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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Carrie Brownstein
(chant+guitare)

-Janet Weiss
(batterie)

-Corin Tucker
(chant+guitare)

TRACKLIST

1)Fox
2)Wilderness
3)What's Mine Is Yours
4)Jumpers
5)Modern Girl
6)Entertain
7)Rollercoaster
8)Steep Air
9)Let's Call It Love
10)Night Light

DISCOGRAPHIE

The Woods (2005)

Sleater Kinney - The Woods
(2005) - rock - Label : Sub Pop



Un énorme et resplendissant coup de coeur que ce septième album de Sleater-Kinney, voilà la conclusion à laquelle je suis arrivé après avoir écouté The Woods, complètement abasourdi. Il faut dire que ces trois donzelles ne font assurément pas dans la dentelle, assénant un rock expressif acéré et lourd là où l'on en attendait à vrai dire tout le contraire. Il faut préciser que le groupe se résume à deux voix, deux guitares et une batterie, ce qui permettra à chacun de se faire une idée de la disproportionnelle ampleur du remue-ménage dont sont capables les Américaines, qui collectionnent les petits exploits sur ce disque.

Dès le premier titre, "The Fox", le ton est donné: ajustez le volume sonore à fond, Carrie Brownstein et ses deux copines vont envoyer le bois et souffler sur la braise pendant plus de quarante-cinq minutes. Riffs démentiels doublés pour plus d'effet en ouverture, batterie au diapason, ce titre, rien qu'au niveau instrumental, joue le rôle d'éclaireur éclairé avec cette lueur de folie douce qui va caractériser l'ensemble du disque. Le son est extrêmement gras (et, chose d'autant plus incroyable, il n'y a pas de basse!), couvrant un large spectre sonore et teinté d'un large voile de saturation tel que mes enceintes éprouvent ce syndrome tant recherché de la "souffrance positive", qui me renseigne sur la haute teneur en explosivité de la musique jouée actuellement au travers de leurs canaux. Autant dire que là, le plaisir est Grand, avec un G majuscule. En effet, comment ne pas rester impassible devant un tel déferlement musical?

Le chant est à ce titre révélateur de cette tendance "bordel organisé", psychédélique et dévastateur, de la musique du trio, qui ne s'embarasse pas de futilités. Tour à tour furieuse et engagée ("The Fox", "What's Mine Is Yours", "Entertain"), mélodieuse et enjôleuse ("Steep Away", "Night Light"), cette voix venue d'un autre monde se charge de donner corps à un rock heavy, impressionnant de consistance. "What's Mine Is Yours", brûlot rock typé années 70 avec une production très actuelle (Dave Friedmann, producteur de Mercury Rev et de plusieurs groupes de rock indépendant, est aux manettes) est à ce titre un exemple parfait de ce que Sleater-Kinney peut réaliser sur ce disque: un rock schizophrène, gracieux puis torturé, à l'image de la majorité des riffs de guitare, tous plus audacieux les uns que les autres ("Rollercoaster") et des plans de batterie, couillus et sacrément impressionnants. Le riff mémorable de "Jumpers", morceau le plus réussi de cet album, s'immisce dans votre tête pour ne plus en ressortir. Le pire, c'est que ces filles réussissent à placer un pont allumé et sautillant au sein d'une chanson dont le thème ne s'y prête pas du tout (le suicide)...

Le décalage - la démonstration physique et instrumentale - est ainsi le leitmotiv de ce groupe véritablement à part, sans cesse à la recherche du détail qui échappe à tout le monde, fruit d'une science musicale qui se fout royalement des courants ascendants, tout en rendant un hommage appuyé à ses muses. Sleater-Kinney suit ses propres normes, ses propres repères (et ce, au-delà du pitch éculé de départ, les trois filles qui font du rock): il faut entendre ce morceau unique qu'est "Let's Call It Love" pour le croire (onze minutes au compteur!): bourré de riffs décalés et parfois dissonants, mais toujours justes à l'oreille, rythmé par un jeu de batterie en roue libre, il part en couille dès la troisième minute, finissant sur un phé-no-mé-nal solo de guitare de près de six minutes (!), pour un fading bien pensé avec le dernier morceau, "Night Light", où l'on découvre un riff de guitare presque mystique. Ahurissant.

Au rayon défauts, on repassera sur ces voix féminines très typées et plus expressives que justes, que j'ai personnellement appris à apprécier, mais qui en repousseront plus d'un, tandis que le style de Sleater-Kinney (un rock n' roll halluciné et entièrement dévoué à la guitare - l'héroïne de ce disque - proche de Led Zeppelin et du jeu de Jimi Hendrix) est le plus à même d'attirer les atomes contraires. Mais je pense qu'il faut dépasser ses préjugés musicaux et surtout, ses repères pour donner une chance à ce groupe qui le mérite au plus haut point. Unique en son genre, cette musique-là est bénie, l'expression la plus pure de ce que le rock devrait être: affranchi de toute contrainte.


LA grande découverte de l'année 2005, pour moi, même si ces Américaines en sont déjà à leur septième album. Découvrez ce groupe, prenez le temps d'écouter ce disque - j'insiste sur ce point. Vous ne le regretterez pas, parole de chroniqueur.


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