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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 31 août 2009
Sa note : 10/20

LINE UP

-Frank Bossert
(tout)


+ guests:

-Billy Sherwood
(chant)

-Kalema
(chant)

-Yogi Lang
(claviers)

-Troy Donockley
(cornemuse+sifflet)

-Ian Dickinson
(narration)

TRACKLIST

1)The Last Adventure
2)Departure
3)The Challenge
4)Grytviken Whaling Station
5)Heading South
6)Icebound
7)Plenty of Time
8)The Turning Point
9)Going Home
10)Into the Lifeboats
11)Elephant Island
12)Will You Ever Return?
13)In Search of Relief
14)The Rescue
15)We Had Seen God!

DISCOGRAPHIE


Eureka - Shackleton's Voyage



« En octobre 1914, trois mois après l’entrée du Royaume-Uni dans la 1ère guerre mondiale, la flotte britannique laissa un de ses navires se diriger vers le Sud. L’Imperial Trans-Antarctic Expedition, sous le commandement de Sir Ernest Shackleton, avait un objectif ambitieux : être la première expédition à traverser le continent Antarctique de part en part, un voyage dans des contrées presque entièrement vierges. Ce devait la dernière grande aventure polaire de son temps. POUIN-OUIN-OUIN-OUIN OUIN-OUIN-OUIN POUIN-OUIN-OUIN-OU- » Ouille, le choc est rude…

Il y a, comment dire, une légère différence d’ambition entre le thème abordé et la musique proposée. Soyons honnêtes, nous n’exigions pas une fresque musicale classico-prog-épique qui raconterait le déroulement complet de l’aventure, avec force narrations et morceaux de bravoure à la pelle. Mais avec une telle histoire – et je vous encourage vivement à vous informer à son sujet sur Wikipedia – on était quand même en droit d’attendre des développements forts sur l’héroïsme, la solitude, ou l’énergie du désespoir, comme le chantait ce bon vieux Michel. Alors oui, ces thèmes sont esquissés, les titres des morceaux y font référence, parfait. Mais sent-on réellement le frisson de l’exploration du Grand Inconnu à l’écoute des synthés vieillots de "Heading South" ? Nous inquiétons-nous de l'issue des évènements lorsque retentissent les synthés vieillots de "Icebound" ? Ressent-on l’urgence imminente de la délivrance dans "Into the Lifeboats", composition menée par… des synthés vieillots ?

Bien, le problème est posé : soit par choix artistique, soit par manque de moyens – et ça participe sûrement des deux – Shackleton’s Voyage repose essentiellement sur les claviers tout en nappes et atmosphères de Frank Bossert, ce qui ne poserait pas trop de problème s’il n’avait pas oublié de changer sa banque de sons en passant à l’an 2000. Des sonorités souvent tièdes, bien propres sur elles, et au pire sacrément faisandées : reconnaissons d’ailleurs le courage de l’artiste d’avoir entamé les hostilités avec le timbre le plus kitschouille du disque, de quoi décourager les non-believers du prog instrumental à claviers. On rigole, mais tout ça est fort dommage, car avec une palette sonore plus alléchante, Eureka aurait pu accoucher d’un album sans grand frisson, certes, mais dont l’écoute serait très agréable.

Dans l’état, ne fonctionne réellement qu’une poignée de titres dans l’ensemble. "Plenty of Time" la guillerette, sa basse ronde et son ambiance irlandaise ; "Elephant Island", un des rares titres réellement immersifs avec ses claviers sous-marins ; ou parmi les morceaux chantés, la jolie "Going Home" qui rappelle les instants les plus vaporeux du Genesis de We Can’t Dance. Mais c’était en 1991… pas sûr que ce genre de sonorités fasse encore rêver beaucoup de monde. Quant au reste, il faudra y croire très fort pour y trouver l’évasion ; trop de passages kitsch, trop de moments creux qui feraient presque croire à un voyage aussi balisé que monotone ; un comble pour une expédition polaire ! Et ça empire sur la fin : "Will You Ever Return?" est l’exemple type de ballade niaise qui stoppe net toute envie d’aller plus loin, et "The Rescue" n’est qu’une reprise du déjà patraque "Heading South", concluant l’affaire en eau de boudin.


Ernest Shackleton et ses hommes méritaient certainement mieux que cet assortiment de nappes atmosphérico-désuètes pour raconter leur grande aventure. Beaucoup, beaucoup de tiédeur dans ce voyage dont les étapes excitantes sont trop rares pour qu’on consente à l’aborder plus d’une poignée de fois.


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