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CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Jack White
(chant+guitare+claviers)

-Meg White
(batterie+chant)

+ invités

TRACKLIST

1)Icky Thump
2)You Don'T Know What Love Is (You Just Do As You'Re Told)
3)300 M.P.H. Torrential Outpoor Bues
4)Conquest
5)Bone Broke
6)Prickly Thorn, But Sweetly Worn
7)St Andrew (This Battle Is In The Air)
8)Little Cream Soda
9)Rag And Bone
10)I'm Slowly Turning Into You
11)A Martyr For My Love For You
12)Catch Hell Blues
13)Effect And Cause

DISCOGRAPHIE

Elephant (2003)
Icky Thump (2007)

White Stripes, (the) - Icky Thump
(2007) - rock blues - Label : XL Recordings



C’est avec une joie non dissimulée que je constate le retour du duo de Detroit qui de plus, fête ses dix ans cette année. Toujours aussi vintage, un peu moins roots, les White Stripes démontrent leur habileté à faire du neuf avec du vieux, mais aussi de sonner vieux avec du neuf. Enregistré posément en trois semaines (un record pour le groupe qui boucle généralement ses disques en quelques jours tout au plus) au Blackbird Studio de Nashville, ce nouvel album a tout pour marquer les années 2000, peu avares en revival ravageurs.

Après le projet Raconteurs avec l’ami Brendan Benson (et un second album à venir) et un Get Behind Me Satan qui pouvait rendre perplexe, l’avenir du duo semblait assez compromis. De son propre aveu, Jack White traversait une période difficile reflétée par l’éparpillement et l’essoufflement que l’on pouvait ressentir à l’écoute de leur dernier album. Et pourtant, les voilà revenus prêts à défendre les couleurs d’un hard blues authentique avec une âme et des burnes. Ce que le groupe perdra ici en fraîcheur et en naïveté sera compensé par l’épaisseur et la densité qui frappent une fois l’album écouté dans son ensemble. Tant dans le son, massif, que dans la nature même des compositions explosant le carcan minimaliste que Jack White s’impose depuis leurs débuts, il ressort une impression de finalité, et – soyons fou, osons le mot - de plénitude.

Véritable synthèse d’une prolifique décennie, le disque se suffit à lui-même et s’apprécie pour lui-même. Bien sûr le fan de la première heure sera heureux de pouvoir prolonger un univers qui s’est bâti peu à peu depuis 5 disques, mais le badaud qui en était resté à "Seven Nation Army" risque d’être surpris dans le bon sens du terme. On retrouve autant les mélodies pop un peu sucrées, les cris de forcenés, les accords rauques répétés jusqu’à l’évanouissement que le blues crasseux et la fureur garage qui habitent chaque recoin de leurs morceaux. ("Catch Hell Blues", "Broken Bone" ou encore "Rag Bone" forment un ensemble de compos badass qui ne me contrediront point)

Plus léché que les précédents dans sa production, moins référentiel et rugueux, il plaira à tout amateur éclairé de rock au sens large (remuant essentiellement de la folk, de la pop et du blues). Icky Thump reste néanmoins sans concessions laissant surgir d’inattendues explosions bruitistes alors que de solides rythmiques s’arrêtent puis reprennent sans prévenir dans des directions parfois surprenantes. Fidèle à ses racines, Jack White développe comme rarement un jeu de questions/réponses caractéristique du blues authentique qu’il vénère, que ce soit entre la voix, la guitare, mais aussi avec les nouveaux instruments qu’il se fait plaisir à utiliser.

Toujours versant dans le vintage et l’authentique, ces nouvelles couleurs musicales donnent toute la texture des morceaux-clés de l’album. Un vieux synthé analogique hypnotique surprend par son utilisation peu orthodoxe sur le morceau titre du disque, "Conquest" donne la part belle à une trompette éclatante et "Pricly Thorn, But Sweetly Worn" assume ses influences celtico-post-zeppeliennes (comprendre Page&Plant) laissant résonner de ronflantes cornemuses explorant des espaces sonores à ce jour inédits pour le duo. En dignes héritiers de l’incestueuse union d’un folklore américain rustre qui aurait violé sa pop anglaise de fille, le duo assume son concept et sa direction musicale expérimentant patiemment les infinies variations que leur combinaison peut permettre.


Ne craignant ni l’épuisement ni la redite, les White Stripes poursuivent leur chemin avec une sincérité et une éthique qui inspire le respect des uns et l’exaspération des autres. Fier descendant des Stooges, et de Led Zeppelin, fils caché de Blind Willie McTell et de Captain Beefheart, songwriter honnête et guitariste efficace en train de devenir lentement mais sûrement une nouvelle référence à une époque où la surenchère technique ne veut plus dire grand-chose, Jack White s’impose une fois de plus comme une des personnalités musicales de l’année.


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