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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 11 janvier 2009
Sa note : 10/20

LINE UP

-Franck Aubert Barnier
(chant)

-Thierry Ginet
(guitare)

-Anthony Girard
(guitare)

-André Clot
(claviers+chœurs)

-Ludovic Clot
(basse)

-Olivier Capelli
(batterie)

TRACKLIST

1)Tell Me
2)Nothing at All
3)It's Late
4)Fool Again
5)N.E.T. (Never Ending Trip)
6)Out of Key
7)Hypernova
8)One Day

DISCOGRAPHIE

Hypernova (2008)

Eye N Sea - Hypernova
(2008) - metal prog - Label : Autoproduction



Gabin, qui n’était pas à une connerie près, dit un jour que pour faire un bon film il fallait trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire, et une bonne histoire. C’est certainement pour cela que l’adaptation ciné, au hasard, de Don Juan par Jacques Weber* fut reconnu unanimement comme l’un des grands chefs-d’œuvre du 7ème art, avec sa direction d’acteurs irréprochable (inoubliable Boujenah en Sganarelle), sa mise en scène vivante qui a su transposer avec brio le média théâtral sur grand écran, ou ce sens du montage qui… que… un problème peut-être ?

Eh oui, un gros même : Eye n’ Sea, avec cet ambitieux Hypernova, est un excellent exemple de groupe qui avait la bonne histoire… mais qui se plante sur une grande partie du reste. Les huit compositions présentées ici ont toutes leur mérite. Certaines versent dans le hard couillu et accrocheur, aux paroles gentiment bateau mais qui n’entament pas l’efficacité des refrains ("Nothing at All", "Out of Key"). On retrouve aussi les ballades intimistes obligatoires, mais suffisamment bien troussées pour qu’on ait à s’en plaindre ("Fool Again", "One Day"). D’autres morceaux exploitent la facette progressive du groupe, avec structures à tiroirs et/ou crescendos bien élaborés, sans abus de solos, pour un résultat facilement mémorisable et appréciable malgré quelques longueurs (le final de "N.E.T.", qui aurait gagné à être écourté d’une minute). Et puis il y a la plage-titre d’une demi-heure qui mélange un peu tout ça pour un magnum opus très digeste et aux sections individuelles bien fichues, même si sur 30 minutes, il y a forcément à boire et à manger… un bel essai transformé ceci dit, du moins sur le papier.

Car lorsqu’on en vient à l’exécution, c’est comme si la statue du commandeur sortait sa fatality dès la deuxième scène du premier acte : tout déchante. Il apparaît très vite, en effet, qu’Eye n’ Sea n’a pas forcément disposé des moyens de ses ambitions… et cette remarque vaut aussi bien en externe qu’en interne : vous avez, messieurs, un léger problème avec votre chanteur. On sent dès les premières notes de "Tell Me" que le timbre n’est pas assuré, et lorsque sonne le refrain de "Nothing at All" il est acquis que Franck ne tient pas la distance avec ses compagnons. Le caractère burné de sa voix paraît forcé, et les aigus sont trop hésitants pour un projet d’une telle ampleur, aussi autoproduit soit-il. Et voici justement le second gros point noir, par rapport à l’orientation indus que le groupe a voulu assumer dans ses arrangements, ce qui était loin d’être une mauvaise idée en soi. À l’écoute, non seulement ce traitement manque de pêche par rapport à l’objectif escompté – qui était aventureux, une fois encore - mais en plus la plupart des sonorités répondant à cette optique sonnent sacrément vieillottes, voire complètement déplacées, et évoquent les banques de sons standard d’un synthé Yamaha au lieu de témoigner d’une véritable recherche sonore. Lorsqu'elles sont omniprésentes comme sur "Hypernova", c'en est à s'arracher les cheveux. Et une bonne idée gâchée de plus…


Avoir les yeux plus gros que le ventre – voire que la mer, dans le cas présent – a porté préjudice au groupe pour ce troisième effort, qui ne parvient pas à répondre à ses propres attentes. Les morceaux étaient là, le casting et l’équipe technique n’ont pas suivi : Hypernova s’est bel et bien effondré. Si toutefois vous avez de l’imagination et savez parfaitement vous représenter ce que tel disque aurait pu être, l’achat vous est fortement recommandé. En attendant, on met ça dans un tiroir et on le ressort dès que Eye n’ Sea aura les capacités humaines et financières de le faire briller de mille feux…



*Vous pouvez remplacer par Dune de David Lynch, ça marche à peu près aussi.


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