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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 29 avril 2022
Sa note : 14/20

LINE UP

-Torkjell "Toschie" Rød
(chant)

-Arve "Ice Dale" Isdal
(chœurs+guitare)

-Thomas Tofthagen
(chœurs+guitare)

-Espen Lien
(chœurs+basse)

-Kjetil Greve
(chœurs+batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Frank Hammersland
(chœurs sur "Devil's Bell" et "All Is Lost")

-Ivar Thormodsæter
(percussions)

TRACKLIST

1) Ashes To Ashes
2) Animal
3) Break Out
4) Return To Grave Valley
5) Danse Macabre
6) Devil's Bell
7)
All Is Lost
8) Toxic Twins
9) From Darkness

DISCOGRAPHIE


Audrey Horne - Devil's Bell
(2022) - hard rock - Label : Napalm Records



Audrey Horne est l'un des plus talentueux représentants du metal vintage, le meilleur de la subdivision heavy diront ceux qui entendent réserver un statut équivalent pour la catégorie speed à Enforcer. Le souci avec les groupes old school, c'est qu'ils finissent assez rapidement par tourner en rond à force de creuser le même sillon, faute de semences nouvelles pour les régénérer. Pour certains, le phénomène s'observe dès la deuxième piste du premier album – la liste est trop longue pour les citer tous mais il serait temps que quelqu'un se dévoue pour dire aux gars de Dark Forest qu'à un moment, il faut savoir couper le moteur du Massey Ferguson. Audrey Horne n'en est heureusement pas à ce stade d'usure, mais...

Certains signes inquiètent. Certes, depuis Youngblood en 2013, les Norvégiens affichent clairement leurs intentions en livrant des recueils enthousiasmants qui témoignent de leurs capacités à transcender des modèles tant de fois et depuis si longtemps vénérés que l'on peut désormais les qualifier de reliques, bien que la plupart soient toujours actifs. Il est difficile dans ces conditions de leur reprocher de persévérer dans cette voie qui leur apporte une notoriété enviable et du public à leurs concerts enflammés. Cependant, sur leur septième LP intitulé Devil's Bell, les schémas commencent sérieusement à se répéter. "Ashes To Ashes" en ouverture est un quasi décalque de l'épique "This is War" sur Blackout, le long jeu précédent - seul un passage intrigant inséré avant le thème principal fait légèrement diversion. Pour le reste, on retrouve des guitares heavy qui tricotent des arpèges harmonisées s'achevant par la descente chromatique de rigueur et la voix puissante tirant dans les sinus de Toschie, dont les intonations caractéristiques sentent le recyclage d'enregistrements antérieurs. Conformisme ? Peu importe, si le résultat est bon. Sauf que sans être médiocre, loin de là, l'occurrence semble un peu délavée, comme si la fougue avait laissé place à la routine.
La coloration unique des Scandinaves tend à s'estomper, laissant apparaître les saintes écritures qu'ils se contentent souvent d'imiter. Ainsi les accords sur "Animal" suivent une progression qui rappellent fortement Iron Maiden, influence évidente depuis une décennie et qui imprègne toute l'œuvre, la basse vrombissante en atteste. Mais faute d'idée déterminante, la chanson relève surtout de l'hommage, renforcé en cela par un son un peu plus chaleureux, moins éclatant aussi, de plus en plus proche des productions heavy des années quatre-vingts. L'instrumental "Return to Grave Valley" constitue un exemple parfait d'interpolation, terme désignant la manière d'exploiter une composition originale en instillant quelques-uns de ses éléments sans les citer directement. Bref, à l'instar d'Enforcer, la bande de Isdal et Tofthagen s'est fabriquée son "Gengis Khan", de la Vierge de Fer bien sûr, ralentissement médian et solo en twin inclus. Petite variation cependant : le passage final fait écho à "Phantom of the Opera". Cette technique de l'emprunt décomplexé trouve son apogée sur le riff de "Break Out", qui fait tellement penser à celui de "We Rock" de Dio que c'en est gênant, tandis que les lignes de chant nasillardes de Toschie évoquent Sumerlands, de manière fortuite probablement compte tenu de l'audience confidentielle de la section nord-américaine. Ceci étant, le refrain est accrocheur, et ça les Nordiques ne le doivent à personne. Celui de "Danse Macabre", autre tentative de retrouver la ferveur de "This is War", est plus terne, de même que "All is lost", mid tempo à l'entame ayant de faux airs de "Wasted Years".
Néanmoins, le bilan reste positif. Le savoir-faire des Vikings est intact, les six-cordes sont incisives et joufflues, l'interprétation irréprochable malgré les auto-citations de Toschie. Et certaines compositions n'auraient pas dépareillé sur Youngblood ou le délicieux Blackout : "Toxic Twins", nervosité punk à la Backyard Babies, qui offre une diversion bienvenue et surtout "Devil's Bell", dont les mesures liminaires font songer à "The Trooper" et qui bénéficie d'un refrain mélancolique typique de la troupe de Bergen. Le mur du son bâti par le duo de gratteux tricoteurs impressionne, la mélodie vivifie. À coup sûr un moment de bravoure des concerts à venir, ce qui ne sera sans doute pas le cas du final "From Darkness", pourtant commencé pied au plancher avant de s'éteindre dans une longue séquence instrumentale qui apporte une conclusion nostalgique pas loin d'être surprenante s'il n'y avait les inévitables arpèges débitées par les guitares jumelles.


Quand le parti pris devient recette, lorsque le manifeste devient dogme, ça fait moins envie. Audrey Horne déroule son heavy rétro avec la compétence de briscards connaissant parfaitement leur affaire et qui compensent par une science de leur art une difficulté à bonifier un héritage parfois envahissant. Souvent à la limite du plagiat, et même de l'auto-plagiat, les tatoués du Hordaland s'en sortent en convoquant tous les gimmicks du metal à guitares twin et en lâchant quelques excellents morceaux dont ils ont, encore, le secret. Il est dommage qu'ils aient réduit l'éventail des possibles après un Blackout relativement varié plutôt qu'essayer de réinventer leur mode opératoire qui ressemble de plus en plus à un carcan.





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