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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 9.5/20

LINE UP

-Anthony Kiedis
(chant)

-Flea
(basse)

-John Frusciante
(guitare)

-Chad Smith
(batterie)

TRACKLIST

1)By the Way
2)2Universally Speaking
3)This Is the Place
4)Dosed
5)Don't Forget Me
6)The Zephyr Song
7)Can't Stop
8)I Could Die for You
9)Midnight
10)Throw Away Your Television
11)Cabron
12)Tear
13)On Mercury
14)Minor Thing
15)Warm Tape
16)Venice Queen

DISCOGRAPHIE


Red Hot Chili Peppers - By The Way
(2002) - pop rock - Label : Warner



Aujourd'hui encore je me demande combien se sont fait avoir. On est tout frétillant à l'arrivée du nouveau Red Hot Chili Peppers parce que bon Californication ça a été une sacrée claque tout de même dans son genre, et ô joie il est en écoute à la Fnac du coin. Alors on se met la première et bingo! Ça cogne. On avance de deux plages, on met la troisième, ça sonne pas mal les vingt premières secondes alors hop c'est plié, on le prend. On rentre chez soi, et argh! Mais pourquoi? Pourquoi a-t-on passé le deuxième titre? Alors, alors, on aurait su. On aurait perçu cet ennemi de la bonne musique absent de Californication mais si présent ici, cette infâme engeance démoniaque. Ce truc flasque et qui dégouline, ce cauchemar: la guimauve.

"Universally Speaking" est une de ces chansons que je ferais bien figurer au top 50 de mes pires bouses si j'étais un magazine amateur de classements stupides. Mais à ce point et venant d'un groupe que j'avais tant aimé à l'époque de leur précédent opus, ça mérite d'être dit et crié sur les toits. C'est niaiseux comme rarement un groupe n'a été, ça sature de sucre et de truc étouffant qui donne envie de faire du mal aux objets qui vous entourent. En deuxième titre, c'est le genre d'erreur qui donne tout de suite une mauvais opinion sur un album, surtout après un premier titre comme "By The Way" qui bouge bien et laissait (ah les traîtres!) espérer le meilleur. Mais voici le péché qui tue "By The Way" par moments et qui n'est pas le seul: la guimauve, le niaiseux facile qui plombe un album car il fait baisser les musiciens dans l'estime de l'auditeur. Mais il n'y a pas que ça.

Par exemple, avant d'acheter l'album j'avais lu une chro dans Libé qui parlait de la «voix blanche» de Kiedis, ce qui m'avait beaucoup étonné vu les progrès du bonhomme. Et bien je ne sais pas à quoi c'est dû, mais la voix du chanteur sonne en effet d'une manière étrangement monocorde 99% du temps. Il en devient même rapidement saoulant, c'est un comble! La prise de son est également différente et ne semble pas non plus le mettre en valeur. Pourtant toujours produit par Rubin, il saute aux oreilles que By The Way sonne moins que son prédécesseur. En tout cas le son est différent, c'est sûr. La basse est plus en arrière qu'avant, même si elle est toujours évidemment très présente. Mais le son est bien moins rond, plus métallique et la guitare a pris un peu plus d'importance dans le mix. En gros la prod est moins moderne, moins "pure" pourrait-on dire, dans une volonté probable de sonner vintage. Car une bonne partie de cet album est orienté vers le passé.

Cap vers les seventies donc, telle semble l'idée. En plus d'être niais le deuxième titre est très rétro, et c'est là la direction principale du disque. Et c'est là que le bât blesse, en tout cas pour moi: la pop et les mélodies de l'opus précédent étaient le fruit d'une création réelle, alors que là les Red Hot semblent trop "inspirés" par le son psychédélique. En tout cas c'est le cas de certains titres parmi les (trop) nombreuses chansons de l'album, et à chaque fois ça me hérisse les poils de la nuque. Ça survient parfois sournoisement, comme sur "The Zepyhr Song" au couplet sympa bien que facile et chargés de chœurs rose bonbon... puis quand le refrain arrive il prend honteusement l'auditeur –pourtant bien disposé- par surprise en le noyant sous une dose de gélatine sucrée incroyablement niaise, dans laquelle on cherche vainement une dose de deuxième degré ou de parodie, mais non, ils nous la font vraiment comme ça en fait, «yeah yeah yeah yeah». A ce stade l'auditeur a les yeux écarquillés et selon son degré de sensibilité et de fanitude ils sont peut-être remplis de larmes. Car c'est laid. Mais vraiment, alors, oula, ciel.

J'ai bien dit qu'il y avait beaucoup de titres sur cet album, donc attention. Qu'on n'aille pas dire non plus que je crache sur le tout, après tout j'ai bien trouvé trois chansons «qui tuent» malgré la note de l'album. Mais bon on se retrouve devant un tout autre résultat qu'auparavant: là, sur seize titres, on compte seulement quelques chansons sympas et des ratées vraiment extrêmement ratées, ce à quoi le groupe ne m'avait pas encore habitué. D'où le choc. Ils ont voulu s'engager dans cette direction par goût semble-t-il, mais... qu'ils partent dans les sons popisants vintage baba cool, sur le principe pourquoi pas? Le fait est qu'au résultat ça tourne au sucré catégorie nauséeuse. C'est aussi vrai pour Kiedis qui quand il n'est pas monocorde minaude d'une manière qui me hérisse ("I Could Die For You", seigneur...) ou se double sans cesse dans ces chœurs incessants de Bisounours que j'ai déjà mentionnés. C'est comme si le groupe voulait à tout prix nous imposer l'image mentale d'une famille de gens heureux labrador inclus qui courent sur une plage au ralenti en riant aux éclats, ha ha ha va rattraper le ballon mon chéri. Et comme les chansons sont longues, on sature, ce qui est logique, non? Ça donne envie de débarquer dans la scène décrite ci-dessus avec un fusil à pompe (gnarf).

Et donc justement, ce n'est pas que niaiseux, c'est aussi un peu pompé par moments. Je ne suis pas spécialiste de la musique des années soixante-dix, mais une compo comme "Tear" tente tristement de se la jouer Beatles et c'est laid. Dans la série musique mexicanisante-swing on trouve deux titres: un moyen et un culte. Le moyen "On Mercury" fait très Tarantino dans l'esprit et passe bien sans révolutionner la sauce, et "Cabrón" est le titre culte que j'ai mentionné. Culte dans le mauvais sens. Les paroles, la musique, le chant... Je ne veux même pas en parler. C'est la deuxième bouse impressionnante sur cet album avec "Universally Speaking". Ou alors on peut faire de l'auto-copie, comme dans "Minor Thing", un titre pas foncièrement déplaisant (chœurs exceptés, of course) mais qui ne renouvelle rien dans l'histoire du groupe. On remonte même juqu'aux sixties avec "Warm Tape", sur lequel Kiedis chante faux, dommage. Après on part dans un genre de country du style BOF de western en noir et blanc qui tape dans le fade supportable.

Allez, les titres intéressants, il en reste quelques-uns, ce sont les Red Hot tout de même! A bas régime, il est vrai, mais qui arrivent tout de même sur cet album à pondre quelques titres dignes de leur histoire et de leur statut. "Throw Away Your Television" est une montée en puissance sympa bien qu'un peu longue déboulant sur un excellent solo de Frusciante qui utilise à très bon escient son effet de guitare synthé, soutenu par un Flea qui se la joue métal. Le single et title-track "By The Way" est le meilleur titre du lot, et le dernier titre "Venice Queen" commence par une partie hypnotique basse/guitare/effets d'ambiance très agréable, pour un titre pop qui sonne bien, qui sonnerait presque Californication, tiens. On se pose, on écoute, et on profite de ces quelques minutes durant lesquelles le groupe renoue avec ce truc indéfinissable que les chroniqueur tentent en vain de définir et qui m'a fait adorer l'album pré-cité: la beauté. "Venice Queen", c'est beau. Quand le titre part réellement après cette boucle géniale ça reste sympa tout en étant plus convenu au final. Mais on a retouché le temps d'un bout de chanson à ce que les Red Hot ont montré qu'ils savaient faire: la mélodie qui fait mouche. Dommage que l'album soit si peu fourni en titres de ce calibre et qu'il propose même certains titres honteux noyés dans la masse du quelconque.




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