1961

CHRONIQUE PAR ...

42
Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 20 avril 2008
Sa note : 4/20

LINE UP

-Alexander Krull
(chant)

-Thorsten Bauer
(guitare)

-Mathias Röderer
(guitare)

-Alla Fedynitch
(basse)

-Nicholas Howard Barker
(batterie)

TRACKLIST

1)People Are People
2)Smalltown Boy
3)Relax
4)Don’t You Forget About Me
5)The Sun Always Shines on TV
6)Hey Little Girl
7)Fade to Grey
8)Such a Shame
9)Keine Heimat
10)Here Comes the Rain Again
11)Forever Young

DISCOGRAPHIE

Werk 80 II (2008)
After The Storm (2010)

Atrocity - Werk 80 II
(2008) - metal symphonique gothique Massacre - Label : Napalm Records



Quand un groupe sort, pour la seconde fois dans sa carrière, un disque de reprises, il n’y a qu’un pas pour dire qu’il est en manque d’inspiration. À savoir si ce pas peut-être franchi ou non, c’est une autre histoire. Après tout, Atrocity a flirté avec d’autres styles que le death-metal pendant une bonne dizaine d'années, sur divers albums, avant de revenir au death mâtiné de goth sur Atlantis. Un disque rendant hommage à leurs influences non-death n’est donc pas si surprenant, même si le faire une seconde fois fleure l'opération mercantile bon marché.

Et le track-listing confirme cela immédiatement: que des tubes radiophoniques des années 80. Atrocity reprend uniquement les poids lourds, les abonnés du top 40. Qu’on en juge: Depeche Mode, Eurythmics, Bronski Beat, Frankie Goes to Hollywood, A-HA, Talk Talk, Alphaville, ... Et pas des faces B de single ou autres titres plus obscurs, quitte à reprendre de pareils groupes, autant reprendre leurs plus gros succès, histoire d’être sûr que les auditeurs connaissent les chansons originelles. L’auditeur sans a priori trouvera l’initiative sympathique, et écoutera sûrement en espérant quelques bonnes surprises. Le fan d'electro-pop des 80s peut craindre de voir ses groupes favoris se faire charcuter par ces grosses brutes de death-metalleux, sans pour autant rejeter la possibilité que les titres soient bien assimilés par Atrocity et que le groupe leur donne une touche personnelle. C’est en général ce qu’on peut attendre au mieux d’une reprise.

Comme le dirait l’autre: p’tain c’te massacre ! Autant ne pas faire durer le suspense plus longtemps après tout. Le résultat final est tout simplement catastrophique et toute personne ayant déjà entendu les versions originales criera de douleur, en pleurant misérablement, lors de l'écoute de n’importe laquelle de ces reprises. Atrocity en fait des tonnes sans nécessité, en rajoute dans la lourdeur tel un film comique d’une bande de potes obsédés par le cul et sans inspiration. Les moyens déployés sont audibles: orchestre symphonique, grosse production. Trop audible justement: les orchestrations, pompeuses au possible, ajoutent une première couche dans le mauvais goût. Et ces guitares bien grasses, qui en rajoutent, en rajoutent, ad nauseam ... Les titres originaux n'étaient déjà pas des modules de finesse dans l'écriture, privilégiant l'efficacité. Leur transformation en chansons gothico-symphoniques est la cerise sur le gâteau pour en faire de véritables équivalents auditifs de Nyarlathotep. Ces titres ne sont pas adaptés pour le metal et rajouter par-dessus des riffs saturés ne suffit pas pour les transformer.

Conséquence de cette faute de goût grave dans le choix des titres, les chansons deviennent caricaturales au possible. Versant dans le mou ("People Are People") ou le dégoulinant ("The Sun Always Shines on TV", "Forever Young"), Atrocity ne parvient jamais à s’approprier les chansons dans son univers, à leur donner une touche personnelle cohérente avec le reste de leur oeuvre. Seule "Relax" sort un peu du lot, l'atmosphère sombre aux antipodes de la version originale de ce tube planétaire pourrait presque être réussie. Le chant de Krull suffit à transformer cela en fiasco. De même que les guitares ou l’orchestre, son chant death est complètement inadapté et en rajoute dans le pompeux. Et surtout sa voix claire, monotone au possible, est un désastre complet. En totale inadéquation avec les mélodies ou la musique, sa voix devient alors en décalage complet avec les chanteurs originels (le pompon étant sur "Here Comes the Rain Again", c’est l’intégralite des fans d’Annie Lennox que l’on assassine là). Les quelques interventions homéopathiques de sa femme Liv Kristine ne sauveront rien.


Opération mercantile supportée sans vergogne par Napalm Records (combien de personnes seront attirées par l’album à la vue de la pochette ?), Werk 80 II est un disque caricatural, un ratage complet qui sent la facilité. Pompeux, kitsch, chaque titre est une transformation inutile dans un univers qui ne peut être le sien. Atrocity ferait bien mieux de se mettre au plus vite à son prochain album, afin de tenter de regagner toute la crédibilité que les membres viennent de perdre en l’espace des 46 douloureuses minutes que durent cette horreur.


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