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CHRONIQUE PAR ...

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Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 23 mai 2008
Sa note : 17/20

LINE UP

-Vibeke Stene
(chant)

-Morten Veland
(guitare+chant)

-Anders H. Hidle
(guitare)

-Einar Moen
(claviers)

-Rune Østerhus
(basse)

-Kenneth Olsson
(batterie)

TRACKLIST

1)Beyond the Veil
2)Aphelion
3)A Sequel on Decay
4)Opus Relinque
5)Letherean River
6)... Of Ruins and a Red Nightfall
7)Simbelmynë
8)Angina
9)Heretique
10)Dementia

DISCOGRAPHIE

Beyond the Veil (1999)
Ashes (2005)
Illumination (2007)
Rubicon (2010)
Darkest White (2013)

Tristania - Beyond the Veil



Si quelqu’un me demandait de définir ce qu’est le metal symphonique ayant des accents gothiques, je sortirais Beyond The Veil de ma discothèque et lui ferais écouter. Cet album, le sommet musical de Tristania, est un point d’orgue de ce genre, d’ailleurs souvent mal défini. Le groupe a depuis quitté ces terres pour rejoindre d’autres contrées, plus calmes et moins troublées, mais il aura eu le mérite d’avoir accouché durant sa carrière d’un album définitif d’un sous-genre.

Widow’s Weed, leur premier essai, marchait sur les plates-bandes de Theatre Of Tragedy. Le groupe norvégien avait repris la même recette: du doom-metal fortement teinté d’influences gothiques, puisant son inspiration dans Draconian Times, l’album qui fut à la source de tout. Tout comme la bande à Liv Kristine, Tristania se démarquait de ses confrères anglais en utilisant le chant féminin et masculin. L'évolution est immédiatement audible dès les premières secondes de "Beyond the Veil": le groupe a musclé son propos et pris un détour symphonique. Toutes les pistes sont audibles, la production claire et limpide (Terje Refsnes est aux manettes), qui ne manque pas pour autant de reliefs, donne un son massif et puissant. Et c’est un avantage indéniable pour cet album qui mise sur la puissance, le symphonique sans donner dans le pompeux: chœurs dans tous les sens, orchestrations, envolées lyriques de Vibeke.

Mais n’oublions pas que Tristania reste metal, et ne l’a jamais été plus que sur cet album. La puissance se retrouve aussi dans les guitares et la section rythmique. Toutes ces orchestrations, chœurs, se greffent sur une base résolument metal. Les riffs sont nombreux et variés. Cependant les guitares sont un peu en retrait et ne jouent jamais un rôle de leader dans la musique: il n’y a pas de solos et plutôt qu’emmener les compositions, elles ont plus un rôle de soutien. Le point fort du disque ne se situe assurément pas là. Il faut chercher du côté des compositions pour voir les qualités de cet album. Toutes en longueur (6 minutes en moyenne), elles sont d’une variété et d’une richesse qui force l’admiration pour le travail effectué. À aucun moment l’espace sonore ne se vide, il n’y a aucun passage plat ou de remplissage. Basées sur une alternance passage violent/calme, elles ne se résument pas à cela uniquement.

Nombreux changements de rythme, variations d'atmosphères, variations dans les effets, aucune partie ne ressemble à une autre. On passe d’un passage proche du black-metal à un thrash mid-tempo sur lequel Vibeke gémit sensuellement ("Opus Relinque"), ou encore de parties atmosphériques qui suivent un metal destructure et dissonant, jouissif ("Heretique"). Le groupe varie les artifices pour créer une ambiance sombre et baroque, entre des chœurs masculins mystiques, des samples electro en fond, une nappe de claviers vintage évoquant un carrousel diabolique ("Opus Relinque"). Quelques passages de violon sont distillés judicieusement, sans risque d’indigestion ou de mièvrerie. Preuve en est le final dantesque d’"Angina", avec cette accélération du piano tandis que le violon sautillant s’introduit dans le mix. Tout cela est loin d’être du remplissage inutile destiné à remplir du vide. Au contraire, l'atmosphère sombre, et solide, les sensations que provoquent cet album proviennent en grande partie de ces variations et des orchestrations riches.

Cette chronique serait incomplète sans mentionner les performances des différents vocalistes. S'il y a bien une chose contribuant à forger la personnalité du groupe, c’est l’emploi de trois chanteurs spécialistes. Morten Veland excelle dans sa catégorie, capable d’assurer autant dans un registre criard que dans le growl profond. Ses lignes rehaussent l'agressivité globale, et donnent encore plus de relief aux compositions. Vibeke est égale à elle-même, capable du plus puissant des chants lyriques que de lignes plus fines et empreintes d'émotion en arrière-plan. Son talent et sa performance, sans fausse note, transfigurent l’ensemble et subliment des titres comme "A Sequel on Decay". Østen Bergøy, invité sur cet album pour les quelques lignes de chant clair, est un peu plus bancal en comparaison.


Porté par un groupe au pinacle de son talent, Beyond The Veil est l’album le plus abouti de Tristania, le plus riche aussi et celui sur lequel le groupe réussit à verser dans le grandiloquent sans être pompeux. Orchestrations magnifiques et baroques, chanteurs qui frôlent l’excellence, compositions riches comportant de nombreuses variations, violence sombre, tout est réuni pour comprendre le caractère définitif de Beyond The Veil.


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