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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 13 juillet 2009
Sa note : 13/20

LINE UP

-Marie Catherine
(chant)

-Minouche
(chant+guitare+claviers)

-Pipo
(chant+guitare)

-JB
(chant+basse+guitare)

-Laurent Guillot
(batterie)

TRACKLIST

Chapitre I: Révolutions
1)Ouverture 1871
2)Rosa
3)Barricade
4)Le frisson des anges
5)Spartakus
6)La Commune de Berlin
7)Dans tes yeux
8)J'étais, je suis, je serai

Chapitre II: Avancer vers demain
9)L'attente hâtive
10)L'architecte
11)Nos âmes perdues
12)Le changement

DISCOGRAPHIE


Rosa Luxemburg - I & II
(2009) - rock prog - Label : Spartakus Musique



Des Désagréments Du Français Dans La Musique Progressive, Partie I : Pas facile, mes enfants, de pratiquer la langue de Molière dans un genre si écrit et millimétré… certes, si votre art présente une forte dominante psychédélico-éthylique, alors, vous pouvez laisser dériver votre plume à toutes les associations d’idées possibles, si grotesques soient-elles : il y a de fortes chances pour que ça marche. Mais quand il s’agit de respecter une métrique, et en plus de suivre un fil narratif précis, on arpente des chemins autrement plus risqués…

Deux choses à retenir de cette introduction : 1/ Rosa Luxemburg officie dans le rock progressif, moins par une durée excessive et des prouesses techniques à foison que dans la manière de juxtaposer les climats et de fondre ses morceaux dans un seul et même bloc. 2/ Rosa Luxemburg n’a pas choisi son nom par hasard puisque, dans sa première moitié, le disque relate l’histoire de la révolutionnaire d’origine polonaise, fondatrice du mouvement communiste en Allemagne, assassinée en 1919 après une insurrection échouée. Le Chapitre I, en huit vignettes, déroule le fil d’une vie dévouée à un idéal de liberté, et le groupe sait s’y prendre pour nous plonger dans son histoire. Il y a d’abord cette variété de climats, entre ballades plaisantes ("Barricade", "Dans tes yeux") et pamphlets énergiques ("Rosa", "J’étais, je suis, je serai"). Il y a aussi la voix légèrement éraillée de Marie Catherine, sa conviction et son envie qui nous gagnent peu à peu au fil de l’album. Il y a enfin ces paroles qui… nous gâchent pas mal le plaisir, malheureusement.

Quand le groupe prend de la hauteur par rapport à son sujet, notamment sur les ballades, ça passe tout seul, mais dès qu’on part dans l’évocation historique les maladresses abondent, et ça nous donne des passages aussi réjouissants que : « La discorde / dans le parti / Qui est à droite / Et qui est à gauche ? » déclamés avec une énonciation qui rappelle les meilleurs moments de "Votez Jacques Chirac". Heureusement, Rosa Luxemburg s’écarte de son approche initiale dans le Chapitre II, miroir contemporain des interrogations de la première partie. Et là, si ce n’est encore quelques lourdeurs de style dans l’écriture ("L’attente hâtive", franchement…) ça fonctionne sur tous les plans. Finies les vignettes, bonjour les morceaux à tiroirs qui témoignent d’une intelligence de composition sur le point de fleurir. "L’architecte", en particulier, nous malmène neuf minutes durant dans une histoire fantasque et enivrante, un tourbillon d’émotions contrastées dans lequel vous vous plairez à vous perdre. Quant à "Nos âmes perdues", elle est la preuve que le groupe peut vraiment exceller dans l’exercice de la ballade.


À moins d’écrire sur sa cuisson de viande préférée ou la couleur de ses robes, il va être difficile de tenir le concept Rosa Luxembourg sur plusieurs albums ; espérons donc qu’à l’avenir, le groupe saura se limiter à la dimension symbolique de la dame, pour mieux illustrer les préoccupations qui les – et nous – habitent. Ces deux premiers chapitres ont déjà de quoi nous rassurer quant à la suite. Ne reste plus qu’à peaufiner les textes et on pourrait obtenir quelque chose de très bon.


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