2162

CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été mise en ligne le 24 mai 2008
Sa note : 17/20

LINE UP

-Mikko Kotamäki
(chant)

-Markus Jämsen
(guitare)

-Juha Paivio
(guitare)

-Aleksi Munter
(claviers)

-Matti Honkonen
(basse)

-Pasi Pasanen
(batterie)

TRACKLIST

1)Hope
2)These Hours of Despair
3)The Justice of Suffering
4)Don't Fall Asleep (Horror Pt.2)
5)Too Cold For Tears
6)The Empty Skies
7)No Light, No Hope
8)Doomed to Walk the Earth

DISCOGRAPHIE


(2007) - mélodique doom metal - Label : Spinefarm



Dès 2005, l’école scandinave du doom mélodique s’était trouvé en Swallow The Sun un nouveau représentant sûr de ses convictions musicales, qui promettait beaucoup après juste deux albums. D’une part, grâce à une évolution stylistique flagrante et incroyable de pertinence entre ses deux premiers essais studio (The Morning Never Came et Ghosts of Loss) et d’autre part, grâce à des prestations scéniques impressionnantes de maîtrise et d’émotion.

Tout était à craindre avec ces Finlandais-là qui avaient rapidement joué la carte d’une musique hybride puisant ses ressources çà et là. On le sait bien: le Finlandais est déprimé, ça c’est une certitude, mais il est aussi très joueur. Et qu’est-ce que le Finlandais allait nous réserver désormais ? Mystérieux titre, s’il en est, que Hope. Avec le recul, la crainte se transforme doucement en espoir : espoir d’entendre à nouveau un album de la trempe de Ghosts Of Loss où la mélancolie inhérente au genre s’en était trouvée sublimée, mais aussi espoir de la surprise, vecteur essentiel d’intérêt pour ce groupe à l’aura grandissante. À défaut d’espoir au final, c’est la transcendance qui sera au rendez-vous de ce troisième album, ainsi intitulé Hope. Témoin de la transcendance d’un style personnel mais aussi d’un genre à lui tout seul, Hope alimentera longtemps les discussions, car le doom/death s’est, en Swallow The Sun, trouvé un formidable maître à penser.

À l’écoute de ces huit compositions qui parsèment Hope, ce titre révèle sa substance au grand jour : jamais la musique des Finlandais n’a paru aussi lumineuse. Le désespoir s’était dissipé en tristesse sur Ghosts of Loss, celle-ci se mue en mélancolie sur Hope. Les prétentions mélodiques du groupe n’ont jamais été aussi palpables – et les doomsters purs et durs crieront au scandale. Comment ça, de la mélodie ? Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il y en a à foison sur cet essai, mais de l’émotionnelle ("The Justice of Suffering", exutoire éthéré pour Jonas Renkse, chanteur de Katatonia, qui sublime ici un morceau déjà fabuleux, "Don’t Fall Asleep" et ses claviers délicats) et de l’épique (les saturations cosmiques des guitares sur "The Empty Skies", le grain choral à vous coller le frisson sur "Doomed to Walk the Earth", final orgasmique).

Toujours placées au poil, ces mélodies, d’une beauté affolante, sont de celles qui restent longtemps en tête après l’écoute, de celles dont rien ne dépasse mais qui font naître le sentiment chez l’auditeur. De plus, il n’y a pas l’ombre d’un quelconque plan progressif à la mode qui dénaturerait le propos : la transcendance musicale de cet album doit beaucoup à l’extrême cohérence du doom/death des Finlandais, ciselé avec soin. Tout semble couler de source sur cet essai, à l’image des claviers discrets mais majestueux d'Aleksi Munter ("Hope", cristallin) ainsi que du jeu tout en contrastes ("The Empty Skies" et ses trois dernières minutes à pleurer) et en feeling ("Doomed to Walk the Earth", d’une pureté à toute épreuve) de Pasi Pasanen, qui abat sur Hope un travail phénoménal aux fûts.

Mais que seraient ces mélodies sans l’impressionnante présence de Mikko Kotamäki, dont le chant clair, présent pour moitié sur cet album, se fait de plus en plus juste ("Don’t Fall Asleep") et le growl, toujours plus caverneux, est un des meilleurs du circuit ? Ce sentiment de présence physique est mille fois renforcé par l’habile juxtaposition des voix réalisée lors du mixage. En fait, Swallow The Sun a effectué un long travail de recherche sur ses deux premiers albums et semble ici, en affinant, en épurant et en polissant son style avec une sensibilité rare dans le genre, avoir trouvé LA formule gagnante, LA bonne expression de sa musique, le parfait équilibre entre ses différentes influences. Plus que jamais transfiguré, Swallow The Sun transporte l’auditeur dans un maëlstrom d’émotions, en laissant découvrir un visage mélodique et délicat que l’on soupçonnait à moitié, mais pas à ce niveau d’interprétation.


Œuvre d’une profondeur abyssale – les moments de lourdeur se font plus rares mais aussi plus terrifiants – d’une finition extrême et d’une richesse incroyable, elle n’en oublie pas d’être tout simplement belle à mourir. Rarement un album de doom m’aura transporté autant que celui-ci : à la fois extrême et accessible, Hope est désormais tout simplement indispensable au genre et redéfinit les standards, en imposant une vision nouvelle, différente, élégante du doom mélodique. Une grande et magistrale claque, qui invite plus que jamais à l'introspection des sens.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4