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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 11 mars 2022
Sa note : 16/20

LINE UP

-Klaus Meine
(chant+guitare sur "Coast to Coast")

-Rudolf Schenker
(chœurs+guitare)

-Matthias Jabs
(chœurs+guitare)

-Francis Buchholz
(chœurs+basse)

-Hermann Josef "Herman Rarebell" Erbel
(chœurs+batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Michael Schenker
(chœurs+guitare sur 1, 2, 4, 7 et 8)

TRACKLIST

1) Loving You Sunday Morning
2) Another Piece of Meat
3) Always Somewhere
4) Coast to Coast (instrumental)
5) Can't Get Enough
6) Is There Anybody There?
7) Lovedrive
8) Holiday

DISCOGRAPHIE


Scorpions - Lovedrive
(1979) - hard rock - Label : Harvest Records



Rude coup pour Scorpions en cette fin des seventies. Le flamboyant guitariste Uli Jon Roth, mû par des envies d'ailleurs, a quitté le groupe qui commençait à goûter au fruit du succès après la sortie du magistral Tokyo Tapes, live résumant idéalement les débuts plus que prometteurs des Allemands. S'arrêter alors que ces derniers soufflent dans la nuque des Anglo-Saxons qui trustent les places au sommet de la hiérarchie rock ? Le gâchis serait indécent. Le choix est fait : les Germains insistent. Lovedrive voit le jour au début de l'année 1979.

Malgré l'influence majeure qu'a eue Roth sur la formation de Hanovre après la parution de l'inaugural et psychédélique Lonesome Crow, la rupture de ton est loin d'être totale sur le premier album sorti après son départ. Les envolées guitaristiques à la Hendrix prisées par le moustachu ont logiquement disparu – pas d'équivalent sur Lovedrive à l'épique "We'll Burn the Sky", l'un des temps forts des Tokyo Tapes extrait de Taken by Force, le LP précédent paru en 1977. En revanche, on retrouve la science du motif accrocheur propre à Scorpions sur "Loving You Sunday Morning", envoûtante piste d'ouverture qui progresse au tempo alangui d'une mélodie poisseuse, en contraste avec un riff mordant cinglé par les cymbales du compétent Herman Rarebell. Derrière le micro, Klaus Meine, presque inquiétant, la joue en retenue. Sa prestation d'ensemble, vigoureuse, est davantage maîtrisée que sur les enregistrements antérieurs sur lesquels il avait souvent tendance à hurler sans s'économiser – attitude qu'il réitère partiellement sur le speed "Can't Get Enough", décharge rageuse et percutante.
Autre évolution : la production, assurée par le fidèle Dieter Dierks qui officie derrière la console depuis In Trance (1975), est plus froide, mettant en valeur le tranchant des guitares du membre fondateur Rudolph Schenker et de l'arrivant Matthias Jabs, moins démonstratif que Roth mais plus direct. Leur complémentarité, renforcée par les interventions du revenant Michael Schenker, bénéficie notamment à la chanson-titre menée à une allure allègre par une successions d'accords qui font monter la tension sur une galopade rythmique à la "Barracuda" de Heart. Le refrain colonise les synapses, le solo est énorme. Dans un style similaire, le vrombissant "Another Piece of Meat" récure lui aussi les orifices auditifs grâce à son riff infernal et son refrain qui claque. Le plus agressif des morceaux enregistrés jusqu'alors par la section rhénane incarne le virage heavy que celle-ci a amorcé, en phase avec son époque.
Les Scorps ne se sont pas transformés en escouade punk pour autant et réservent quelques moments surprenants, tels l'instrumental obstiné "Coast to Coast" sur lequel Meine s'exerce à la six-cordes et surtout "Is There Anybody There?", porté par une scansion... reggae – amusant pas de côté dans le même esprit que le funky "Your Light" sur Taken by Force. Si le paresseux fade out final laisse sur une note décevante, le reste de la composition rehaussée par les vocalises prenantes de Meine se révèle tout à fait charmante. Et puis il y a les ballades. Le quintet, qui s'en est fait une spécialité, en délivre deux sur cette courte réalisation : "Always Somewhere", aux arpèges un peu trop sucrés mais dont le refrain puissant fait mouche et "Holiday", illuminée par une mélopée à la guitare acoustique et des couplets qui séduisent immédiatement. La montée en puissance, subtilement dosée à la faveur de variations, rappelle le maître-étalon "Stairway to Heaven" de Led Zeppelin. Les regrets sont d'autant plus vifs que la déflagration si bien amenée débouche sur une simple succession d'accords et que le titre s'achève encore une fois sur un decrescendo, sans retour aux couplets. Des améliorations sont encore possibles.


Loin de renoncer à ce qui a fait leur force, les cinq Scorpions peaufinent sur Lovedrive leur formule à base de brûlots décapants, déviances sous contrôle et chansons attrape-cœur. Cependant, en dépit de quelques rondeurs subsistantes, le ton se fait plus incisif, les guitares plus rudes. Le monde change, les jeunes montrent les crocs et le rock a entamé une nouvelle mutation à laquelle le collectif de frais trentenaires n'est manifestement pas insensible, sans y adhérer totalement. L'exercice est délicat mais avec Lovedrive, Scorpions donne des gages de grande qualité pour un avenir qui s'annonce excitant.



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