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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 10.5/20

LINE UP

-Luca Benni
(chant)

-Daniele Palloni
(guitare+chant)

-Andra Corsetti
(claviers+chant)

-Francesco Strappavecia
(basse)

-Stefano Coletti
(batterie+programmation)

TRACKLIST

1)Power Of Fate
2)Heretic
3)As The Sun Sets Down
4)On The Wings
5)Odissea Veneziana
6)Dungeon Dance
7)Out Of Me
8)Synapse
9)My Silver Tears
10)Sigh In Time

DISCOGRAPHIE

Time Frames (2005)

Exawatt - Time Frames
(2005) - metal prog speed metal - Label : Deadsun



Exawatt a deux genres de prédilection: le power mélodique à tendance néoclassique et le métal prog. Il est vrai que ces deux styles ont en commun une recherche mélodique constante. Je me rappelle avoir décrit cet album à un ami comme un mélange entre l'Angra originel et Dream Theater, et d'avoir dû juste après calmer ses ardeurs tant il avait commencé à s'emballer devant ce concept prometteur. Disons plutôt que les deux groupes en question sont visiblement très appréciés par les musiciens d'Exawatt, et qu'ils ont tenté de marier ces deux influences avec leurs moyens.

On peut au moins accorder à Time Frames l'avantage de la surprise: quand l'album commence on a vraiment l'impression d'être tombé sur un énième groupe de néoclassique italien et la part de prog de leur musique se dévoile plus tard. Le premier titre "Power Of Fate" affiche près de dix minutes au compteur donc on aurait pu se douter qu'il y avait anguille sous roche mais l'entrée en matière est tellement clichesque que les soupçons de l'auditeur sont tout de même justifiés. Jugez plutôt: un morceau de classique existant réorchestré aux claviers, puis un enchaînement d'arpèges en sweeping à la guitare… Ca nous renvoie quand même pas mal aux nombreux groupes de l'école Malmsteen tout ça. Puis le riff power-heavy et le chant haut perché débarquent avant de laisser la place à un break de piano mélodique et on se sent conforté dans sa première impression, sans compter que la production rappelle diablement les albums marquant du speed mélo. Puis la sauce se complique…

Le premier indice de l'orientation métal prog est le timbre du chanteur Luca Benni: il rappelle bien plus les chanteurs de ladite scène que les ténors surboostés propres au heavy symphonique. Pas assez de vibrato, pas assez de puissance lyrique, pas assez de suraigus… Et cette description est malheureusement volontairement connotée négativement: l'ami Luca est poussif! Cette voix qui peine dans les aigus et qui manque cruellement de relief est le gros handicap d'Exawatt, surtout au vu des capacités des autres musiciens qui ont tous de très bons techniciens: le guitariste et le claviériste sont capables de balancer de la note ultrarapide sans rougir de la comparaison avec les Johansson, Loureiro et autres ténors du genre. Sinon les rythmiques alambiquées rappelant Images & Words et Awake sont légion, et les gammes utilisées comme les sons confirment le parallèle avec la bande à Myung: nombreux sont les plans dans cet album qui semblent directement tirés d’albums de Dream Theater. Premier mauvais point…

Autre mauvais point: à l'approche des sept minutes de "Power Of Fate", un plan néoclassique démarre avant que ne débarque la pire des chanteuses lyriques de la création! Cette "soprano" est totalement immonde, et sa voix pincée comme son vibrato insupportable suffisent à déclencher un fou rire ou une crise de larmes (au choix). Quand on voit que le groupe peut inviter avec succès une chanteuse de type oriental/hindou sur le titre suivant, on se demande vraiment ce qui leur est passé par la tête. Ce mauvais goût ponctuel se retrouve dans certains lignes de chant et certains enchaînement d'accords totalement plats, et ce côté inégal plombe vraiment l'album à l'écoute. On le sait, une partie immonde suffit à tuer dix plans réussis, et le résultat est que sur une chanson de plus de neuf minutes c’est ce dérapage que l’on retient.

Ne chargeons pas la mule inutilement: les bons moments sont bel et bien présents sur ce Time Frames et la démarche générale est fort séduisante. Le solo de piano jazzy "d'Heretic" comme les refrains popisants "d'As The Sun Sets Down" collent la banane, et le groupe est en général doué pour pondre des passages "happy" qui mettent de bonne humeur, sans le talent d'un A.C.T. dans cet exercice cependant. Le mariage entre parties de power-heavy mélodico-symphonique et de métal prog est de plus totalement réussi, et les transitions d'un registre à l'autre ne choquent jamais. Le problème, c'est qu'Exawatt ne réussit absolument pas à se détacher de ses influences et rappelle sans cesse Angra ou Dream Theater (surtout) voire Symphony X en dix fois moins bien. Même sans le chant maladroit de Benni la musique ne tiendrait pas la comparaison, et certains moments relèvent de l'abus: le début "d'Odissea Veneziana" est outrageusement pompé sur "Black Diamond" de Stratovarius, et le riff d'intro "d'Out Of Me" est une resucée de celui de "Streets Of Tomorrow" sur Angels Cry. Aïe!


En bref, Exawatt propose une minorité de bons moments sur cet album et quelques rares moments de souffrance, mais surtout une quantité incroyable de musique sympa mais qui rappelle toujours un autre groupe. Mon sentiment est que la voie qu'ils explorent serait bien mieux exploitée par un autre groupe avec plus de talent, car les enchaînements entre leurs deux styles de prédilection sont diablement réussis. Le niveau de jeu est bien là (chant excepté), les mélodies aussi, c'est au niveau de la composition que le bât blesse. Il ne suffit pas de faire du copier-coller pour faire un album de qualité, et j'espère qu'Exawatt saura gagner en maturité pour leur prochain album. Qu'ils commencent par changer de chanteur...


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