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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 06 avril 2010
Sa note : 10/20

LINE UP

-Adrienn Antal
(chant)

-Markku Kuikka
(chant)

-Lars Eric Mattsson
(guitare+basse+claviers)

-Eddie Sledgehammer
(batterie)

TRACKLIST

1)Never Stand Down
2)Believe
3)Tango
4)The Grand Escape
5)I'll Find Another Way
6)Shadows
7)The Scream of My Soul
8)The Fire Is Burning
9)Chain Me
10)Tour de Force
11)Slave to the Road

DISCOGRAPHIE

Tango (2010)

Mattson - Tango
(2010) - heavy metal shred metal prog - Label : Lion Music



C’est que l’on pourrait presque parler de tromperie sur la marchandise. Ben ouais, une pochette élégante avec une chaussure de femme en feu, une lumière qui rappelle celle d’une scène, ce noir élégant et ce titre, Tango…« Ahh », se dit l’imprudent : « Mattson (dont le talent de guitariste, compositeur, gestionnaire de label et autre multi-casquette n’est plus à faire), nous offre un album aux belles sonorités cubaines, sud-américaines (voire françaises !) avec de belles envolées de guitares… voila qui peut donner un fameux résultat !» Las…Le père Mattson reste accroché aux schémas qui sont les siens : du prog, du heavy, du shred et de l’ennui…

Mattson (le nom) est l’un de ses nombreux projets solo (entre son album avec Eli, son projet Book Of Reflections avec entre autres Rusty Cooley et Vitalij Kuprij, Condition Red avec Alex Masi, Vision et ses deux projets solos, l’un "Lars Eric Mattson" et l’autre, simplement "Mattson" – mais ne me demandez pas quelle différence conceptuelle nous trouvons entre les deux…), et Tango est le cinquième album de ce projet. C’est dire si l’homme doit être surbooké, quand on sait qu’en plus, il est le patron de Lion Music, sur lequel il sort tout naturellement ses albums. Tango, donc, est d’emblée généreux : soixante-cinq minutes de musique et onze titres, autant dire que ça a intérêt à susciter l’attention de l’auditeur, sinon le sommeil s’emparera de lui avant la moitié de l’album. Sur ce point, pari pas vraiment gagné. Les compositions sont souvent molles, froides, presque cliniques, et pour un album nommé Tango, cela manque cruellement de vie, d’audace…de chaleur, entre autres à cause de la production, déjà, propre mais très métallique et sans âme.

La belle voix d’Adrienn Antal se pose sans difficulté sur les compositions de Mattson, mais elle aussi manque singulièrement de charme et de coffre pour relever un peu cette sauce fade. Mais le gros point noir, ce sont bien sûr les compositions. Certes, on peut admirer Mattson pour sa prodigalité, mais il parait évident que l’inspiration ne peut être tout le temps à son meilleur. Les mélodies et les constructions sont la plupart du temps déjà entendues, malgré un côté progressif parfois sympa ("Never Stand Down", "The Fire Is Burning" ou "Shadows" dont le riff évoquera certainement du Dream Theater et le refrain Adagio) avec des orchestrations qui peuvent se révéler bien menées ("Believe"), mais rares sont les moments où cela décolle pour de bon. Le moment de bravoure, "The Grand Escape" (plus de dix minutes au compteur) se révèle farouchement inégal, alternant bons passages et moments de pénibilité avérée. Finalement, seule la pêchue "Shadows", avec la voix masculine de Markku Kuikka (Status Minor, groupe de l’écurie Lion, bien sûr) se trouve être un bon titre, avec bon refrain et bonne énergie malgré les réminiscences déjà citées.

Reste à s’attarder sur, finalement, ce qui devrait pousser le chaland à franchir le seuil du magasin Lion Music : le talent de six-cordiste de Mattson. Techniquement, le bonhomme a fait ses preuves depuis un paquet d’années, il fait partie des grands de la guitare électrique, et – il faut le souligner – son jeu a la particularité d’être immédiatement reconnaissable. Et très souvent, de déclencher l’approbation ou le dédain, tant celui-ci est particulier. Lorsque Mattson joue vite, chaque note est ronde, propre, bien placée, égale à la précédente et à la suivante, donnant un côté très synthétique à son jeu. Dans un style un peu plus neo-classique, on pourrait le comparer au grec Theodore Ziras, aussi propre et détaché. Du coup, Mattson excelle dans les genres assez pêchus où la rapidité et la virtuosité trouvent naturellement une place et où des notes bien détachées aident à palper le phrasé et les plans du gratteux, autant lorsque le fond musical demande un certain feeling, une douceur et une chaleur… Mattson est nettement moins à l’aise ("The Scream of My Soul" et son affreux solo, et "Chain Me", sur laquelle le résultat est tout de même plus sympa à l’acoustique).


On pourra également reprocher au bonhomme quelques fautes de goût, comme les sons très cheap de synthé (en particulier sur l’instrumentale pénible "Tour de Force") mais, surtout : de tango, il n’est quasiment point question, à part sur le titre éponyme, qui du coup surnage au dessus du reste par sa concision et ses sonorités un peu osées (enfin !). Il reste donc le regret que Mattson ne soit pas allé plus loin dans le genre, car à part quelque maracas sur ce titre, la tentative est plutôt timide… Tango est donc un album long et vaguement soporifique, et qui manque cruellement de la chaleur, de la folie et de la sensualité d’un tango…


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