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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mai 2022
Sa note : 13/20

LINE UP

-Floor Van Kuijk
(chant)

-Hussain Akbar
(guitare+programmation)

-Lukas Kaminski
(basse)

TRACKLIST

1) Isolation Behind Unrealism
2) Inverted Contentment in Salvation
3) The Affliction of Deteriorating Minds
4) Mental Paralysis
5) Climbing into the Abyss
6) Departing from Human Nature
7) Indignation Overcame Me
8) Inflection to Thee Smut

DISCOGRAPHIE


Sijjeel - Salvation Within Insanity
(2022) - brutal death - Label : Comatose Music



Arabie Saoudite. Allemagne. Pays-Bas. Voilà une combinaison inattendue pour un groupe de brutal death. Et de musique en général. Mais brutal death particulièrement. Car on ne peut pas franchement affirmer que le metal soit en odeur de sainteté dans le pays natal de Mahomet. Cela n’empêche cependant pas les plus fanatiques du genre de s’adonner à leur passion, souvent en quittant le pays (coucou AlNamrood). Reste que brutal death et Arabie Saoudite, on se prend à rêver : un Nile encore plus folk et typique ?

Que nenni, vous allez en manger dur dans la casquette. On nage en plein, et quand je dis plein, je veux vraiment dire plein, milieu du guet. Ultra death jusqu’au bout des ongles, Sijjeel ne porte en lui aucune once de musique orientale, ni par des sons folkloriques ni par des constructions étranges du point de vue occidental. Ici, on parle plutôt Aborted, Hate Eternal, Deranged voire même subrepticement du Nile en… moins oriental (comble de l'ironie ?). Que des noms de garçons d’église. Les anges passent. Et trépassent immédiatement. Car s’il est un caractère qu’on ne peut retirer au death de Sijjeel, c’est brutal. Même les moments non blastés, et ils sont bien plus nombreux qu’on pourrait le croire, sont brutaux. Par la force des roulements de (fausse) double pédale, par le son ultra gras des guitares, par le chant d’outre-caverne, par la basse marteau-piqueur. Rien ne fait dans la dentelle, tout n’est dès lors question que de défoncer vos caboches.
Alors prenons le constat sans légèreté, acceptons-le, et ce faisant, évaluons la musique à cette aune. Ça tombe bien, c’est le but de Salvation Within Insanity. Si vous l’écoutez alors que vous n’aimez pas le death, et plutôt tendance brutale, vous n’avez rien compris. Ce disque ne s’adresse pas du tout à vous, c’est clair ? Maintenant que nous avons clairement défini la cible, que pensera la cible ? Beaucoup de bien a priori. Les codes du genre ont déjà été énoncés auparavant dans cette chronique, vous les savez respectés. Instrumentalement, même la batterie, programmée, qui aurait pu être source de souci est une belle délectation, avec un son étonnamment organique, des partitions à faire oublier qu’il n’y a pas d’humain derrière. Elle fait plus que le boulot, ne laissant transparaître son côté machine que via l’impeccable respect rythmique dont elle fait preuve en permanence, bien qu’on ait entendu plus d’un batteur allemand avoir plus de rigueur (elle est gratuite celle-là).
Mais ce qui fait la force d’un album de brutal death, au-delà de son enveloppe sonore, de la brutalité de sa batterie, ce sont bien les riffs. Corrosifs, tranchants, ils découpent ce qui vous reste de salubrité mentale. Leur but unique est bien de ramoner vos cages à miel à grands coups de bistouri, ce qu’ils font avec maestria. Dès lors, l’on peut considérer cette sortie comme un acte réussi. Les références précédemment évoquées ne sont finalement que des noms parmi d’autres tant Sijjeel ne surprend pas. Elles sont garantes de qualité mais appuient fortement la thèse d’un manque évident d’originalité. Certes, ce n’est pas ce qu’on demande à Sijjeel, on lui demande de bien faire les choses, et il s’échine à la tâche avec brio. Pourtant, notre subconscient n’oublie pas : Arabie Saoudite. Là où Hussain Akbar aurait pu (dû) nous apporter les vents chauds du désert, il se contente de faire un excellent boulot brutassier. Au point que son origine géographique n’importe plus du tout, et c’est dommage. Seule surnage le riff de "Indignation Overcame Me" qui par bribe rappelle sa contrée d'origine.


Salvation Within Insanity impressionne pour un premier album, pour un ressortissant de la péninsule arabique. Bien produit, superbement composé, il n’y a rien à redire sur la forme. Cependant on regrette. Cette volonté trop farouche de vouloir prouver au monde qu’il sait lui aussi faire du brutal death aussi bien que ses congénères originaires d’Europe et des US, au point d’en oublier un élément important dans un genre aussi facilement à la merci de la sensation de lassitude : la différence.





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