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CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 09 février 2010
Sa note : 11/20

LINE UP

-David Jordan
(guitare)

-Florian Füntmann
(guitare)

-Jan Hoffmann
(basse)

-Reimut van Bonn
(claviers)

-Janosch Rathmer
(batterie)

+

-Jonas Renkse
(chant sur 5)

TRACKLIST

1)Apparitions
2)Black Paper Planes
3)359°
4)I Know You, Stanley Milgram!
5)The Nearing Grave
6)Sundown Highway

DISCOGRAPHIE


Long Distance Calling - Avoid The Light
(2009) - post rock light - Label : Superball Music



Quand on emprunte une illustration de Gustave Doré pour sa pochette, l’auditeur averti s’attend à de l’épique, du flamboyant, du voyage en solitaire qui ne s’encombre pas d’airbag ou de ceinture de sécurité pour mieux nous claquer la tronche. Bon nombre de ses œuvres fleurent la plongée dans le grand inconnu, le vertige des éléments déchaînés, la promesse de l’Apocalypse… la musique qu’elle illustre se doit de suivre. Anthems To The Welkin At Dusk, ce n’était pas rien, quand même. Mais Long Distance Calling ne voit pas les choses ainsi.

« Should we call it post-rock? Or perhaps new art rock? The label is irrelevant, it’s the content that matters. » Le groupe fait bien d’apporter cette precision sur son myspace, car bien que leur musique présente des similitudes avec le courant post - quasi-instrumental, longs développements, tempos lents – elle souffre également d’une carence de taille : elle ne fait pas vibrer. Quand on songe au post-rock et aux groupes qui l’ont popularisé – Sigur Rós et GY!BE en tête – ce sont des affaires qui vous prennent aux tripes. Des histoires aux contrastes violents, où les cyclones majestueux succèdent aux accalmies troublées. Des véhicules en suspens, chargés de tension et d’émotion jusqu’à s’en écorcher la peau. On peut trouver le propos prévisible, l’exécution indigeste, mais il est tout aussi facile de s’y abandonner. En revanche, pour se perdre dans les non-méandres d’Avoid The Light, il va falloir faire un gros effort sur soi.

Le problème de cet album, c’est que, quelque part, il a confondu l’évasion avec la promenade de santé. Il a repris le chemin de ses aînés, sauf que pour ne pas s’égarer lui-même, il a balisé la voie sur toute la distance. Il a ordonné à la section rythmique d’être suffisamment balourd pour empêcher le décollage, et le batteur s’est exécuté avec plaisir : avec son jeu terre-à-terre, ses motifs aussi aériens qu’une charge de rhinocéros ("359°", particulièrement incolore), sa caisse claire qui vous embourbe au sol, vous n’aurez pas la possibilité de vous laisser aller. Se laisser aller à quoi, au juste ? Une succession de riffs emportés mais pas trop, lyriques sans déborder, des claviers trop nuancés pour pousser à l’immersion ? Oui, vous pourrez entendre tout cela, dès "Apparitions" et jusque le final de "Sundown Highway". Et ce ne seront pas quelques intros vaporeuses, quelques sections plus intenses ("I Know You, Stanley Milgram!") ou la présence fantomatique de Jonas Renkse de Katatonia sur "The Nearing Grave" qui feront pencher la balance du côté déraisonnable.


Et si Long Distance Calling avait inventé le post-rock Canada Dry ? Aux explorations osées des prédécesseurs, ils ont substitué une visite touristique qui n’a rien de particulièrement désagréable sur la forme – quoique, ce batteur lourdaud… - mais peine à provoquer le frisson. C’est quand même un comble pour ce genre de musique instrumentale de se dire qu’on parviendrait au même résultat si on le laissait tourner en musique de fond…


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