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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 29 juin 2009
Sa note : 10/20

LINE UP

-Ralf Scheepers
(chant)

-Magnus Karlsson
(guitare)

-Henny Wolter
(guitare)

-Mat Sinner
(basse)

-Randy Black
(batterie)

TRACKLIST

1)Before The Devil Knows You're Dead
2)Riding The Eagle
3)Six Times Dead (16.6)
4)Black Rain
5)Under The Radar
6)5.0 / Torn
7)Soar
8)Killbound
9)No Smoke Without Fire
10)Night After Night
11)Smith & Wesson
12)The Exorcist
13)Hands Of Time
14)Cry Havoc
15)Scream

DISCOGRAPHIE


Primal Fear - 16.6 (Before The Devil Knows You're Dead)



Aujourd'hui, cas d'école. Vous avez un groupe avec lequel vous pratiquez un style bien défini depuis plusieurs années. Puis vous prend soudain l'envie de faire les choses un peu différemment : la critique salue l'effort, mais au niveau commercial, c'est pas la joie. Alors vous vient une idée géniale : pourquoi ne pas faire un album mixant ancien style et nouveau style ? C'est marrant ça, les musiciens ont beau savoir que c'est foireux dans 9 cas sur 10, ils veulent quand même tenter leur chance. Candidat du jour : Primal Fear.

Primal Fear restait sur deux albums laissant un peu plus de place aux arrangements et aux mélodies. Deux albums plutôt bien reçus, et on imaginait que le groupe avait dû prendre un certain plaisir à les composer. A l'écoute de "Riding The Eagle", le premier titre de 16.6 (Before The Devil Knows You're Dead), doit-on en déduire que commercialement, New Religion s'est ramassé ? Non parce que commencer avec un tel titre, véritable fils spirituel de morceaux comme "Final Embrace" ou "Angel In Black", je vous raconte pas la gueule du retour en arrière. Le pire, c'est que ça ne fonctionne pas du tout vu le riff bâclé et la mélodie bateau du refrain. En ouverture, vraiment, ça la fout mal. Et puis surtout, qu'est-ce qui a pris à Randy Black de bûcheronner tel le premier Dan Zimmermann venu ? D'autant qu'on ne peut pas le rater avec ce son de caisse claire tout sec et particulièrement mis en avant ! Le cogneur canadien est clairement la grosse déception de cet album : lui qui avait su sauver les meubles et tirer vers le haut un album aussi médiocre que Devil's Ground, cette fois il se vautre lamentablement, à tel point qu'on se demande parfois si Primal Fear n'a pas réembauché ce gros lourdaud de Klaus Sperling ("Night After Night" entre autres). Il a beau se rattraper sur la fin avec des patterns efficaces sur "Cry Havoc" ou "Scream", c'est déjà trop tard, le mal est fait.

Le problème majeur de 16.6 (Before The Devil Knows You're Dead), c'est qu'il a constamment le cul entre deux chaises. On commence par un titre lorgnant en arrière ? On embraye sur un titre inhabituel et ultra-efficace : "Six Times Dead" s'appuie sur un riff martial digne du early Rammstein, la prod' indus laissant place à quelque chose de plus heavy, avec un refrain pour hooligan bourré à la 33 Export. Après ? Nouveau retour en arrière avec "Under The Radar", lui aussi de très bonne facture dans son style heavy speed mélodique à la "Nuclear Fire". Après ? On innove à nouveau avec "5.0 / Torn" : le riff d'intro rappelle fortement… Symphony X (!), mais ensuite, plutôt que de se coltiner les gesticulations malmsteeniennes de Michael Romeo, on a droit à du gros power à la Brainstorm, agrémenté d'un superbe refrain mélodique dans la lignée des derniers albums. Après ? On revient encore aux fondamentaux avec "Killbound", gros mid tempo façon Accept, qui renvoie directement à "Eye Of An Eagle". Après ? Nouvelle expérimentation avec un "Soar" qui n'est pas sans rappeler Symphorce avec son mélange de heavy et de… néo (!), surtout sur le break où on s'attendrait presque à entendre Scheepers beugler "It's On" à la Jonathan Davis ! Bref, constamment, on avance et on recule (comment veux-tu que je t'enc… euh, excusez-moi pour cette absence passagère…).

Pour le reste, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Quelques titres heavy un peu bourrin, à l'ancienne, mais désespérants de platitude ("The Exorcist" et le minable "Smith & Wesson", ça faisait longtemps qu'ils avaient rien fait d'aussi nul). En outre, on aurait pu penser que l'arrivée de Magnus Karlsson, ouvrier qualifié chez Frontiers, allait conforter Primal Fear dans sa nouvelle orientation. Après tout, son boulot avec Last Tribe ou les deux albums qu'il avait pondus pour le projet Allen / Lande tenaient bien la route, exactement dans le style heavy mélodique récemment adopté par les Allemands. Mais finalement, l'alchimie envisagée n'est pas vraiment au rendez-vous. Entre un "No Smoke Without Fire" mou du genou et un "Night After Night" insipide, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Avec "Scream", c'est presque la ballade "Hands Of Time", chantée par tous les membres du groupe excepté Randy Black (qui, d'après Mat Sinner, chante si mal qu'il aurait fait foiré le morceau !), qui s'en tire le mieux. Attention, je ne dis pas que cette rock ballad, aux faux airs de "Bienvenue chez moi" de Florent Pagny (!), est géniale ; mais elle a le mérite d'être agréable, c'est le genre de morceaux qui s'écoute en bagnole, la vitre ouverte, avec le petit pincement au cœur lié à la fin des vacances (oui je suis d'une humeur poétique en ce moment).


Et dire que Primal Fear avait enfin su s'acheter une crédibilité… Tous les efforts consentis sur Seven Seals et New Religion auront donc été vains, balayés en un revers de main sur 16.6 (Before The Devil Knows You're Dead). Un tiers de morceaux en hommage au passé, un tiers de morceaux inhabituels dans plusieurs voies différentes, un tiers de morceaux heavy « light » sans intérêt, le tout agencé n’importe comment : bonjour la cohérence… Incontestablement, à bien des égards, ce nouveau Primal Fear reste une déception, en dépit de quelques titres sympathiques.


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