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CHRONIQUE PAR ...

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Fly
Cette chronique a été mise en ligne le 25 octobre 2008
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Steve Hogarth
(chant)

-Steve Rothery
(guitare)

-Pete Trewavas
(basse)

-Mark Kelly
(claviers)

-Ian Mosley
(batterie)

TRACKLIST

CD 1
1)The Invisible Man
2)Marbles I
3)Genie
4)Fantastic Place
5)The Only Unforgivable Thing
6)Marbles II
7)Ocean Cloud

CD 2
1)Marbles III
2)The Damage
3)Don’t Hurt Yourself
4)You’re Gone
5)Angelina
6)Drilling Holes
7)Marbles IV
8)Neverland

DISCOGRAPHIE


Marillion - Marbles
(2004) - pop prog - Label : Autoproduction



Il aura donc fallu attendre 25 ans avant que Marillion ne sorte son premier album double. Non pas que ce soit une obligation, mais disons que c’est presque devenu un passage obligé dans le monde du prog (auquel le groupe sera toujours intimement lié, malgré tous les efforts qu’il fera pour nous prouver le contraire). Le problème, c’est que si double album il y a, ce ne sera que par l’entremise du site Web de la formation. Pour le commun des mortels qui n’a pas encore franchi le pas de l’achat en ligne, il ne restera qu’une version simple, amputée et bâtarde. Pas fort.

Qu’elles soient légitimes ou douteuses, les raison qui expliquent cette décision viennent un peu ternir notre appréciation de Marbles. C’est d’autant plus dommage que, du strict point de vue musical, l’album est une franche réussite. En fait, il incarne à la perfection toutes les contradictions qui font de Marillion un groupe si unique depuis tant d’années. Quel autre groupe peut ressentir un tiraillement tel qu’il est prêt à composer des morceaux aussi monumentaux que "The Invisible Man" ou "Ocean Cloud" tout en osant proposer à ses fans des choses aussi repoussantes que "You’re Gone" et sa boîte à rythme en carton? Et surtout, par quel tour de force réussissent-ils à faire en sorte que ça fonctionne? Parce que oui, ça fonctionne! Bien entendu, comme c’est un double, il est forcément trop long. On sent également que le groupe n’a peut-être pas choisi l’enchaînement de morceaux le plus fluide possible. Cela crée un certain déséquilibre entre les deux disques et donne l’impression que la cohésion qu’ils cherchaient à atteindre est un peu factice.

Tout de même, Marbles débute par un premier disque absolument formidable, un sans-faute qui débute et se termine par les deux monstres progressifs hors du commun évoqués plus haut. Ils ont beau vouloir décoller cette étiquette qui leur colle à la peau, il n’en reste pas moins que c’est souvent dans ce genre d’exercice qu’ils sont à leur meilleur. Dans le cas qui nous occupe, ce qui frappe le plus c’est la puissance émotionnelle qu’ils parviennent à communiquer. Au lieu d’enfiler les clichés, tant "The Invisible Man" que "Ocean Cloud" nous entraînent dans des méandres tantôt sombres, tantôt incroyablement libérateurs. Le premier se fait oppressant, tandis que le second nous plonge au cœur d’un voyage à l’image du sujet qu’il évoque : épique et tragique. Et comme d’habitude, Steve Hogarth est le principal maître d’œuvre de ce crescendo. Qu’il mette littéralement toutes ses tripes sur la table (son « I am the invisible man » final en traumatisera plus d’un) ou qu’il nous serve des mélodies vocales d’anthologie (« you can take all the boys and the girls in the world »), sa prestation est une fois de plus impériale.

Non content de signer deux de ses plus impeccables pavés, Marillion se permet en plus de les accompagner de morceaux plus accessibles et tout aussi fulgurants. Dans un registre mi-pop, mi-planant, les bombes que sont "Genie" et "Fantastic Place" prouvent une fois de plus que le groupe est capable de proposer des pièces accrocheuses sans être vulgaires, qui s’inscrivent dans une logique typiquement marillionesque faite de montées en puissance irrésistibles. Ajoutez à tout cela l’impeccable "The Only Unforgivable Thing" et vous obtenez la recette d’une belle réussite. Sauf que ça ne s’arrête pas là. Il y a d’abord les fameuses "Marbles", ces quatre petites pièces censées donner une unité à l’album. Elles ont beau contenir des variations intéressantes sur le même thème, elles n’en demeurent pas moins un peu trop anecdotiques, et leur côté presque nostalgique tranche avec la facture plus sombre de l’ensemble. Et puis il y a le second disque... Non pas qu’il soit raté, mais disons qu’il vient un peu briser l’élan magnifique qu’avait trouvé le groupe.

En tout cas, il est clair qu’aucun des morceaux qui composent cette deuxième partie ne fera l’unanimité. Sur "The Damage", Steve Hogarth chante comme s’il avait bu un coup de trop. Le fameux "You’re Gone", censé propulser l’album en tête des ventes, aura vite fait de devenir un plaisir plus que coupable, tandis que "Angelina" fera certainement office de somnifère pour tous ceux qui ne prêteront pas attention au jeu subtil de Steve Rothery. Et ne parlons pas de "Drilling Holes", tentative ratée de sortir un peu dans sentiers battus. Que reste-t-il? Le tubesque "Don’t Hurt Yourself" et, surtout, le désormais classique "Neverland". Ce dernier a tout pour plaire, en particulier grâce aux envolées lyriques de Rothery (qui, il faut le dire, fait des merveilles tout au long de l’album). Toutefois, son caractère parfois trop floydien et sa progression un peu longuette nous empêche de vraiment atteindre le nirvana. Au final, un second disque hétéroclite qui laisse penser que Marillion aurait dû alors adopter la stratégie qu’il allait choisir quatre ans plus tard.


Effectivement, avec Happiness Is The Road, Marillion a finalement compris qu’il avait les moyens de satisfaire tout le monde sans sacrifier sa vision. Car oui, la version simple de Marbles est un vrai ratage et elle présente aux novices (qui n’achèteraient probablement pas l’album double en ligne) une œuvre tronquée et presque malhonnête, en plus de les priver de certains des meilleurs morceaux du groupe. On se consolera en se disant que la formation n’avait peut-être pas d’autre choix à l’époque et que, malgré tout, Marbles prouve qu’elle a encore de beaux jours devant elle.


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