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CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
Cette chronique a été mise en ligne le 23 mai 2008
Sa note : 8/20

LINE UP

-Dusty Sparkles
(chant+guitare+synthé)

-Dell Blackwell
(basse)

-Rockwell
(synthé)

-Buck Rothy
(batterie+clarinette)

TRACKLIST

1)Unonou
2)Where Beauty and Terror Dance
3)The Emerald Snow of Sleep
4)A High or a Low
5)Spinning Temple Shifting
6)Down from a Cloud, Up from the Ground
7)One Mind Gone Separate Ways

DISCOGRAPHIE

Unonou (2008)

Danava - Unonou
(2008) - rock prog hard rock stoner un peu ringard sur les bords - Label : Kemado Records



Engagez-vous qu’ils disaient. Venez rejoindre l'équipe des Éternels et chroniquer du stoner. Moi bonne poire, je me laisse avoir, je suis là, comme ça peinard, prêt à crouler sous la musique grasse, barbotant dans une piscine de drogues diverses, accompagnée par des putes de luxe, avec un épais cigare cubain ornant mes lèvres libidineuses. Et ben je me suis bien fait avoir, voila. Je m’attendais à tout, vraiment à tout sauf du prog.


Je préviens, et je m’en excuse, car le début de cette chronique pourrait prendre des allures de psychanalyse. Enfant des années 80, j’ai grandi dans une cellule familiale qui pratiquait le rock’n’roll avec néanmoins une attitude assez décomplexée vis-à-vis de nombres de déviances et autres exactions qui fleurirent entre la moitié des années 70 et le bourgeonnement des années 90. J'ai donc été exposé fort jeune à d'innommables anomalies; citons entre autres Alan Parsons, un criminel entre mille, cauchemar intime, némésis inconscient qui sommeillait tel Cthulhu dans les tréfonds de mon âme. Son influence maléfique est un peu trop évidente sur le travail produit par ce jeune groupe qu’est Danava, de même que celle, tout aussi maligne de groupes comme Yes, Emerson, Lake and Palmer et tant d’autres. (Bon, okay, au moins on n'a pas l’impression d’écouter un tribute band de Black Sabbath) Les premières minutes du premier titre de leur album Unonou, baptisé “Unonou” peut induire en erreur un bref instant si l’on est pas attentif.

Batterie cavalière, basse ronflante et riff seventies crunchy bien parti. Et soudain le chant arrive, mixé avec trente ans de retard, et inflige un mélange crispant entre un imitateur de Dio fatigué et bien entendu Alan Parsons comme cité précédemment. Il y a de quoi être perplexe, mais les rythmes alambiqués mettaient un peu sur la voie. Avec “Emerald Snow of Sleep” et “One Mind Gone Separate Ways” (qui repompe sans honte "Achilles Last Stand" de Led Zeppelin par moment, il fallait le noter), ce groupe d’insidieux malfrats que sont Danava dévoilent leur jeu. Boucle de synthé infernale en guise d’intro, chant agaçant et harmonies du même tonneau. On s’en doutait un peu depuis le début, mais là, ça vous pète à la gueule de manière aussi décomplexée qu’irrévocable. Ce groupe est un bon sang de putain de groupe de prog déguisé sous des faux airs de stoner! Et puis du vrai de vrai, avec des synthés bien cheap, des mélodies bien lourdes et largement moins bien produit que les premiers Yes de surcroît.

Tant qu’à faire, ajoutons la petite dimension « space rock » qui va bien, et nous voila projeté dans le futur de la fin des années 70, tout un programme. Alors bien sûr, aucune honte à diluer un genre par essence assez massif et grassouillet, mais pourquoi ne pas l’assumer pleinement, au lieu de glisser de perverses nappes de clavier de-ci de-là donnant à certains riffs bien foutus un arrière goût de moquette orange ? Et puis niveau space rock, Hawkwind et dans un style plus proche du groupe qui nous intéresse ici, Captain Beyond ont déjà tout dit, tout fait, et en mieux. Cet Unonou a tout de même pour lui une certaine audace formelle qu’il serait plaisant de ne pas voir se généraliser. Heureusement, ce qui ne me tue pas me rend plus fort. Après les 7 minutes 53 secondes de la troisième piste, c’est donc drôlement endurci, le corps protégé par une combinaison d’astronaute achetée au rabais à Clignancourt que nous voila prêt à affronter la galaxie de formica que propose Danava.

On peut y sauver un goût pour le rétro qui nous évite une désagréable production lisse et faussement burnée. De même la batterie qui bourrine dans une tradition 70’ assez plaisante sans toutefois avoir l’éclat de la belle époque. Mais ça reste cher payé par rapport à ce qu’il reste à subir. Ça m’est un peu égal, étant par chance immunisé contre ce genre d’aberrations musicales. Mais le badaud, l’homme peu averti, ou bien merde, le mec (ou la fille bien entendu) né avant 1978 ? Comment réagira-t-il à cette chose estampillée « rock-metal stoner psychédélique » ? Non, le monde doit être mis au courant. Car sur certains morceaux, comme “A High or a Low”, tout se passe à peu près bien, bien que le chant soit tout naze, que le son soit assez daté et qu’on sente les musiciens enclins à des expérimentations inavouables. Et puis hop, un synthé, ou des trompettes – ce genre de trucs on sait comment ça finit en live - se glissent, se faufilent pour vous violer l'âme et s’enfuient aussitôt.


Un tel affront se devait d’être signalé. Tout n’est pas à jeter, loin de là, et je serai le premier à saluer cette production datée qui sent bon le velours marron, le grain des guitares, et les riffs qu’on jurerait d’époque. Mais à coté de ça, il y a ce synthé, ce chant, ces moustaches et cette sensation de saleté qui vous habite à l’écoute, d’être enfermé dans un ascenseur avec un tout petit miroir et une moquette murale très épaisse pour y être violé par des démons vieux de plus de trente ans. Si vous n’avez pas frissonné une seule fois à la lecture des influences citées plus haut, rajoutez cinq points à la note. Ou bien, allez consulter, au choix.


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