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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 13 octobre 2009
Sa note : 15/20

LINE UP

-Allen B. Konstanz
(chant+batterie+claviers)

-Ulf Theodor Schwadorf
(guitare+basse+claviers)

TRACKLIST

1)The Drama of the Wicked
2)Secrecies in Darkness
3)Carpathia
4)Dreams in the Witch House
5)Sister Najade
6)The Curse of Arabia
7)Kutulu!
8)The Charm Is Done

DISCOGRAPHIE


The Vision Bleak - Carpathia
(2005) - dark metal horror metal - Label : Prophecy Productions





Bienvenue dans un nouveau Conte de l'Horreur signé The Vision Bleak. Plantons le décor d'entrée de jeu: Carpathia raconte l'histoire d'un homme d'affaires parti en voyage aux Carpates pour se faire posséder par le Mal. À vrai dire, ce n'était pas vraiment son objectif et c'est d'ailleurs ce qui fait tout le piment de l'histoire. Ou pas. Mais qu'importe, ce qui est le plus terrifiant c'est que l'on y parle de Cthulhu.


Heureusement que la musique de Carpathia est un peu plus excitante que son concept. Car autant dire que l'on ne s'y laissera pas prendre une seule seconde. Et sûrement pas plus en lisant les paroles. Alors pour découvrir cet album faisons un pacte: acceptons d'entrer dans ce théâtre magistralement monté par The Vision Bleak pour assister sans a priori à la représentation qu'il donne. Et c'est une entrée en matière chargée de mystère que nous offre "The Drama of the Wicked": les envolées tragiques d'une voix féminine s'accompagnant de roulements de caisse claire et d'éclats de cymbales à tout va. Puis on attaque les choses sérieuses: des riffs profonds et puissants, une batterie aux accents lourds, une voix grave déclamant les répliques du drame. Malgré l'atmosphère pesante, les mélodies parviennent à se faire entraînantes. Des soli de guitare s'échappent parfois pendant quelques mesures: l'un des plus réussis se joue certainement sur "Kutulu!". Mais on pourra globalement reprocher à la composition de les maintenir en retrait par rapport à l'accompagnement, voire même de les étouffer. Ce qui malheureusement nous prive de passages potentiellement brillants.

Le son est idéalement propre et puissant, le jeu technique comme l'interprétation restent irréprochables et les compositions sont clairement abouties. Le tout n'a manifestement pas pour objectif de faire dans la finesse mais dans le massif et le percutant. La voix récite la plupart du temps en modulant quelques notes à peine. Elle se pose sur des accords saturés généreusement ponctués de coups de crash et de blast beats ravageurs. On sent bien qu'il s'agit de produire du spectacle horrifique. Mais l'émotion instillée ne parvient pas à prendre de réelle ampleur. Plusieurs passages nous laissaient pourtant espérer accéder à une dimension supérieure: pour exemple la montée en tension sur le plus nuancé "Dreams in the Witch House" ou l'invocation du monstre sur "Kutulu!" sur un refrain très rythmé et entraînant. Car tout en évoluant dans la thématique musicale de l'album, ces morceaux lui donnent de la perspective. Au contraire d'un certain nombre de détails décidemment convenus: tonalités orientalisantes de "The Curse of Arabia", voix règlementairement caverneuses et sons de cloches ponctuant "Carpathia" sans grande originalité.

D'autre part, les interventions de la voix féminine manquent en général de puissance comme si elles avaient été mises sciemment en retrait. Ce choix en dessert l'appréciation: quitte à solliciter une chanteuse pour interpréter les rôles féminins ("Sister Najade" ou la prêtresse), autant optimiser la qualité de sa prestation. Ou bien est-ce à nouveau seulement pour respecter les convenances du genre? Cette remarque fait peut-être preuve de mauvaise foi, mais elle rend bien compte du fait que Carpathia respecte sagement tous les codes. Finalement, malgré quelques passes réussies, le seul moment vraiment marquant de cet album reste l'invocation de Cthulhu sur… "Kutulu!": un tempo dynamique, des riffs incisifs, une mélodie s'accordant avec le concept tout en préservant son originalité et surtout une guitare qui s'exprime enfin en toute liberté. En somme un morceau de 4 minutes 43 beaucoup trop court et dont on regrette qu'il n'ait pas plus inspiré l'album. Encore une fois on ne peut que reconnaître l'efficacité et le professionnalisme de Carpathia. Mais il aurait fallu pour nous enthousiasmer que The Vision Bleak surprenne vraiment. Ce n'est malheureusement pas le cas.


Ce constat n'enlève rien à la qualité de la réalisation et de l'interprétation de Carpathia, dont l'appréciation reste constante au fil des écoutes. Seulement voilà, certains passages nous font regretter à juste titre que Schwadorf et Konstanz n'aient pas donné un petit plus de profondeur à cet opus, une opération qui de toute évidence ne leur aurait pas été impossible. Un album très respectable en définitive mais pas incontournable.


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