2108

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Anthony Kiedis
(chant)

-Flea
(basse)

-John Frusciante
(guitare)

-Chad Smith
(batterie)

TRACKLIST

1)Around the World
2)Parallel Universe
3)Scar Tissue
4)Otherside
5)Get on Top
6)Californication
7)Easily
8)Porcelain
9)Emit Remmus
10)I Like Dirt
11)This Velvet Glove
12)Savior
13)Purple Stain
14)Right on Time
15)Road Trippin'

DISCOGRAPHIE


Red Hot Chili Peppers - Californication
(1999) - pop rock - Label : Warner



Exit Dave Navarro qui officiait sur One Hot Minute, retour du grand John Frusciante et donc du line-up du légendaire Blood Sugar Sex Magic. On ne savait pas trop à quoi s'attendre de la part du quartet américain, mais l'espoir d'un nouvel album qui tape caressait quand même nos esprits fébriles. Et dans le genre "je prends tout le monde à contre-pied", Californication se pose là. Recueil de douces chansons pop-rock serti ça et là de titres plus bruts, cet album des Red Hot marque un virage musical très net mais extrêmement maîtrisé vers la chanson. Et que c'est beau...

Bonjour, je m'appelle Rick Rubin, j'ai produit tous les groupes de l'univers et j'arrive à faire sonner aussi bien Reign in Blood de Slayer ou Vol. 3 de Slipknot qu'un album de douce pop. A ce stade de maîtrise on ne peut que rester contemplatif. Californication c'est une production qui confine au parfait, avec une basse très en avant (comme toujours chez les Red Hot) aussi chaude et sucrée que du miel d'acacia népalais. Kiedis ne rappe presque plus jamais, il chante et c'est beau. Autant la prise de voix, le mix que les progrès phénoménaux du chanteur dans la maîtrise de sa voix et sa capacité à faire passer l'émotion forcent le respect: Kiedis devient un chanteur à part entière à partir de cet album, pourrait-on dire. Chad Smith reste un monstre tant technique que fin et énergique, et la guitare de Frusciante est en renfort la plupart du temps, complétant le spectre sonore par des mélodies et des riffs merveilleux de feeling.

Flea reste un bassiste d'exception, et le premier titre "Around The World" comme le reste de l'album nous le confirme. Cette ligne de basse toute bête et pourtant totalement addictive, comme le riff de guitare sur deux notes d'ailleurs... Le feeling et la retenue dégoulinent littéralement de chaque note. Ce titre au refrain ultra mélodique qui introduit les chœurs propres au nouveau style du groupe (vous savez, ceux qui cassent le crâne sur "By The Way") est quand même un de ceux qui ressemblent le plus au style traditionnel funky-énervé du groupe, en grande partie du fait du chant rap sur les couplets. On peut aussi compter "Get On Top" et "I Like Dirt" dans le genre groovy pêchu, mais les éléments métal du groupe sont absents, c'est juste que ça balance alors que le reste de l'album pose. Par contre dans le genre presque métal on compte "Parallel Universe" et ses demi-croches hypnotiques. La progression d'accords ininterrompue basse-guitare est excellente, la mélodie redoutable, et le refrain est ce qu'on trouve de plus violent sur l'album. Gros accords, chant inspiré, batterie qui se lâche, c'est ce qu'on appelle un tube, un vrai, un qui a raison d'être un tube parce qu'il est vraiment bien écrit.

Et sur cet album, des tubes, qu'est-ce qu'il y en a! Californication est un de ces disques qui font vraiment très mal au sens où ils ne proposent que des hymnes ou presque. Je n'entends pas "hymne" au sens Hamerfallien du terme, celui où on applique une recette qui marche, blablabla. Non, mais mettez ce cd avec des amis aimant chanter (ou ayant bu, ce qui revient souvent au même) et voici un album dont chaque chanson ou presque est devenue chère au cœur de quelqu'un au moins: 95% des chansons de Californication sont des classiques. Ça s'enchaîne, et c'est non seulement varié mais beau à chaque fois. "Otherside", ce concentré de mélodie brute, la finesse de la batterie, le refrain inoubliable... "Scar Tissue" et son thème ciselé, sa guitare faisant des arabesques perceptibles après deux ou trois écoutes... "Easily", plus rock, à la structure parfaite... "This Velvet Glove", qui scotche car on a beau chercher d'où vient ce qui nous hypnotise dans ces accords déjà entendus cent fois ailleurs, ces mélodies qui semblent pourtant évidentes voire convenues, et on ne trouve pas. C'est juste beau, c'est juste du talent brut. Du songwriting, comme on dit quand on veut se la jouer style je parle anglais et tout. Une petite dernière? "Road Trippin'", qui clôt l'album. Ah, le propos «on prend la caisse, les planches et on part surfer on ne sait où» n'est pas profondément métaphysique, c'est sûr. Mais que c'est chouette. Ce petit joyau de balade acoustique est une fin d'album parfaite, une chanson culte déjà pour beaucoup au même titre qu'"Under The Bridge" ou "My Friends", voire bien plus.

Bon, il n'y pas QUE des tubes non plus. En fait, une fois écartés ces pépites qui vous chopent à la première écoute pour ne plus jamais vous lâcher (au moins neuf titres sur quinze à mon humble avis, et je me retiens), il nous reste des titres expérimentaux pour la plupart et dans lesquels on ne trouve aucune bouse, imaginez-vous. Et oui, la voilà l'autre caractéristique qui motive la note de cet album: non seulement la proportion de classiques est énorme mais on ne trouve aucun ratage. "Porcelain" est une valse minimaliste lente et envoûtante, "Emit Remmus" un titre chelou rythmiquement et un peu cyclique mais assez recherché, et dont le côté répétitif se voit brisé par un break bienvenu, ce qui est le cas de toutes les rares compos qu'on pourrait suspecter de tourner en rond à un moment donné. La chanson qui apparaît la moins bonne à la première écoute (la faute à une intro trop longue sur un plan peu inspiré), "Savior", présente par la suite un pont mélodique cristallin ainsi qu'une jolie outro. "This Purple Stain" propose un couplet un peu bizarre, mais le pont comme le refrain mettront tout le monde d'accord. Et ne parlons même pas de l'outro instrumentale de fou, les batteurs apprécieront.

Il reste le cas "Californication", chanson que beaucoup ne peuvent plus supporter aujourd'hui du fait de son omniprésence à la radio et à la télé. Je dirais que "Californication", c'est comme Leonardo DiCaprio: ce n'est pas parce qu'on nous a matraqué avec jusqu'au dégoût qu'il faut en oublier qu'il y a du talent à la base. "Californication" reste pour moi une excellente chanson, un "tube" dont la qualité me permet de faire abstraction du fait que j'ai eu l'impression à l'époque que l'on voulait me la faire rentrer dans le cerveau avec un chausse-pied contre ma volonté. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, et il reste une excellente chanson, et un excellent album.


Californication, ce n'est plus les Red Hot tels qu'on les connaissait, d'accord. Le funk-metal de Mother's Milk est à des années-lumières, okay. Mais Californication est dans son genre un album absolument énorme, un recueil de chansons écrites par des compositeurs en état de grâce étant en plus des musiciens d'exception produits par une référence mondiale. Ça s'appelle un carton plein. Je ne sais absolument pas ce qui leur est arrivé ensuite pour qu'ils disjonctent à ce point, la NSA enquête encore dessus à ce qu'il paraît.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2