2025

CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 28 avril 2008
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Morfeus
(guitare+chant+claviers)

-Daemon
(chant+guitare)

TRACKLIST

1)In Abhorrence Dementia
2)A Demonoid Virtue
3)A Venomous Kiss of Profane Grace
4)When Mind and Flesh Departs
5)Deathtrip to a Mirage Asylum
6)Under Burdens of Life's Holocaust
7)Oceania
8)Behind the Mask Obscure
9)Misanthropic Spectrum

DISCOGRAPHIE


Limbonic Art - In Abhorrence Dementia



Après un Moon in the Scorpio glacial, la surprise qui allait venir en cette année de 1996 était de taille. En effet, par rapport à son prédécesseur, In Abhorrence Dementia multipliait le tempo et faisait exploser littéralement la musique de Limbonic Art, perdant un poil en originalité ce que le groupe gagnait en efficacité. Et avec le recul, pas de doute à avoir, ça en valait bien la peine. Focus sur un album mythique, grandiloquent, majestueux, occulte et sacrément violent.

Finies les ambiances pesantes et les répétitions ad nauseam dans une atmosphère apathique, place à une débauche de blast-beats dans la tradition plus purement black metalleuse. Malgré ce changement d’optique de taille, on retrouve tout ce qui a fait de Moon in the Scorpio un album marquant et ce même si c’était le premier opus de Limbonic Art, à savoir les claviers omniprésents et ces ambiances si particulières, instantanément indentifiables même avec un tempo multiplié par douze. Les dix titres de In Abhorrence Dementia sont basés sur ces diverses orchestrations, véritable squelette de l’œuvre sans qui elle perdrait toute consistance. La guitare et la basse sont ici noyées dans les harmonies des différents chœurs, violons et autres nappes de synthé qui s’appuient tout du long sur la batterie - synthétique elle aussi, et bien qu'elle ne cherche pas à imiter à la perfection un kit acoustique, elle contribue largement à l’identité sonore de Limbonic Art.

Et puis, bien sûr, venant se greffer sur cet ensemble ampoulé, la voix démoniaque de Daemon qui, bien qu’il ne soit pas forcément à classer dans le top 3 des hurleurs de black metal, parvient à faire passer une haine et une puissance dans les différents chants dont il fait usage – le hurlé étant bien sur le plus courant, mais on trouve aussi ce chant clair un peu maniéré dont il avait déjà fait usage sur Moon in the Scorpio. On obtient donc un album riche et complexe, avec des titres n’hésitant pas à flirter avec les sept minutes pour un total de 70 minutes, en faisant une œuvre à l’ambiance unique, majestueuse et prétentieuse. Loin des canons du true black, Limbonic Art n’a pas peur de servir de longues introductions symphoniques pompeusement qualifiées de Wagnérienne qui ne tranchent en rien des passages plus traditionnellement metal tant les orchestrations restent présentes même avec un fond de blast-beats. Il suffit d’écouter les introductions de "Under Burdens of Life’s Holocaust" ou celle de "Behind the Mask Obscure" pour apprécier ce qui fait l’essence de ce In Abhorrence Dementia.

Les puristes allergiques aux orchestrations auront sans doute déjà leur avis négatif sur Limbonic Art en général, mais pour les amateurs de groupes comme Emperor, Cradle Of Filth, Dimmu Borgir ou Anorexia Nervosa, le passage par cet opus est indispensable. La production, dont a déjà été touché un mot, est assez particulière, l’accent mis sur les voix et les synthés ne plaisant certainement pas à tout le monde. Loin des carcans et des stéréotypes mis en place par une longue tradition sonore dans le monde du black metal, Limbonic Art invente un univers où tout y est perverti, malsain et dément, où la violence primaire qui se dégage des titres est rendu plus tranchante encore par des ambiances ciselées et perverses, oscillant pour la santé mentale de l’auditeur entre la dévastation d’une bombe H et la ruine subtile mais implacable d’une attaque bactériologique. Dans tous les cas, le duo Morpheus/Deamon fonctionne à nouveau à merveille et propose avec In Abhorrence Dementia rien moins que l’un des chefs d’œuvre du black metal symphonique.


Difficile – voire impossible – de passer à côté de Limbonic Art dès lors qu’on se prétend amateur de musique extrême orchestrale, et difficile – voire impossible – de ne pas reconnaître In Abhorrence Dementia comme l’un des tous meilleurs albums du genre, faisant preuve à son époque d’une maturité dans un style qui n’avait pas encore été bu jusqu’à la lie par une myriade de groupes majoritairement insignifiants.


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