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CHRONIQUE PAR ...

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Roy Mac Namara
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13/20

LINE UP

-Gary Jarman
(basse+chant)

-Ryan Jarman
(guitare+chant)

-Ross Jarman
(batterie)

TRACKLIST

1)Hey Scenesters!
2)I'm Alright Me
3)Martell
4)Mirror Kissers
5)We Can No Longer Cheat You
6)It Was Only Love
7)The New Fellas
8)Hello? Oh...
9)The Wrong Way to Be
10)Haunted
11)Things Aren’t Gonna Change

DISCOGRAPHIE


Cribs, (the) - The New Fellas
(2005) - rock post-punk revival - Label : Wichita



Il faut bien admettre qu’au moment où il atterrit au sommet de la pile toujours plus grande de disques à peine acquis et « entr-écoutés », The New Fellas, deuxième opus des Anglais de The Cribs, ne partait pas forcément avec toute la faveur d’une oreille qui lui aurait d’avance été acquise. Non que notre jugement soit entravé d’une méfiance particulière à l’égard du brit’ rock, bien au contraire: c’est plutôt l’abondance, en la matière, de la production récente made in U.K. qui nous orienterait progressivement vers un certain scepticisme, ou du moins, vers une exigence supérieure et renouvelée.

Impossible donc, apparemment, de ne pas se demander d’emblée: celui-ci ressemblera-t-il à celui-là? Ce trio de jeunes blanc-becs de Wakefield, Yorkshire, saura-t-il imprimer un son, une direction musicale, un élan particuliers? Question posée avec entrain et optimisme si l’on est fan des Libertines, Bloc Party et autres Kaiser Chiefs; avec une relative indifférence si l’on attend les reformations périodiques de Pink Floyd ou la naissance d’un Zeppelin contemporain (aussi improbable que cela paraisse, mais le génie musical des Anglais n’a pas de limite…). Avec cet album, les Cribs nous suggèrent une réponse ambiguë, ce qui n’est déjà pas si mal: on sait d’emblée qu’il n’atteindra pas le souffle propre à réjouir l’amateur éclairé sus-cité de la deuxième catégorie, mais qu’il pourra attiser sa curiosité tout en réjouissant fortement son compère de la première espèce.

Les frères Jarman, puisque c’est leur nom, nous offrent en effet une belle variété de rock songs bien calibrées et parfaitement en phase avec le format contemporain: titres concis et vitaminés, accords sommaires plaqués de manière teigneuse et scolaire, sens de la mélodie, chant naïf et entraînant et lyrics dépouillées de toute ambition. Onze titres, trente-cinq minutes d’entertainment rock, de cette musique qui vous donne envie de commander une autre bière et de vous rapprocher de cette jolie fille, anglaise et blonde, qui vous a souri de l’autre côté du bar et qui viendra avec vous, tout à l’heure, à la fête de votre camarade de College. En toute simplicité joviale, et sans romantisme aucun.

C’est aux Strokes que l’on pense d’emblée, comme à un grand frère exilé aux U.S qui aurait laissé son empreinte: impossible de ne pas les entendre à travers l’architecture de morceaux comme "Hey Scenesters!", "I’m Alright Me", qui ouvrent l’album, ou encore "Things Aren’t Gonna Change", titre de clôture. Des Strokes anglais, bien sûr: c’est moins léché, moins produit, plus brut et débraillé. Les Cribs manifestent leur envie de valoriser l’incomparable héritage musical national et de sonner local: on ne sait trop comment, on entend çà et là Johnny Rotten parler aux Clash, et même, des inflexions à la Madness viennent masquer habilement et bien heureusement les tentations « gallagheriennes ».

Des titres tels que "We Can No Longer Cheat You", "It Was Only Love" ou "Hello? Oh…" suggèrent ce mélange des genres et des influences, même si les références citées peuvent sembler abusives aux premières écoutes. Mais c’est peut-être à travers ces à-côtés et ces « peut-être », ces très furtifs flashbacks, ces timides tentatives d’expérimentation et toutes ces pistes potentielles non suivies dans cet album que le groupe s’avère le plus prometteur. Le morceau "The Wrong Way to Be" offre à cet égard quelques belles promesses d’envolées plus ambitieuses et complexes, avant qu’un gimmick d’inspiration « étudiante » (ou sportive) n’en perturbe quelque peu le déroulement. De son côté, "Haunted" est une curiosité, plus abouti dans sa volonté de décalage dissonant, lorgnant vers une divagation à la Tom Waits tout en restant arrimé à une structure pop (un peu alcoolisée) pour se rattraper, et se révéler finalement… étrange à l’écoute.

Après quelques tours de sillon, le constat est à leur honneur: les Cribs ont réussi un brassage étonnant de multiples influences, jusqu’aux plus récentes, sans y penser forcément, en se contentant de jouer avec plaisir et naïveté. Pas de véritable direction donc, pas encore de personnalité affirmée ou de choix clair mais éventuellement, une promesse pour les prochains albums, puisque les pistes esquissées pour développer leur style et leur son sont ouvertes. Si le groupe peut surtout nous séduire et nous surprendre par ce qu’il ne développe pas mais laisse entendre à travers cet album, il faut aussi dire que l’ensemble fonctionne très bien: entraînant et efficace, sans paraître pour autant complètement calibré ou opportuniste, The New Fellas est quand même à recommander pour les adeptes du genre, qui y trouveront une pierre supplémentaire pour bâtir l’édifice de leur discothèque U.K contemporaine. Les autres pourront l’utiliser comme un album d’« ambiance », péchu et joyeux, avec cette pointe de déglingue propre à faire dégénérer potentiellement leurs soirées. Quant aux inconsolables des splendeurs britonnes du passé, ils se consoleront bien avec un vieux disque des Floyd ou de King Crimson, mais laisseront de toute façon défiler avec plaisir un des titres des Cribs à la faveur d’une lecture aléatoire de leur i-Pod.


Si le manque de souffle, ainsi que d’une pointe âme, de l’album nous empêche de vraiment nous l’approprier ou d’en faire un incontournable, il est également là pour illustrer, une énième fois et d’une énième manière, la vigueur et le potentiel de la production anglaise contemporaine, tous styles confondus.


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