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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 19 avril 2009
Sa note : 17/20

LINE UP

-Conrad Keely
(chant)

-Kevin Allen
(guitare+chœurs)

-Clay Morris
(claviers)

-Jay Lee Phillips
(basse+chœurs)

-Jason Reece
(batterie+chœurs)

-Aaron Ford
(batterie+chœurs+orgue)

TRACKLIST

1)The Giants Causeway
2)Far Pavilions
3)Isis Unveiled
4)Halcyon Days
5)Bells of Creation
6)Fields of Coal
7)Inland Sea
8)Luna Park
9)Pictures of an Only Child
10)Insatiable (One)
11)Ascending
12)An August Theme
13)Insatiable (Two)

DISCOGRAPHIE


(2009) - rock habité et grandiloquent - Label : Superball Music



Rêvez-vous d’un monde où le lyrisme exacerbé serait Roi ? Où l’excessivité, le maximalisme figureraient parmi les plus nobles vertus, où toute émotion serait exprimée de manière démultipliée et flamboyante sans que cela ne puisse jamais être assimilé à du mauvais goût ? Ce monde existe. D’autres artistes l’ont arpenté dans le passé, et il n’en reste aujourd’hui qu’une poignée émérite, dont …And You Will Know Us By The Trail Of Dead fait définitivement partie. Et votre serviteur enrage de ne pas les avoir repérés avant, car avec The Century Of Self il vient de se prendre une énorme claque.

Tout, dans ce disque, transpire une volonté d’éclater à la face du monde sans se soucier des pertes et fracas. L’instrumental d’entrée annonce la couleur : c’est à une marche épique et grandiloquente que nous allons assister ce soir, forte en arrangements fouillés et en thèmes mémorables… et il ne faut pas plus que l’entrée fracassante de l’ultime "Far Pavilions" pour comprendre que non, ce disque ne connaîtra pas de répit. Même dans ses moments les plus doux, la musique de Trail Of Dead fourmille de couches, détails ou autres fausses pistes : des larsens fuyants sur "Luna Park", le piano noyé de reverb des deux "Insatiable"… c’est un mur de son qui nous enveloppe pendant cinquante minutes. Et tout cela, bien sûr, donnerait un ensemble affreusement chargé si les morceaux proposés ne tenaient pas la route. Notre chance, c’est que : 1/ Elles sont pour la plupart excellentes ; 2/ On en dénombre 4 ou 5 qui sont carrément tuantes.

C’est ainsi que passée l’intro, The Century Of Self enchaîne trois pavés dont les effets cumulés vous laissent complètement exsangue. "Far Pavilions", déjà cité, est un solide prétendant pour le titre de l’année 2009. Sa puissance est phénoménale : les guitares vous assènent gifle sur gifle tandis que le chant punk-rock entreprend une course folle, qu’il n’interrompera que pour un climax choral qui ferait bander un sourd. Seul "Ascending", en fin d'album, reprendra ce schéma pour un résultat presque aussi énorme, avec des couplets plus féroces encore. Mais entre temps, on se sera régalé de "Isis Unveiled", son thème d’obédience celtique et son decrescendo central qu’on souhaiterait ne jamais voir finir ; "Halcyon Days", la pièce la plus progressive du lot, où le chant de Conrad Keely fait des merveilles autant dans les couplets enflammés que dans le break fragile qui fait peu à peu remonter la sauce jusqu’à l’explosion. Et tout cela vient si naturellement à notre oreille qu’on ne saurait parler de passage en force de la part du groupe.

Il resterait encore à vous parler du refrain de "Fields of Coal", que l’on imaginerait sans peine chanté à la Fête de la Bière mais qui, pourtant, conserve une noblesse d’âme qui le rend inoubliable ; ou bien l’époustouflante "Inland Sea" dont la beauté trouble saura vous hanter pour une vie entière… mais ces morceaux, tout aussi réussis soit-ils dans leur individualité, marquent d’autant plus qu’ils contribuent à un seul et même édifice : un album d’une cohérence surprenante, qui a été pensé autrement qu’une collection de chansons. Et je ne parle pas tant des transitions entre les morceaux, certes soignées, que de l’agencement de ces treize pistes : les vignettes qui relancent la machine ("Insatiable"), une seconde moitié plus intimiste en contraste avec un début rageur, tout a été pensé pour éviter le terrible fléau du « creux de milieu d’album » qui parasite 90% de la production musicale. Et c’est réussi.


On prend un plaisir fou à s’enfiler The Century Of Self de bout en bout, preuve que l’ambition dévorante peut être un atout plutôt qu’une plaie quand on sait canaliser son flot d’idées pour en faire une œuvre impressionnante de maîtrise, débordante d’énergie sans beugler dans le vent, riche en mélodies à tomber par terre. Un gros coup de cœur, à déconseiller toutefois aux personnes qui ne jurent que par le lo-fi et le dépouillement… les autres sont vivement encouragés à tenter l’expérience.


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