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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 13 décembre 2009
Sa note : 13/20

LINE UP

-Daniel Gildenlöw
(guitare+basse+chant)

-Johan Hallgren
(guitare+chœurs)

-Fredrik Hermansson
(claviers)

-Léo Margarit
(batterie+chœurs)

TRACKLIST

1)Linoleum
2)Mortar Grind
3)If You Wait
4)Gone
5)Bonus Track B
6)Yellow Raven


DISCOGRAPHIE


Pain Of Salvation - Linoleum (EP)
(2009) - rock fusion metal prog rock 70's - Label : Inside Out Music



Cette année aura eu son lot d'attente, de suspense et de fausses joies pour les fans de Pain of Salvation. Catapultage précoce du bassiste Simon Andersson hors du groupe fin 2008. Suite et fin du suspense autour de la sortie du DVD live. Annulation de leur participation au Progressive Nation qui devait amorcer leur grand retour sur les scènes d'outre-Atlantique. Annonce prématurée d'un nouvel album dont la sortie est finalement repoussée en avril 2010. On pourrait se dire qu'avec cet EP la machine est enfin relancée pour avaler les kilomètres.

Certains se seront sûrement interrogés sur la pertinence de cet EP. Et de toute évidence la question mérite d'être soulevée puisque quatre titres sur six sont des morceaux que l'on retrouvera sur le prochain album en cours de réalisation, le d'ores et déjà baptisé Road Salt. Passons rapidement sur les deux intrus: "Yellow Raven" est une reprise des Scorpions assez sympathique mais qui fait indéniablement figure de bouche-trou – ou bien d'argument de vente/achat supplémentaire. Pas de commentaire sur la "Bonus Track B" qui n'est qu'un break sans musique de 2 minutes. Alors y a t-il quelque intérêt à débusquer derrière Linoleum? Absolument aucun, à moins que vous ne soyez un fan, un « true », un inconditionnel… bref, que vous soyez prêt à claquer votre thune pour à peine 30 minutes de musique que vous repayerez de toute façon dans cinq mois – si on a de la chance. Ou alors c'est que vous n'aviez pas la patience d'attendre sagement Road Salt. Ça peut encore changer.

Il est bien entendu délicat d'écouter Linoleum tout en résistant à la tentation de prédire la réussite ou le crash de son grand frère. Une chose est sûre: les Suédois poursuivent dans la voie empruntée avec Scarsick. Mais mettons-nous d'accord de suite: pas de délire à la "Disco Queen", pas de chant rap, pas même de métal. Ce qu'on a là, c'est du rock back to the seventies. Et cette nouvelle orientation musicale pourrait bien être providentielle. Car la nouveauté toute relative de ce son rock 70's éclipse dans un premier temps le principal défaut que l'on reprochera aux compositions, à savoir un format qui se rapproche dangereusement d'un stéréotype. Des structures simplifiées (n'oublions pas que le premier commandement de Gildenlöw est désormais: « De prog tu ne joueras point »), un accompagnement discret mais classieux sur les couplets, une énergie expulsée en un seul bloc sur un refrain électrisé plutôt rentre-dedans… et une impression de déjà entendu. On ira même jusqu'à parler de banalités en ce qui concerne les refrains de "Linoleum" et de "Mortar Grind", tout simplement décevants.

Linoleum c'est aussi notre premier contact studio avec Léo Margarit, ex-batteur du groupe français Zubrowska. Et non content d'agiter ses baguettes derrière les fûts, Margarit fait entendre très distinctement sa voix pour soutenir avec aisance les back vocals de Hallgren, voire même prendre les devants sur le refrain de "Linoleum". Et un peu de nouveauté, cela ne fait pas de mal. Pour ce qui est des atmosphères et du chant principal, les amateurs feront l'inévitable rapprochement avec Jeff Buckley. Gildenlöw dont les performances restent excellentes n'hésite plus le moins du monde à conclure en chant braillé. Ce qui reste moins élégant et surtout moins naturel que lorsqu'il monte dans des aigus aériens à la manière d'un "If You Wait" – très influencé au demeurant. Autres ingrédients qui sautent aux oreilles: du groove bluesy pour faire tourner "Mortar Grind", un feeling jazz sur "Gone"… Pain of Salvation se pose pour explorer d'autres horizons entre rock psyché et blues avec une touche à peine heavy. Et s'éloigne du même coup de contrées plus énervées et torturées – quoique.

Il faut attendre "Gone" pour que le groupe nous présente le meilleur morceau de cette avant-première de Road Salt. Et pour parler d'un hasard, il s'agit bien d'un titre où l'on renoue avec un Pain of Salvation des jours d'antan: sans pour autant égaler les prouesses des temps glorieux, "Gone" présente un réel intérêt musical et un certain potentiel émotionnel à rapprocher d'un "Enter Rain". Mais las, Pain of Salvation coupe une fois de plus son élan et ne laisse pas exploser l'émotion. Frustration! Mais on remarquera pire encore. Où sont passés les textes intelligents et sensibles de Daniel Gildenlöw? Est-il possible d'avoir droit au contraire à une accumulation de lieux communs, de refrains sans saveur et de couplets répétitifs? Et la palme revient une fois de plus à "Mortar Grind", dont le texte est particulièrement pauvre. On n'ose penser dans ces conditions à un quelconque concept pour le prochain album.


On ne s'aventurera pas trop loin dans les spéculations concernant Road Salt. Le risque est de juger ce prochain opus sur des bases incomplètes. Pourtant Linoleum semble bien indiquer la direction empruntée par le groupe. Et la destination pourrait confirmer les doutes que certains nourrissaient déjà au sujet de la consistance des productions à venir. Quant à mettre une note à cet EP, l'exercice ne semble pas très pertinent: comment noter une fraction recomposée d'un album à venir? Dubitatifs et en attente, voilà comment nous laisse Linoleum.


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