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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été mise en ligne le 25 septembre 2008
Sa note : 17/20

LINE UP

-Bernie Shaw
(chant)

-Mick Box
(guitare)
-Trevor Bolder
(basse)

-Phil Lanzon
(claviers)

-Lee Kerslake
(batterie)

TRACKLIST

1)Against the Odds
2)Sweet Sugar
3)Time of Revelation
4)Mistress of all Time
5)Universal Wheels
6)Fear of Falling
7)Spirit of Freedom
8)Logical Progression
9)Love in Silence
10)Words in the Distance
11)Fires of Hell
12)Dream On

DISCOGRAPHIE


Uriah Heep - Sea Of Light
(1995) - hard rock - Label : SPV



Sea Of Light, grand retour d'Uriah Heep qui, on s'en doute, passera inaperçu cette année là vu le contexte peu favorable à une résurrection des groupes de classic-rock. Même UFO avec Walk On Water et Deep Purple avec son Purpendicular l'année suivante n'obtiendront pas un succès fulgurant, malgré une presse unanime. Réalisée par Roger Dean, la pochette s'inscrit dans l'esprit des albums de Yes, d'où la confusion qu'il peut y avoir la première fois qu'on la voit traîner dans les bacs de la Fnac, au rayon des invendus lors des soldes annuelles.

Curieusement (ou pas), la pochette de The Ladder de Yes ressemblera un peu à celle de Sea Of Light. De là à affirmer que Roger Dean tourne en rond dans ses illustrations, il n'y a qu'un pas. À l'instar de Motörhead, Uriah Heep a pris l'habitude de changer de label à chaque album après les années Bronze. Les deux groupes se retrouveront signés chez SPV en 1995, label qui servait à l'époque de refuge pour toutes les vieilles gloires dont plus personne ne voulait. Là où Motörhead trouvera ensuite la stabilité chez SPV jusqu'à aujourd'hui encore, dans le cas d'Uriah Heep on ne peut pas dire que cette signature ait été concluante. Il faut dire aussi que la musique d'Uriah Heep dénote franchement par rapport au catalogue métallique de SPV, cela posera problème au label, ne sachant pas vraiment comment promouvoir le groupe. Et justement, SPV oblige, on retrouve dans l'équipe de Sea Of Light quelques noms bien connus comme le producteur Kalle Trapp qui avait déjà travaillé avec Saxon, et aussi le célèbre Piet Sielck, crédité pour l'enregistrement des claviers. Et dès le premier titre, "Against the Odds", on se rend compte qu'effectivement, la production est épaisse comme une saucisse de Francfort. C'est bien simple, les guitares de Mick Box sont vraiment placées en avant, jamais le Heep n'avait été aussi puissant et heavy ! Mais, que l'on se rassure de suite, si le nom de Piet Sielck a de quoi faire fuir (normal quand on connaît le niveau zéro des albums d'Iron Savior), Uriah Heep ne s'est pas mis à sonner comme un groupe de metal allemand lambda, il ne manquerait plus que ça !

Avec Sea Of Light, Uriah Heep s'éloigne pour de bon du son « FM » qui était le sien entre 1982 et 1991, tout en retrouvant une ambition artistique équivalente à Abominog, voire même Firefly. Sea Of Lightne renoue pas tout à fait avec l'immense énergie de Different World, l'album « défouloir » par excellence, mais les compos sont plus appliquées. Mick Box, Trevor Bolder et Phil Lanzon sont désormais les principaux compositeurs et à trois, ils entendent bien renouer avec la grandeur de la période Ken Hensley, sans pour autant effectuer un retour en arrière. Réussir à se moderniser (mais pas trop non plus) tout en gardant des sonorités « classic-rock », le défi est relevé haut la main. Sea Of Light est bien le seul album des années « post-Hensley » à pouvoir rivaliser avec les classiques. On passe à du gros heavy qui tâche, des titres comme on en attendait plus de la part du groupe avec "Against the Odds" tout d'abord, puissant, grosses guitares, quelques solos bien sentis (Mick Box est en forme !), claviers discrets avec en prime le grand retour des chœurs épiques. Ensuite, deux poids lourds qui deviendront très vite des classiques en live : "Time of Revelation", gros riff à la Black Sabbath, refrain hyper accrocheur (le meilleur de leur carrière ?) et "Universal Wheels", très heavy également avec une belle intro (qui ne sera malheureusement jamais reprise en concert) et un court solo de claviers plutôt raté... on comprend dès lors pourquoi Phil Lanzon ne joue pas beaucoup de solos.

Les compos de Trevor Bolder sont à l'honneur avec des mid-tempos plus lourds, du gros rock étonnamment inspiré, ils ont la gaule et ça s'entend ("Sweet Sugar", "Fires of Hell"). Dans cette lignée, "Words in the Distance", peut-être le moins bon titre du disque, est également celui qui se rapproche le plus de Different World. Uriah Heep n'avait pas été aussi créatif depuis belle lurette, on ne compte plus le nombre de ballades comme "Mistress of All Time", "Love In Silence", toutes les deux superbes ou l'acoustique "Dream On", aux chœurs un peu trop mielleux sur le refrain pour être honnête. D'autres titres plus atypiques aussi s'éloignent des clichés « classic-rock » comme "Fear of Falling", plus moderne, très entraînant et rapide, guitares en avant, chanté par Trevor Bolder. Phil Lanzon n'a pas manqué d'inspiration non plus pour concocter des mélodies plutôt originales ("Logical Progression", "Spirit of Freedom"), dans un style inclassable puisque qu'on retrouve aussi bien du rock mélodique, du heavy, du progressif ou du hard rock chez Uriah Heep. Et Bernie Shaw n'est pas en reste, impérial de bout en bout, il confirme pour de bon qu'il est le meilleur chanteur d'Uriah Heep depuis John Lawton, là où Different World et Raging Silence se traînaient encore une sale réputation « FM ».

Il serait vain de vouloir comparer Sea Of Light aux albums des années Byron, qui eux aussi n'étaient pas toujours parfaits et contenaient leur lot de « filler »... Bien sûr, l'histoire retiendra surtout les immenses classiques de l'ère Byron (en écartant soigneusement les étrons de cette époque), bien plus que les "Time of Revelation", "Universal Wheels", "Against the Odds" ou "Love in Silence". Même Salisbury, Demons And Wizards et The Magician's Birthday contenaient un ou deux titres plus faibles, mais bon ces albums font partie de la légende alors on n'insiste pas trop sur leurs défauts. Le groupe a beau s'être modernisé avec Sea Of Light, quelques chœurs « vieillots » trahissent leurs intentions ; on sent qu'ils ont pris de la bouteille, les chœurs suraigus d'autrefois sont bien loin. Pas sûr non plus que les amateurs de heavy ou de rock progressif s'y retrouvent, Uriah Heep n'étant jamais parvenu à cibler un public uniforme.


Toutefois, les reproches qu'on peut lui faire (une production « à l'allemande », quelques longueurs et des chœurs parfois un peu envahissants, tirant un peu trop sur la fibre émotionnelle – cf les refrains de "Spirit of Freedom" ou "Dream On") sont vraiment minimes face à ses qualités. Cela donne le meilleur album d'Uriah Heep – et de loin – avec Bernie Shaw.


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