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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Bobby Liebling
(chant)

-Vincent McAllister
(guitare)

-Greg Mayne
(basse)

-Geoff O’Keefe
(batterie)

TRACKLIST

CD n°1 :
1)Wheel of Fortune
2)When the Screams Come
3)Under My Thumb
4)Smokescreen
5)Teaser
6)Little Games
7)Much Too Young to Know

CD n°2 :
1)Virgin Death
2)Yes I Do
3)Ask No More
4)Man
5)Be Forewarned
6)Catwalk
7)Die in Your Sleep
8)Frustration
9)Target
10)Everything's Turning to Night
11)Take Me Away
12)Nightmare Gown
13)Cartwheel
14)Cat & Mouse
15)Show 'em How

DISCOGRAPHIE


Pentagram - First Daze Here Too



Pentagram, groupe culte pour les uns, groupe « Qui ? » pour les autres. Pas de bol pour notre groupe de sales têtes, car si le succès aurait pu arriver un jour, le splitte fatal de 1976 voit s’en aller le line-up qui constitue cette formation. Le chanteur Bobby Liebling n’aura de cesse que de remonter son mythe entre deux shoots, mais en écoutant la bouillie qui sort du casque, on sait qu’il n’aurait de toute manière jamais pu revenir à un tel résultat sans la formation originale. Le maigrelet avait les yeux plus gros que le ventre.

C’est une bien triste histoire, celle de Pentagram, car le groupe avait en effet tout pour réussir, les compilations First Daze Here puis maintenant First Daze Here Too prouvent que le mélange de hard-rock et de psychédélique que manie la cohorte avait de l’avenir. Dans un interminable fourre-tout, ils ont pompés Black Sabbath, le Blue Öyster Cult, les Stones, le Jefferson Airplane, Grand Funk Railroad et ont prématurément accouchés de Kyuss puis des Queens Of The Stone Age. Un point que leur rendent aujourd’hui les jeunes stoners du monde entier, et c’est tout juste si le doom-metal ne leur remet pas la médaille de la créativité… Mille fois malheureusement, c’est une bien triste histoire que celle de Pentagram, et Liebling ne le supportera pas.

La compilation respecte parfaitement l’âme et l’état du band. Un quart de morceau bizarroïdes signés O’Keefe et trois quarts de recherche ha(sa?)rdeuse par Liebling. Une portion de génie pour trois de soupe ? Pas loin, et c’est malheureux… Encouragé dans le bruitisme par une production impressionnante de craderie, Pentagram avait inventé le black-metal. Les guitares sont froides, la basse colle au parquet et la batterie ne s’illustre que par ses cymbales, les toms n’étant qu’une chape lointaine recouvrant la mouise sclérosée de leurs compositions vindicatives. On pense à éteindre très vite, mais quelque chose retient l’attention. L’union basse-guitare sommaire, le vieux son garage, le chanteur le plus mauvais de la terre…

Après plusieurs écoutes, on commence à comprendre l’étrangeté de cette musique. Ecoutez "Ask No More" ou "Catwalk" et osez me dire que ce ne sont pas les bases du heavy-metal à venir que nous avons là. Il faut bien reconnaître qu’aussi laids soient-ils, les musiciens connaissaient leur boulot et ne pêchaient guère que par auto-plagiat. Un peu trop de complaisance dans la distorsion, les guitares Hendrixiennes et les tempos aussi lents que lourdos. A part quand la lumière arrive… "Teaser" est effarante dans ce genre, car elle présente une facette funky/soul du groupe qu’on n’attendait pas du tout. Le refrain sonne comme du George Clinton vs. Gloria Gaynor, avec le même appui sur le premier temps et les chœurs à voix de faussets. Un manifeste sur la liberté d’expression, certainement.

Leur reprise du "Under My Thumb" définit d’ailleurs clairement ce que sera le son du hard à venir. La cover est de bonne facture, et les accros saccadés du refrain sont méchamment bien trouvés : la guitare en syncope, la basse groove, on s’éloigne des Stones mais sans avoir à rougir. Pour celle de "Little Games" par contre, la sauce fonctionne moins bien. On imagine le groupe grand admirateur des Yardbirds (comme tous leurs pairs à l’époque) mais le respect eut été de les laisser dans leur style et de ne pas défigurer la chanson en la passant au « moulin Pentagram », qui la rend très étrange, et surtout crispante. Heureusement, Hendrix revient sur "Yes I Do" pour poser des wah flippantes sur la guitare et la basse et parvient à changer un caillou en morceau très catchy.

"Smokescreen" laisse une impression étrange, principalement pour le «And I know, Yes I know» du bridge pré-chorus qui est, à la note près, le bridge pré-chorus du "Everybody’s Gonna Be Happy" des Kinks (!?). Bon, pas de procès d’intention, même si le groupe a difficilement pu passer à côté. Etrangement, plus la compile file et plus le son s’assagit. Il ne devient pas clair et cool, les guitares psyché’ sont toujours là et la prod’ reste cradingue au possible mais le ton devient moins bizarre, on a comme l’impression qu’une perte d’inventivité tombe cruellement sur la musique. Et le livret nous fait comprendre : le premier CD, c’est O’Keefe, le second, c’est Liebling. Loin de vouloir lancer la pierre au chanteur, il réussit tout de même à s’illustrer avec un "Be Forewarned" très mélodique et un final de "Cat & Mouse" qui vaut le coup d’oreille. Mais malgré tout, la distance perdure…


Faites l’expérience chez vous : passez le second CD ne contenant pratiquement que du Liebling, et voyez ce qui vous arrive quand vous tombez sur "Everything’s Turning To Night", co-écrit avec O’Keefe. Cela ne sonne-t’il pas différemment ? Indéniablement, si. C’est meilleur, tout simplement. Liebling n’assurait pas, il n’était pas mauvais mais ne valait pas une cacahuète face au monstrueux batteur à coupe afro’ avant le disco’ (quand on vous dit qu’ils ont tout inventé). On a beau essayer de remonter, de créer, de troncher du barbelé en imposant du plomb dans la structure, on reste léger quand on a pas le talent. Et Liebling ne sentait probablement même pas l’écart… Une triste histoire, que celle de Pentagram.


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