3583

CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 20 août 2009
Sa note : 10/20

LINE UP

-Al Ravage
(chant)

-Eli Joe
(guitare)

-Nick Izzo
(guitare)

-Howie "The Mosh Pig" Snow
(basse)

-GTB
(batterie)

TRACKLIST

1)The Halls of Madness
2)Reign Fall
3)Freedom Fighter
4)Damn Nation
5)The Shredder
6)Into the Shackles
7)In Shattered Dreams
8)The Nightmare's Hold (pt 1)
9)Nightcrawler
10)The Nightmare's Hold (pt 2)
11)Grapes of Wrath
12)The End of Tomorrow

DISCOGRAPHIE


Ravage - The End Of Tomorrow
(2009) - heavy metal - Label : Metal Blade Records



Ah, on se croirait de retour dans les 80's, avec un groupe portant le nom du leader. Un procédé typiquement US d'ailleurs : Van Halen, Dokken, Bon Jovi, Winger... Sauf que là, le gars a carrément un nom prédestiné : Ravage ! Vous imaginez, Ravage, mais ça pète carrément quand on veut faire du heavy/thrash ! Trop le coup de bol ! Heureusement d'ailleurs que le gars ne voulait pas jouer de la musique peace and love comme du folk ou du regg… hein, quoi, c'est un pseudo ? Oh l'arnaque !

Il y a des albums comme ça dont on sait rapidement qu'ils vont être complètement inutiles. Pas forcément mauvais, mais juste inutiles. Dans le cas présent, premier indice, l'intro. Plutôt que de choisir le format classique, une vague montée en puissance d'environ une minute par des bruitages, des claviers ou même la config' normale guitare/basse/batterie, Ravage a choisi la voie du mini-instrumental. Après tout pourquoi pas, cet exercice a lui aussi obtenu ses lettres de noblesse grâce à "The Ides of March" (Iron Maiden) ou "Into the Lungs of Hell" (Megadeth). Mais alors quel est l'intérêt de répéter les deux mêmes plans sur 1:38 sans insérer la moindre variation ? Deuxième indice, on passe directement à la plage 9, "Nightcrawler". Les plus perspicaces auront deviné qu'il s'agit d'une reprise de Judas Priest… jouée quasiment à l'identique. La seule différence, c'est cette impression d'entendre un asthmatique derrière le micro, qui a au moins le bon goût de rester dans les médiums sur le début du break puisqu'il sait pertinemment qu'il ne pourra atteindre les notes initiales les plus aiguës. Remarquez, du coup, ça ne change pas tellement du Priest dans son incarnation actuelle (si vous m'autorisez ce blasphème). En live pourquoi pas, mais était-il vraiment utile de la glisser sur l'album ?

Sur le plan musical, Ravage connait son affaire. On sent que ces p'tits gars ont la moelle et une belle envie d'en découdre : la paire de gratteux nous balance du solo à foison, et le batteur possède un jeu très agressif, ne lésinant pas sur la double pédale qu'il utilise par saccades et non en continu come les batteurs Duracell allemands. Paradoxalement, c'est au niveau du chant que Ravage se montre le moins convaincant. Al Ravage tente de la jouer à la Biff Byford, mais son côté agressif sonne vraiment trop factice et souvent approximatif du fait d'un manque d'assurance. Plus il force le trait et moins le résultat est plaisant, comme sur "The Shredder", médiocre tentative thrash où il en rajoute des caisses au niveau agressivité pour se mettre au diapason. Échec sur toute la ligne, sa façon de gueuler dans les aigus en devient même ridicule, encore pire que Chris Boltendahl (Grave Digger) sur "William Wallace" ! Toutefois, le problème est le même que sur les albums de Blaze Bayley : si l'interprétation est d'un niveau tout à fait honorable, c'est loin d'être le cas au niveau de la composition. Le parcours de Blaze fait qu'on salue son « intégrité » et sa « persévérance », faute de mieux. Mais pour un jeune groupe qui signe seulement son deuxième album, que reste-t-il à saluer ? La foi ? La déférence aux Grands Anciens ?

Ravage se voit comme un croisement entre la NWOBHM (beaucoup) et le thrash US de la fin des années 80 (un peu). Leur ambition affichée ? Combiner des mélodies à la Maiden avec la puissance de thrashers comme Testament. Ca vous rappelle quelque chose ? Et oui, ça fait un peu penser à Iced Earth ce postulat, et l'ombre de Schaffer plane sur certains titres de The End Of Tomorrow. Sur le plan rythmique du moins, puisque niveau riffs, on est beaucoup plus proche du domaine du heavy traditionnel. S'appuyant sur un excellent son, tranchant et puissant tout en restant assez naturel (même la batterie, c'est à souligner tant ça devient de plus en plus rare), Ravage nous offre donc, outre l'intro et la reprise déjà évoquées, dix titres de heavy metal costauds mais sans grand éclat. Dans cet ensemble un peu trop uniforme, il est possible de distinguer quelques moments qui surnagent : le côté fougueux et dynamique de "Freedom Fighter" par exemple ; les soli à gogo et d'une grande qualité (une constante sur l'album) et les harmonies Maideniennes de "Damn Nation" (mais déjà nettement moins le break avec les « Hey ! Hey !» hyper clichés) ; et enfin, le digestif "The End of Tomorrow" et son côté épique et volontaire, l'un des rares titres de l'album dont on peut dire qu'il est vraiment bon sans contestation possible. Pour le reste… joker.


Il existe une catégorie d'albums qui, comme principale réflexion, inspire le fameux « respect du travail des artistes ». Vous savez, quand un album n'est pas foncièrement mauvais, qu'il a même un petit côté attachant par moment, mais qu'objectivement il est loin de présenter un quelconque intérêt. The End Of Tomorrow, c'est exactement ça : il y a bien quelques passages sympa, une poignée de titres corrects, mais absolument pas de quoi se relever la nuit. À réserver aux die-hard fans de heavy en mal de nouveautés.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5