à force de riffs extra-plombés et de vociférations proches du metal extrême. Et ce, d’entrée de jeu. À peine quelques seconde de sifflements en guise de round d’observation, et c’est parti. Pas de claviers, pas de gimmick, pas de fioritures, à l’exception des quelques inévitables voix-off, le passage obligé du metal indus. Et si l’initial et véhément "Like Rats" surprend par sa puissance de feu - indulgence réclamée vis-à-vis de la production de l'époque, please - un certain nombre d’autres titres subjuguent tout autant. "Christbait Rising" prépare le terrain pendant 2m40s avant que débarque le riff qui tue. Lourdeur et précision, une merveille. "Pulp" donne, lui, dans l’ultra-hypnotique, avant que "Dream Long Dead" ne finisse le boulot, sans pitié. S’ensuit une baisse de régime deux titres durant, avant que Justin et G.C. ne reprennent leur travail de sape. Autre sommet de l’œuvre, "Mighty Trust Krusher" se veut lancinant et martelant, tandis que "Streetcleaner" symbolise parfaitement la poigne d’acier dans un gant d’acier. L’intransigeance musicale du groupe ne se modère qu’en toute fin d’album, le temps d’un "Locust Furnace" adouci par un chant moins hargneux. Mais trop tard, le mal est fait, et très bien fait.


Un rythme, une vibration, un cri. La classe besogneuse s’invite dans le monde des dragons et des pin-up. Une passerelle ? Non ! Un pont entre deux mondes, construit avec un bulldozer. Abrasif et sans concession, Streetcleaner est le début d’une longue série d'albums de haut niveaux, réalisée par le plus intransigeant des groupes de metal indus.





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