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CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
Cette chronique a été mise en ligne le 16 mai 2009
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jennifer Batten
(guitare+programmation)

-Michael Sembello
(arrangements)

-Ricky Wolking
(basse)

-Glen Sobel
(batterie)

TRACKLIST

1)Wodaabe Dancer
2)Elephant Stomp
3)Zulu Wedding
4)Scottsman in the Caribean
5)The Swarm
6)Glow
7)Unplug THIS

DISCOGRAPHIE


Batten, Jennifer - Momentum
(1997) - fusion Shred - Label : Lion Music



Deuxième volet des aventures solo de Jennifer Batten, Momentum a été enregistré en 1997, soit entre les deux participations de la guitariste aux tournées mondiales de Michael Jackson. Une subtilité saute immédiatement aux yeux par rapport à Above Below and Beyond, le premier effort de la belle texane. Il est en effet signé non pas simplement sous la simple appellation Jennifer Batten, mais sous le nom de groupe Jennifer Batten’s Tribal Rage. Un détail qui a forcément son importance.

Notons d’emblée que cet album a connu une remasterisation cette année, à l’occasion de la sortie de Whatever, dernier opus de Batten. Ce dernier, d’ailleurs, a débarqué dans les bacs avec - lui - pour seul nom d’auteur Jennifer Batten. Exit, donc, le Tribal Rage qui n’aura été constitué que le temps de ce Momentum. Ce qu’il est commun d’appeler un one-shot. Mais quel one-shot, mes enfants ! Entouré d’un bassiste et d’un batteur de luxe, la six-cordiste s’est bien fait plaisir, et ne tarde pas à le communiquer. Contrairement à son premier disque solo, nulle trace ici de reprise fantaisiste de morceau de Jackson ou de hits du rock US. Le délire est ailleurs. Il se trouve en l’occurrence dans une permanente recherche poussée à l’extrême de sons, de sonorités et, de ce fait, d’ambiances. Soit une pratique de la guitare rock à contre-courant de ses homologues shreddeurs d’alors (exception faite d’un Marty Friedman japonisant ou encore dans une moindre mesure malheureusement de feu Jason Becker du temps de ses Perspectives).

La « Rage Tribale », alors kesako ? Les plus médisants penseront que cette rage trouve peut-être sa source dans une lassitude à tenir la guitare et donc à servir la soupe à Bambi tout au long des treize mois du HIStory World Tour qui vient tout juste de s'achever. Mauvaise pioche: Batten ne tarit pas d’éloges sur le professionnalisme tatillon du King of Pop mais surtout sur le gain d’expérience et d’assurance engrangé à ses côtés sur scène. Momentum s’en ressent dans une certaine mesure. D’une part, la durée des morceaux s’est bien allongée en comparaison des pistes de son prédécesseur. En effet, les sept compositions ici présentes durent chacune entre sept et neuf minutes, soit deux fois plus longtemps que le standard communément admis (et interprété, par exemple, chez Jackson). L’Américaine prend cette fois son temps, écoute davantage ses partenaires et développe son jeu somme toute personnel (pour ne pas dire atypique), mais en parfaite adéquation avec ceux déployés par ses deux copains monstres de studio. D’autre part, en faisant le tour du monde pour et avec ce dernier, elle a enregistré des couleurs, des odeurs qu’elle restitue fidèlement comme autant de clins d’œil à ces contrées visitées. D’où ces nombreuses ambiances tribales qui ressortent bien souvent dès l’intro. Voilà pour l’explication de texte.

Momentum fait clairement voyager. Encore plus que Above Below and Beyond qui pourtant offrait quelques incartades en Égypte, par exemple, avec "Cruising the Nile". Mais ici le trip ne transparaît pas uniquement via l’usage de gammes exotiques et de autres plans typés «World Music». Jennifer s’est (avant même de triturer ses guitares) bien amusée avec son ordinateur, aidée pour ce faire de son acolyte Michael Sembello. Tous deux ont parsemé cet album de bruits de jungle, d’animaux, d’oiseaux… Ensuite, son phrasé tout en modulations (au pluriel), allié à un sens aiguisé de l’usage d’effets, parvient à générer un paquet d’atmosphères diverses et variées, des plus délirantes aux plus conventionnelles. Mon tout sans jamais se départir et perdre de vue une lettre et un esprit fondamentalement rock. Les quatre premiers titres voient se mélanger extravagances Jazz Fusion/Shred Metal, rythmes aborigènes ("Woodabe Dancer"), percussions africaines ("Elephant Stomp") puis sud-américaines ("Zulu Wedding") et lignes mélodiques d’obédience japonaise, antillaise et même celte ("Scotsman in the Caribean"). Les voyages forment la jeunesse, c’est maintenant plus qu’une certitude. Et pour Batten, soit dit en passant, cela va même tourner à la marque de fabrique puisque l’ensemble de ces expérimentations taperont dans l’œil d’un Jeff Beck attentif, qui va en garnir ses albums Who Else? et surtout You Had It Coming. C’est pourquoi - pour en revenir à Momentum - après tant de pérégrinations et de haute voltige, il est parfois bon d’atterrir. Le reste du CD, excellent bien que différent, s’aventure davantage vers des univers plus communs. "Glow" propose un magistral groove reggae funk. Et "The Swarm" fleure bon un bon vieux jazz fusion que n’aurait pas renié l’électrique Al Di Meola et encore moins Allan Holdsworth.

Et dire que Jennifer n’a quasiment jamais tourné avec ce disque! Juste quelques « clinics » ici et là pour des marques de grattes, d’amplis ou d’effets et quelques petits clubs histoire de ne pas perdre la main sur scène. D'autant plus qu'elle ne tardera pas à la retrouver non pas avec MJ (à l'orée de ses tribulations juridiques) mais avec Jeff Beck cette fois. Sa fructueuse aventure avec El Becko s'apprête en effet à débuter et Jenn' n'en sortira pas indemne. Lui non plus d'ailleurs.


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