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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Peter Gabriel
(chant+claviers)

-Jerry Marotta
(batterie)

-John Giblin
(basse)

-Larry Fast
(claviers)

-David Rhodes
(guitare)

TRACKLIST

1)Intruder
2)No Self-Control
3)Start
4)I Don't Remember
5)Family Snapshot
6)And Through the Wire
7)Games Without Frontiers
8)Not One of Us
9)Lead a Normal Life
10)Biko

DISCOGRAPHIE

1 (Car) (1977)
2 (Scratch) (1978)
3 (Melt) (1980)
4 (Security) (1982)
Plays Live (1983)
So (1986)
Us (1992)
Secret World Live (1994)
Secret World Live (VHS ou DVD) (1994)
Big Blue Ball (2008)

Gabriel, Peter - 3 (Melt)
(1980) - rock - Label : Atlantic Records



Après deux premiers albums presque anecdotiques, Peter Gabriel passe enfin aux choses sérieuses. C'est à partir de ce troisième album, plus communément appelé Melt, qu'il a découvert son style, d'une grande noirceur, à l'opposé du rock gentil et convenu de son précédent album. Inutile de chercher midi à quatorze heures, il s'agit de son meilleur album solo, présentant probablement le visage le moins connu de Peter Gabriel. Aucun des clichés commerciaux que l'on verra fleurir plus tard n'y est présent, ce qui est bien entendu un des points positifs de l'album!

Les rythmes sont parfois martiaux ("Intruder"), un peu comme pour la new-wave, sauf qu'il s'agit d'une vraie batterie ici. La non-utilisation de cymbales, déroutante au premier abord, ne fait que renforcer davantage le climat froid et malsain. Vu l'atmosphère de l'album, rien d'étonnant à ce que Robert Fripp ait tenu à y participer. Peter Gabriel n'utilise plus sa voix théâtrale et un peu fofolle comme c'était encore le cas de ses deux premiers albums, son timbre est à présent plus grave et profond, synonyme de sagesse et de maturité. Inutile de s'attendre à du rock progressif dans sa définition habituelle, Peter Gabriel va bien au-delà des barrières imposées par ce style, comme il l'avait fait cinq ans auparavant sur The Lamb Lies Down On Broadway avec son ancien groupe, deux albums modernes et novateurs donc.

Pour classer ce disque, disons tout simplement que Peter Gabriel réinvente la facette sombre et obscure du rock. L'album démarre fort avec un rythme répétitif et mécanique à la batterie sur Intruder, des riffs flippants et heavy, un Gabriel qui alterne murmures et vocalises aiguës, quelques synthés bizarroïdes, pour une ambiance style "seul, dans la pénombre, perdu et enfermé en prison"! "Intruder" est à l'image de la pochette, avec une facette profondément humaine, touchante, symbolisée par la moitié du visage de Peter en état normal, et une autre facette, complètement givrée, où on se demande comment il a pu trouver des idées pareilles, et ceci est représenté par l'autre moitié du visage, dégoulinante.

Bref, ce n'est pas un album inécoutable, il faut juste de la patience pour comprendre pourquoi Peter Gabriel cherche à brouiller un maximum de pistes. Plusieurs écoutes seront nécessaires pour s'imprégner de l'esprit de cet album. Pour ma part, il m'a fallu un certain temps, surtout quand on est habitué au Gabriel théâtral de Genesis ou au Gabriel branché grande variété internationale. And "Through The Wire" est le seul morceau orienté riffs à rappeler vaguement ce qu'il faisait avant, en plus maîtrisé. On peut receler de ci de là quelques passages qui ressembleraient presque à des singles potentiels comme les saxos présents sur "Family Snapshot", contribuant à égayer l'atmosphère, les mélodies accessibles d'un de ses plus beaux morceaux, "Not One Of Us", ou sa première tentative vers la world-music sur "Biko". Il y a même quelques refrains qui auraient presque pu être joyeux si ils avaient été placés dans un autre contexte ("I Don't Remember", "Not One Of Us"), on reconnaît de suite la touche Gabriel.


Mais tout cela est encore trop froid, ce n'est que sur l'album suivant qu'il commencera à s'orienter davantage vers des hits, tout en restant dans la lignée de cet album. D'autres chansons, plus atmosphériques, permettent d'alterner le calme après la tempête, ce qui est plutôt nécessaire pour le bon équilibre de l'album et lui apporter un peu d'humanité : "No Self Control" (dont je préfère la version live sur Plays Live, plus axée claviers et plus classique, elle est complètement différente de celle proposée ici), "Games Without Frontiers" (avec Kate Bush) ou "Lead a Normal Life". Peter Gabriel justifie plus que jamais la nécessité de s'être lancé dans une carrière solo, prouvant que la créativité dont il faisait preuve était incompatible avec l'était d'esprit de ses anciens compères, recyclés dans les ballades langoureuses.


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