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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 27 octobre 2009
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Greg
(chant)

-Mathieu
(guitare)

-Manu
(guitare)

-Pierre
(basse)

-Joe
(batterie)

TRACKLIST

CD

1)Run to Live
2)Child
3)Hexagone

DVD

1)Run to Live
2)Child
3)7 Temps
4)Hexagone

DISCOGRAPHIE


Emia - Emia (CD démo+DVD)



Emia sait saisir la balle au bond. Le groupe de Toulouse s'étant vu dernièrement offrir la possibilité de jouer dans une salle aux dimensions respectables (le Bikini, dans leur ville d'origine), il a illico décidé d'en profiter pour immortaliser sa prestation sur un DVD live histoire d'avoir du matériel à proposer à son public... et aux webzines. C'est donc accompagné d'une démo autoproduite de trois titres que ce DVD nous est parvenu, histoire que vous puissiez vous faire une idée de ce que le groupe vous réserve...

Commençons par la démo 3 titres : alors que le groupe insiste sur son côté « fait maison » comme pour se dédouaner, force est de constater que le son de cette dernière est très pro. Il est bien sûr loin d'être massif mais il tient parfaitement la route, se révèlant extrêmement clair et permet de distinguer chaque instrument d'une manière remarquable, basse y compris. Le métal d'Emia s'y révèle brutal tout d'abord, "Run to Live" evoquant très fort Fear Factory (ou Dagoba) dans ses plans de mitrailleuse et ses ambiances glaciales, les énormes couches de samples en moins. Ces approches en salves fort modernes sont coupées par des brisures rythmiques allant du blast-beat au hardcore en passant par l'incontournable beatdown qui fait headbanguer. Les éléments les plus marquants sont incontestablement la batterie de Joe, hyper calée et maîtrisée, ainsi que le chant torturé de Greg qui ne se contente pas de hurler mais instille une bonne dose de malaise avec ses notes traînantes.

Changement à 180° avec l'intro de "Child" : l'approche purement rythmique laisse sa place à des guitares très mélodiques, avant que le groove ne s'invite dans l'équation via des syncopes et des mesures asymétriques plutôt balaises. Les plans se suivent et s'enchaînent très bien, mais le vrai choc débarque à 3'57, lors d'un break en son clair lumineux ou Bob se fend d'un pattern digne d'Opeth période Martin Lopez ! L'ambition est assumée et c'est un beau succès. On retrouve ce goût prononcé pour la complexité rythmique dans "Hexagone", compo au groove en décalage constant, où le flow râpeux sans cesse entrecoupé de cris et de retours au chant de Greg rappelle le Corey Taylor de Vol 3. Tout ça est extrêmement compact, dense, et garde ce côté réjouissant d'une musique composée d'énormément de composantes tout en donnant une impression de cohésion perpétuelle. Plus que tout, c'est l'omniprésence d'une dimension froide et déshumanisée qui fait la force du groupe.

Vu l'enthousiasme déclenché par la démo, on s'attend a prendre sa claque en regardant le DVD... hélas ! L'aspect visuel est plutôt soigné malgré une bonne dose de bruit numérique (ne peut pas se payer des caméras HD qui veut) : changements de plans fréquents, angles de vue soignés, effets de mise en scène sobres et efficaces, montage non épileptique (ouf), lights pertinentes et groupe charismatique, le problème n'est pas là. La bio du groupe précise « son micro cam »... et qu'on regarde le DVD sur sa télé ou sur son PC ça ne change pas grand-chose : les guitares rythmiques sont très faibles. Le sous-accordage du groupe provoque l'effet bien connu des guitares noyées par la basse dans le mix, et si on les distingue mieux au casque qu'aux enceintes ça n'est jamais réellement satisfaisant : dès que la mélodie pointe le bout de son nez tout va bien, dès que les riffs reviennent on n'y comprend plus rien ou presque. Vraiment dommage au vu de la prestation livrée...

Car ne nous y trompons pas, les Emia n'ont absolument pas à rougir du concert donné ce soir-là. La voix est identique à l'album, le maquillage « sale » des musiciens augmente l'impact visuel, tout le monde est à fond dedans et le batteur se révèle tout aussi impressionnant et carré sur scène que sur disque. On apprécie d'autant les moments d'introspection mélodique orientalisants (Tool n'est pas loin) entrecoupant les déferlements de violence dans "7 temps" que tout ça est loin d'être évident à poser et que le groupe n'en met pas une à côté. Du coup on comprend d'autant moins le manque d'adhésion du public : les plans larges permettent de distinguer les quelques bras levés et les quelques têtes qui bougent des excités habituels du premier rang, mais révèlent qu'une grande partie de la foule reste statique, voire passive. Quand on considère l'énergie déployée par le groupe (en particulier par Greg, frontman qui mouille bien le maillot) et la qualité de leur musique on se dit que les gens ne sont jamais contents.


Prometteur, tout ça. Très prometteur. Malgré un DVD plombé par une qualité sonore insuffisante, les Emia prouvent avec ce matériel qu'ils sont loin d'être les premiers venus. On ne saura trop vous recommander de garder un œil sur eux, car les défauts relevés çà et là proviennent d'un manque de moyens et absolument pas d'un manque de talent. Vivement la suite !


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