2022

CHRONIQUE PAR ...

24
Crafty
Cette chronique a été mise en ligne le 28 avril 2008
Sa note : 18/20

LINE UP

-Iggy Pop
(chant)

-Ron Asheton
(basse)

-James Williamson
(guitare)

-Scott Asheton
(batterie)

TRACKLIST

1)Search and Destroy
2)Gimme Danger
3)Your Pretty Face Is Going to Hell
4)Penetration
5)Raw Power
6)I Need Somebody
7)Shake Appeal
8)Death Trip

DISCOGRAPHIE

The Stooges (1969)
Fun House (1970)
Raw Power (1973)

Stooges, (the) - Raw Power
(1973) - punk hard rock hautement corrosif - Label : Columbia



Les Stooges se sont brouillés. Et se sont reformés. Enfin presque, Alexander plus là, remplacé par le délinquant Williamson, et sans McKay, malheureusement non remplacé. C’est pourtant sous l’impulsion de Bowie que va naître quelque chose de grand. Nous parlerons ici uniquement de la version remixée par Iggy Pop, sortie en 1997. Ceci non pas parce que Pop est un fondateur des Stooges et non Bowie, mais surtout parce que Bowie est tombé dans un travers encore pire que John Cale sur le premier album, et n’a pas su proposer un mix qui mette en valeur la qualité de Raw Power.

Don Gallucci avait sublimé Fun House, et il a fallu attendre plus de 25 années pour voir Raw Power dans la même catégorie que son grand frère. Un son plus hard, à la hauteur des espérances d’Iggy Pop, qui tombera en plein milieu des années 90 et mettra sur le cul bon nombre de personnes, comme si la vague punk et grunge avait précédé cet album (ce qui est en quelque sorte le cas). Faut bien avouer qu’avec un titre comme Raw Power, on est loin du Give Me Take You de Duncan Browne. Au niveau sonore, la prise de distance avec les origines Velvetiennes et Doorsiennes se fait sentir. On remerciera quand même David Bowie d’avoir rendu possible la réalisation d’un album pareil (et ses quelques trouvailles sonores). Mais passons sur les faits historiques, ça ne rendra pas l’album plus ou moins culte trente ans plus tard.

L’arrivée d’un tueur comme Williamson (non, il n’a jamais tué personne, mais c’est un guitariste assez puissant dans son genre) modifie le son Stoogien. Son jeu heavy, son attitude agressive, sorte de Keith Richards gonflé aux hormones de taureau sert alors de deuxième organe aux Stooges alors que Ron Asheton doit se contenter de tenir la basse. Raw Power c’est un peu un dialogue plutôt animé entre le violent roublard Williamson, et le perfide cynique Pop, le tout avec les encouragements de la rythmique des frangins Asheton, un tableau très hard rock. L’Iguane y va fort dans son genre, comme sur Fun House mais en plus extrême, plus crooner, plus strident, plus sensuel, plus vociférant, plus violent, plus tout en quelque sorte. "Search and Destroy" ou l’archétype du titre punk, en 73, si si.

Mathématiquement ça marche : basse féroce et énergique, guitare aigue et bruyante, batterie cognante et possédée, chant hurlé en apothéose de violence. Les Sex Pistols ou les Ramones viennent de trouver leur modèle, qui leur servira beaucoup dans leur son notamment. La conception toute entière du morceau vient à contre-courant de presque tout ce qui se fait cette année là, Dark Side of the Moon ou Relayer étant un peu la petite bourgeoisie musicale de l’époque, alors que Raw Power c’est la classe ouvrière qui martèle fort son quotidien. Même dans le suggestif, il y a du punk. Si avec ça certains doutent encore de la punk attitude des Stooges, on ne peut plus rien.

Et n’allez pas vérifier votre galette au commencement de "Gimme Danger", c’est toujours Raw Power qui tourne dans votre lecteur. C’est vrai que l’introduction acoustique après avoir succombé aux sirènes du punk (ou du proto-punk pour les puristes), ça décontenance un peu. Un autre titre phare historiquement, qui n’est autre qu’une balade, que désirait Columbia (ils en voulaient une par face). Dans son genre, elle fait assez office d’extra-terrestre, dans le sens où passée la première minute, on n’est plus en train de s’imaginer marchant sur la plage, mais plutôt en train de se balader dans un Detroit glauque, au rythme du phrasé intense d’Iggy. C’est plus par son placement que par sa teneur intrinsèque que "Gimme Danger" est une balade.

Parce que derrière ça démarre sec, "Your Pretty Face Is Going To Hell" (anciennement "Hard to Beat"), Williamson recommence à faire crier sa guitare le plus aigu possible tout en maintenant un brouillard sonore tout le long du titre pendant que Pop hurle aussi fort que possible pour se faire plus gros que le taureau (et au passage lâcher son venin, les paroles valent le détour). Tant et si bien que sur la fin, il en devient incompréhensible et presque vulgaire. Un enchaînement parfait avec le tendancieux "Penetration" où les inspirations d’Iggy rajoutent un peu plus d’ambigüité à un titre qui s’avère être excellent, à la fois entraînant et provocateur, rusé avec ses quelques notes de piano se répétant en continu et schizophrène avec les sons primaires qui sortent de la gorge d’Iggy Pop.

La face B est peut-être moins réussie que la face A, mais elle réserve de bonnes surprises. A l’image du blues rock de "Raw Power" qui réutilise le piano à des fins rythmiques, et où Williamson se sépare des Comparses à la manière d’un autiste pour faire son boulot de guitariste tout seul dans son coin. Tout est basique pris séparément mais comme souvent c’est la superposition de tous les éléments qui fait la différence chez la bande à Iggy, ici avec l’ambiance Raw Power. Une ambiance propre et exploité jusqu’à son maximum dans la seconde ballade de l’album "I Need Somebody", qui une fois de plus diffère ostensiblement de la ballade au sens où on l’entend habituellement. On alourdit la guitare et le tempo, défense de hurler, on se traîne mollement comme après une vilaine nuit à attendre le jour se lever avec une bouteille pas fameuse à côté.

Les surprises peuvent jouer dans tous les sens, par exemple, on peut danser sur "Shake Appeal" au rythme de la basse entêtante, de l’attaque guitaristique en règle des deux tiers, et de la trance vocale de l’Iguane. Mais quand il faut en terminer, les Stooges se suicident sur un "Death Trip" où Iggy Pop lance une sorte de « F word » à son management de l’époque et aux radios dont il savait qu’elles ne diffuseraient pas un titre pareil. Tant pis, il s’en fout, « je savais que l’album était maudit… ». C’est assez étonnant de se rendre compte que le morceau est beaucoup moins nihiliste que "L.A. Blues" sur Fun House, alors qu’il n’y avait plus d’espoir pour le groupe de revivre encore le temps d’un album (au moins pas avant trente années).


Ce qui manque à Raw Power pour être totalement ultime aurait été le saxophone de Fun House, et ce qui manque à Fun House aurait été James Williamson d’une certaine façon, et ce sans mépris pour Ron Asheton. Échec commercial à sa sortie, Raw Power sera réhabilité par toute sa descendance (et pas des moindres, n’est-ce pas Kurt Cobain, Henry Rollins, Mike Watt et Frank Black) comme ayant le plus beau patrimoine génétique depuis White Light/White Heat du Velvet Underground.


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