2107

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Anthony Kiedis
(chant)

-Flea
(basse)

-Dave Navarro
(guitare)

-Chad Smith
(batterie)

TRACKLIST

1)Warped
2)Aeroplane
3)Deep Kick
4)My Friends
5)Coffee Shop
6)Pea
7)One Big Mob
8)Walkabout
9)Tearjerker
10)One Hot Minute
11)Falling Into Grace
12)Shallow Be Thy Game
13)Transcending

DISCOGRAPHIE


Red Hot Chili Peppers - One Hot Minute
(1995) - rock fusion - Label : Warner



Personne n'aurait pu anticiper le succès démentiel de BloodSugarSexMagik, et surtout pas les Red Hot Chili Peppers eux-mêmes. Soudainement devenus un groupe mainstream remplisseur de stades, le groupe a tourné jusqu'à l'usure physique et mentale totale, en particulier l'usure d'un John Frusciante qui ne tiendra pas le choc et finira, complètement cramé, par lâcher l'affaire (avant de revenir pour Californication). Frappé du syndrome du guitariste maudit, le groupe californien jette alors son dévolu sur un Dave Navarro déjà culte de par son appartenance à Jane's Addiction, et trois ans après son album-référence sort ce One Hot Minute attendu au tournant par la quasi-totalité des mélomanes.

"Under The Bridge" et "Give It Away" avaient permis au combo de connaître les délices des hit-singles, et One Hot Minute enfonce le clou avec LES trois tubes de cet album : "Aeroplane", "Coffee Shop" et "My Friends", que vous avez forcément entendus même si vous êtes un black-métalleux misanthrope vivant dans une caverne et mordant les passants. "Aeroplane" est une des meilleurs réussites du groupe dans sa tentative de fusion "funk groovy+pop-rock californienne", mélodie et énergie se mariant dans la joie. "Coffee Shop" constitue à ce jour leur dernier titre réellement métal : riff heavy, basse méchante, chant déjanté mais qui renforce la lourdeur du tout, refrain terriblement rock… Tous les éléments du succès sont là. Quant à "My Friends" et son arpège Navarrien très joli, il permet d'ouvrir toute grande la porte de la pop pure qui trouvera son apogée sur Californication, et forme avec "Under The Bridge" et "Road Trippin'" la "triplette des feux de camp sur la plage" des Red Hot.

Bon, et le reste? Le chant déjanté a été évoqué plus haut donc il faut se pencher sur le cas Kiedis. Il chante en effet énormément, et son registre pop est agréable bien qu'il n'ait pas encore la maîtrise acquise sur l'album suivant. Par contre il expérimente beaucoup, et certaines tentatives propres à cet album tombent dans le bon ou le beaucoup moins bon. Sur Warped qui ouvre l'album il lie un effet saugrenu à un timbre traînant qui laissent dubitatif… Il en arrive à sonner presque comme Ozzy par moments alors que le morceau lui-même est assez massif. Cinq minutes, beaucoup de pêche, beaucoup d'ambiances, "Warped" sera au choix adoré ou rejeté par les gens selon leur réaction au chant… C'est le "truc" de One Hot Minute : l'album part dans pas mal de sens et a de ce fait provoqué la polémique.

Imaginez donc "Deep Kick" : après un doux passage parlé de près de deux minutes ça part au quart de tour. On sent le groupe qui joue au top avec un Navarro qui ne démérite pas du tout, et déjà Kiedis se lance dans des minaudages... Puis après cinq minutes de funk endiablé, Kiedis se lance dans un registre "redneck" de vieille country bouseuse que le groupe reprend avec bonheur. Le même registre est repris sur "Pea", petit intertitre complètement tordu et assez merveilleux (le texte…), alors que "Walkabout" débarque en deuxième moitié d'ambiance, titre de soul rappé aux ambiances presque bossa puis expérimentales. Ca ne ressemble pas à l'image que les gens avaient des Red Hot, c'est sûr, mais c'est chouette.

Dave Navarro semble en tout cas avoir été le bon mec au bon moment. Sa capacité à alterner sobriété et plans classieux est un point fort de l'album, et il aura assuré un intérim honorable durant l'absence de Frusciante qui a depuis rappelé à tout le monde qu'il est LE guitariste du groupe. En attendant Navarro assure dans tous les délires dans lesquels le groupe se lance, et ceux-ci incluent la pop doucereuse et mélodique de "Tearjerker", le morceau-titre qui pourrait figurer sur une compil de grunge. Ca inclut aussi cette guitare qui joue à être un didgeridoo sur le bizarre Falling Into Grace, et les parties claires lumineuses de la petite merveille ambient qu'est le début du morceau final "Transcending" (et le délire seventies d'après). Rien à dire, Navarro aura su très bien catalyser l'énergie créatrice débridée ayant accouché de cet album riche mais malheureusement assez décousu…

Car nul ne peut nier que ce One Hot Minute est construit d'une manière très étrange. Autour de trois tubes énormes coincés en début d'album, l'album se lance en permanence dans le défrichage de terrae incognitae. Cette volonté d'"aller sans cesse voir ce qu'on peut faire dans tel ou tel registre vu qu'on est des (excellents) musiciens après tout" est très compréhensible mais les résultats obtenus sont si singuliers que chaque auditeur s'est fait "son" One Hot Minute, réagissant de manière plus ou moins enthousiaste ou choquée aux délires d'un groupe dans lequel il avait placé énormément d'espoirs depuis BloodSugarSexMagik. Véritablement à part dans la discographie des Red Hot Chili Peppers, One Hot Minute ne saurait se livrer à vous qu'au cours d'écoutes répétées. C'est pourquoi je lui mets une note bateau et vous invite à le découvrir par vous-même…




©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5