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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mai 2009
Sa note : 15/20

LINE UP

-Mathieu
(chant)

-Franck
(guitare+chœurs)

-Yann
(guitare)

-Mika
(basse)

-Julien
(batterie)

TRACKLIST

1)Absolutely Nothing
2)Beyond the Senses
3)Desensitized
4)Enigma of the Unknown

5)Existence Asleep
6)The Decline and the Fall

DISCOGRAPHIE


Eryn Non Dae. - The Neverending Whirl Of Confusion (EP)
(2005) - postcore étouffant - Label : Autoproduction



Petit cours de postcore... le terme a désigné au départ une musique lente et ambiancée incarnée principalement par Neurosis, Isis et Cult of Luna. Puis on a vu émerger depuis une mouvance moderne assez différente, influencée par le metalcore et l'emo. Souvent plus rapide, elle exprime le malaise propre au genre via d'énormes riffs brisés, des thèmes de guitare dissonants et un chant hurlé-vomi, le tout traditionnellement entrecoupé de plans mélodiques post-rock planants. Et bien entendu, cette mouvance a elle-même évolué...

...et a donné des groupes comme Eryn Non Dae., qui s'appelait encore End. quand cette démo est sortie. End. a gardé de la définition ci-dessus le chant pétri de souffrance et les dissonances de guitare, mais leur musique est dépourvue d'envolées mélodiques et surtout propose une base rythmique bien plus cohérente qu'un Zao ou un Eden Maine. Les breaks sont toujours là mais ils ne sont pas systématiques, le groove prédomine et chaque plan a le temps de se poser avant de laisser sa place au suivant. Du coup la musique est moins aérée, plus compacte, et vu que la plupart des titres de cette démo dépassent les six minutes on se prend de sacrés blocs de son dans la tronche. La production d'un niveau professionnel - le temps des démos-garage est semble-t-il révolu - renforce cette impression : tout ça est gras, ultra-saturé et massif, surchargé en basses qui font vibrer ta plage arrière. Le traitement du chant comme partie intégrante de la masse de musique est également on ne peut plus cohérent.

Le groove lent, écrasant et rythmiquement complexe du début de "Desensitized" et "Enigma of the Unknown" rappelle immanquablement le Hacride de Amoeba, mais un Hacride qui aurait laissé tomber son côté atmosphérique... en effet End. œuvre dans la tension permanente, et si l'on attend un moment de relâchement c'est en vain. Chaque titre suit une trajectoire continue de descente dans les profondeurs, jusqu'à l'étouffement. Quand un break plus épuré survient comme lors du passage parlé de "Enigma of the Unknown" ou des arpèges inquiétants de "Existence Asleep" il est loin d'offrir une respiration : au contraire il contribue à ce sentiment général d'oppression. L'intro de "Existence Asleep" rappelle même les plans d'outre-tombe ouvrant le magistral Kenôse de Deathspell Omega, une énorme basse en plus. Ce titre est d'ailleurs celui qui se rapproche le plus des groupes de postcore moderne déjà évoqués, en particulier lors de l'accélération chaotique qui survient à 4'05".

Tout ça est donc ultra maîtrisé et End. se donne largement les moyens de ses ambitions : impossible de s'écouter cette démo au casque sans sentir s'instiller un désespoir poisseux et avoir l'impression que les murs se rapprochent. En ce sens la présence d'un unique plan mélodique et mélancolique – joli, tout simplement - en outro de "Existence Asleep" prend tout son sens : en n'accordant qu'un seul moment de répit à l'auditeur sur la totalité de son disque, End. s'amuse vicieusement à lui replonger la tête sous l'eau le reste du temps. Mais cette approche a ses limites : l'homogénéité de la démo étant presque excessive, le bloc qu'elle comporte ne présente pas assez d'aspérités pour qu'on s'y accroche. Le manque de points de repère est frustrant et empêche de s'immerger totalement dans la musique, car les compos ne se détachent pas les unes des autres. Peut-être aurait-il fallu pousser l'ambition jusqu'au bout et ne présenter qu'un seul titre de trente-huit minutes...


Ne chipotons pas : cette démo aurait très bien pu sortir telle quelle sur un label tant sa qualité est grande, et ce seul fait inspire le respect. Metal Blade ne s'y est d'ailleurs pas trompé vu qu'ils ont signé le groupe depuis ! Les membres de End. ne révolutionnent pas le genre mais sont sacrément doués dans leur partie, et leur premier album risque de taper très fort...


À noter que les deux derniers titres du cd chroniqué figureront sur l'album à venir


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