3937

CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 20 février 2010
Sa note : 19/20

LINE UP

- Ian Kenny
(chant)

- Drew Goddard
(guitare)

- Mark Hosking
(guitare)

- Jon Stockman
(basse)

- Steve Judd
(batterie)

TRACKLIST

1)Simple Boy
2)Goliath
3)New Day
4)Set Fire To The Hive
5)Umbra
6)All I know
7)The Medicine Wears Off
8)The Caudal Lure
9)Illumine
10)Deadman
11)Change


DISCOGRAPHIE

Themata (2007)
Sound Awake (2009)
Asymmetry (2013)

Karnivool - Sound Awake
(2009) - pop rock metal prog alternatif - Label : Sony BMG




Sound Awake aurait bien pu n'être qu'un album de rock hybride un peu remonté, légèrement progressif sur les bords et aux mélodies «bien trouvées». Et pourtant les Australiens nous assène avec ce second opus une véritable claque musicale. Il faut dire que depuis Themata Karnivool a affiné son style pour un rock plus classieux mais non moins énergique. Même constat en ce qui concerne la performance vocale de Ian Kenny qui a gagné en nuance. Alors oui, Sound Awake pourrait bien vous surprendre.


Et s'il fallait retenir une leçon de Sound Awake, ce serait sans l'ombre d'une hésitation ses mélodies imparables, immédiates et efficaces, aux refrains proprement enthousiasmants. Mais sûrement pas mainstream, loin s'en faut. Karnivool retient au cœur de sa musique une énergie brute et organique instillée classieusement dans des rythmiques qui s'emballent parfois un peu, des saturations affirmées pour de fausses montées en puissance et des élans vocaux quasi désespérés. "Simple Boy" détaille dès l'ouverture les qualités qui structurent tout l'album. D'emblée le chant s'égare dans les airs pour promettre une ascension mystiquement pop, portée par un refrain limpide et aérien. La technique est là sans démesure pour une finesse de jeu perceptible dès les premières notes, mais tout aussi capable d'une démonstration de puissance afin de porter l'émotion avec toute l'intensité désirée. Sans cesse Karnivool fait preuve d'un souci du détail, d'un goût pour les variations subtiles dont on ne saisit toute la finesse et la pertinence qu'au fil des écoutes.

L'envie prendra peut-être à certains de pointer du doigt certaines influences – nappes de guitares et rythmiques à la toolienne, certains effets vocaux pop rock irrésistibles mais familiers piqués on ne sait où. Mais l'essentiel n'est pas là. Karnivool assimile le meilleur et construit autour avec une personnalité marquée. Ouvertement rock alternatif et émotionnel, flirtant aux frontières un peu plus agressives du métal, Sound Awake dévoile ses mélodies à la fois immédiates et indéniablement ciselées, enchaîne les audaces distordues sur les riffs planants, laisse débouler les avalanches rythmiques sans céder au piège de la complexité démesurée. Autant d'éléments qui font de Sound Awake un album riche et pourtant accessible, dont les écoutes successives révèlent avec le temps la profondeur et la maturité. On se laisse finalement porter par le même courant alternatif, le même souci des rythmiques typées et d'un son lumineux qui emmènent The Pariah, The Parrot, The Delusion des Californiens de Dredg, crû du même millésime. Renoncez par contre à l'ambiance «five o'clock, cup of tea and apple pie» car Sound Awake délivre une prestation indéniablement plus incisive.

L'émotion est une composante essentielle pour ne pas dire fondamentale de Sound Awake. Bien plus que d'attraper l'effet d'une mélodie simplement agréable à l'oreille, Karnivool pénètre la dimension d'une musique organique dont les tensions internes et les ascensions émotionnelles, presque sublimes, se communiquent de manière immédiate. «Make us feel the vibes» pour la faire façon new age. Il y a bien ce côté trip aérien sur "All I know", pour des couplets en version pop sucrée pas si guimauve que ça, des chœurs lumineux à la clairvoyance ambiguë et tourmentée, un refrain à faire pâlir les standards radiophoniques. On retrouve les mêmes accents intenses entre sérénité, extase et expiation douloureuse tout le long de "Change". Tandis qu'avec "Illumine" c'est un paroxysme de puissance émotionnelle qui est atteint, pour peu que l'on soit sensible aux envolées torturées et magnifiques de Ian Kenny, aux entremêlements exutoires des chœurs vocaux et des serpentements incessants des guitares.

On pourrait finalement multiplier les citations de passages marquants ou de refrains particulièrement évocateurs - et souligner à l'occasion la richesse et la qualité constante des titres sur Sound Awake. L'album sait rester cohérent sans manquer en digressions. Ainsi l'interlude "The Medecine Wears Off" pourrait-il surprendre par son format écourté et sa rythmique en provenance des îles, légère. Mais voici qu'en moins de deux minutes Karnivool réussit une fois de plus une montée musicalement bigarrée et émotionnelle, performance d'échelle réduite à l'image de l'album tout entier. Karnivool explore son monde à la fois optimiste et intimement tourmenté sans tomber dans la redite avec suffisamment d'énergie et de relief pour emmener l'auditeur à tout moment, que se soit sur le premier refrain de "Simple Boy" ou dans le final de "Change" tout entier réservé à une démonstration rythmique de Steve Judd à la batterie. Sans oublier d'injecter une violence franchement saturée sur "Set Fire To The Hive", d'autant plus rugueuse que le chant passe lui-même à la distorsion. On renverra de même au solo énervé de "The Caudal Lure" et aux enfièvrements de "Goliath" pour démontrer s'il était besoin que Karnivool ne manque décidément pas de caractère.


Sound Awake est de ces albums qui ont le pouvoir de vous plonger dans un océan de sensations dont on ne se lasse pas malgré les immersions répétées, que l'on recherche le trip planant ou un plaisir purement technique. Les deux se mêlent à merveille et ce grâce à l'intensité émotionnelle des mélodies – de beaucoup redevable à la performance vocale de Ian Kenny -, à la richesse et à la maturité des compositions et enfin grâce à la finesse de jeu exemplaire des musiciens. Karnivool a bel et bien signé avec Sound Awake un album d'une qualité excellente. Tout simplement LE coup de cœur de l'année 2009.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2