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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2009
Sa note : 16/20

LINE UP

-Grégory Pozzoli
(guitare+chant)

-Philippe Prebet
(guitare+chant)

-Arnaud M'Doihoma
(basse+chant)

-Thomas Larsen
(batterie)

TRACKLIST

1)La Trilogie des Mouches
- La secte des mouches
- Le sacre de la reine
- Mille millions de mouches molles

2)Cousine
3)Le taureau
4)L'homme à la jambe qui boit
5)Oppression

DISCOGRAPHIE


Jack Dupon - L'Échelle du Désir
(2008) - rock prog barré 21st Century Schizoid Zeuhl - Label : Musea Gazul



C’est quoi, l’audace en musique ? Bricoler des compositions de 35 minutes séparées en 99 plages sans queue ni tête, les tartiner de scories dissonantes et de solos baveux, les démultiplier en sections qui vont partout sans arriver nulle part, les affubler de titres ronflants qui n’ont d’autre utilité que de leur accorder une fausse importance ? Ça doit bien les faire rire, les Jack Dupon, eux qui conjuguent musique et absurde avec la plus délirante honnêteté du monde, eux qui assument le non-sens de leurs créations avec un sourire enfantin. Et le résultat, croyez-moi, n’a rien de « déjà entendu ».

Pour situer musicalement l’affaire, on dira que les quatre auteurs de L’Échelle du Désir ont certainement écouté Magma et tout ce qui a suivi l’aventure Vanderienne. Cette facette zeuhl transparaît dans le traitement cinématographique de leur musique, en longs mouvements qui prennent toujours le temps de se développer. Prenez "La Trilogie des Mouches" : c’est un court-métrage d’une demi-heure qui se déploie à nos oreilles, plein de tension grâce à ses sections instrumentales en crescendos infimes, et riche en rebondissements qui surgissent toujours à temps pour relancer la machine. Le script est excellent, messieurs ; et l’exécution ? Aux petits oignons, votre majesté : ces quatre bonhommes parviennent à faire groover une musique pourtant rarement emportée et le plus souvent biscornue. Leur secret ? Peut-être cette prise de son live, chaude et un poil sale, qui vous mène au cœur de l’action : on passe d’une ambiance western à une marche militaire de traviole sans que la production paraisse changée, le talent des musiciens faisant toute la différence.

Et du talent, ils en ont, entre un batteur qui fait souvent dans sa frappe et son jeu de cymbales souvent mis à profit dans les moments d’accalmie, des guitaristes qui sonnent rock&roll dans les moindres circonstances – et c’est un vrai bonheur, et un chant expressif dans la grande tradition des bardes fous du rock progressif à la française. Mais ils agissent en metteurs en scène plutôt qu’en électrons libres, et c’est bien cette facilité avec laquelle ils s’unissent pour dépeindre leurs tableaux qui fait forte impression. Et plus encore, c’est le sens de la dérision dont ils font preuve, cette faculté à dépeindre le rien et l’abracadabrantesque avec légèreté au sein de compositions tordues, qui rendent le voyage plus qu’agréable ; fascinant, en vérité. Cette Trilogie des Mouches s’impose comme un sacré morceau, une pièce exceptionnelle qui pourrait bien s’imposer comme un exemple de musique expressive, puissante, et vouée de tout cœur à son auditeur.

Il aurait été difficile de maintenir un tel niveau sur les trois quarts d’heure restants, et effectivement, Jack Dupon n’y parvient pas… les vingt-trois minutes de "L’Homme à la jambe qui boit", morceau le plus marqué par l’esthétique zeuhl, ne développent pas une dramaturgie aussi maîtrisée et risquent d’égarer les moins patients d’entre nous, bien qu’elles contiennent le riff le plus marquant du disque. Sur des formats plus ramassés, le groupe s’en tire plutôt bien en pondant des historiettes décalées avec les mêmes ingrédients que pour les longues pièces. Et si "Le Taureau" termine sa course à bout de souffle la faute à un parcours un peu monotone, "Cousine" s’en tire mieux en jouant à fond la carte du délire historico-éthylique, avec chœurs excentriques à l’appui.


Et tandis que le quasi-instrumental "Oppression" vient sonner le glas de l’aventure, on se réjouit que les originaux de tous bords aient encore droit de cité en terre musicale, surtout quand ils parviennent à nous faire pénétrer si facilement dans un univers très personnel, débordant de fantaisie et de folie douce qui s’insinue lentement au lieu de nous exploser au visage. Et croyez-moi, c’est le meilleur moyen d’en ressentir les effets pendant encore longtemps. C’est où qu’on s’inscrit pour rejoindre la secte des mouches ?


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