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CHRONIQUE PAR ...

39
Pietro
Cette chronique a été mise en ligne le 08 décembre 2008
Sa note : 12/20

LINE UP

-Brandan Schieppati
(chant)

-Brian Leppke
(guitare)

-Jona Weinhofen
(guitare)

-Ryan Wombacher
(basse)

-Marta Peterson
(claviers)

-Derek Youngsma
(batterie)

TRACKLIST

1)Finnis Fatalis Spei
2)Declaration
3)Orange County Blonde and Blue
4)Germany
5)There Was a Flood
6)French Inquisition
7)Reborn from Isolation
8)Death Anxiety
9)The Loving Memory of England
10)Beneath the Grey
11)Seller's Market
12)Sister Charlatan

DISCOGRAPHIE

Declaration (2008)

Bleeding Through - Declaration
(2008) - metalcore deathcore symphonique - Label : Trustkill



Comment faire pour se démarquer et se faire remarquer dans le monde complètement sclérosé du metalcore américain ? Vous pouvez toujours utiliser la méthode traditionnelle du refrain mélodique en chant clair, la plupart des groupes pensant qu’il suffit de caser une mélodie gnangnan chantée avec une voix digne des petits chanteurs à la croix de bois sur un refrain qui se veut fédérateur pour faire un tube et connaître la gloire. Mais vous avez d’autres possibilités…

Par exemple, rajoutez à votre formation un instrument inhabituel dans ce style si codifié. Oh pas la peine d’aller jusqu’au Bouzouki ou au cor de chasse anglais. Oubliez aussi le Didgeridoo, vu et revu et difficile à utiliser dans ce contexte. Non, un bon vieux clavier à la base de données bourrée d’orchestrations pompeuses fera parfaitement l’affaire. Tant que vous y êtes, poussez le concept jusqu’à prendre une fille pour jouer de cet instrument, si possible jolie et sexy ou en tout cas peu farouche sur les photos. C’est toujours ça de plus pour la promo, en plus de votre look emo et vos tatouages. Il ne vous reste plus qu’à copier, pardon vous inspirer de l’approche d’un groupe utilisant les claviers de manière intensive, par exemple Cradle Of Filth, et voila ! Vous n’avez peut être pas créé un style mais en tout cas apporté un vent de fraicheur artificiel à votre metalcore somme toute plutôt classique à la base.

Choisissez ensuite un producteur reconnu pour vous accompagner en studio (Devin Townsend, dont la patte est difficilement reconnaissable ici) et demandez lui de vous concocter le son le plus standardisé possible. Trouvez-vous enfin un concept un peu foireux, du style chaque chanson porte vaguement le nom d’une ville ou d’un pays. N’oubliez pas de commencer votre album par une intro atmosphérique faisant penser à une BO qui s’achèvera par un extrait de dialogue de film (le «tonight we dine in Hell» de 300 fera l’affaire). Vous pouvez dès lors enquiller les morceaux que vous aurez préalablement écrits à la chaine : un metalcore très rapide gavé de blast beats, au chant deathcore très énervé, avec des chansons courtes et intenses relevées par votre fameuse ‘special touch’: les orchestrations symphoniques donnant une emphase inattendue à votre musique. Le résultat sera efficace, effet garantit.

Cette déferlante d’agressivité non stop sans aucune variation dans l’intention sera peut être difficile à supporter longtemps pour l’auditeur, mais celui-ci aura sa dose de violence gratuite, pas de soucis à ce niveau là. Bien sur au bout d’un moment tous les morceaux commenceront à se ressembler, contre ça il n’existe pas de recette miracle (ah, on me siffle le mot «créativité» à l’oreille… mais ce n’est pas au programme désolé). C’est donc au moment où on s’y attend le moins, au 5eme morceau, alors que l’auditeur pensait que pour une fois il allait y échapper que vous sortirez l’arme fatale: l’infâme, l’abject, l’ignominieux chant clair sur le refrain. Vous en mettrez peu sur l’album, seulement sur trois chansons, donc autant le soigner et sortir la voix la plus cucul la praline dont vous êtes capable, ainsi que la mélodie niaise qui va avec. Vers la fin de l’album vous n’oublierez pas les deux derniers passages obligés : l’interlude en arpèges sombres et inquiétants surmontés d’une voix chuchotée au loin, puis le dernier morceau qui s’achève par des bruits de pluie et un piano fantomatique.


Vous obtiendrez donc ce que vous vouliez : un album ultra formaté visant très clairement un public bien défini. Le pire dans tout ça c’est que le résultat est plutôt efficace, à défaut d’être réellement intéressant musicalement. Reste à supporter le gimmick des orchestrations qui devient vite lassant, et surtout l’uniformité de cet album dont rien ne dépasse.


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