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CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
Cette chronique a été mise en ligne le 14 juin 2010
Sa note : 15/20

LINE UP

-Cyril Achard
(guitare)

-Franck Hermany
(basse)

-Eric Lebailly
(batterie)

TRACKLIST

1)Brutalize
2)Saint Hetfield
3)All or Nothing
4)It’s a Gloomy Day
5)Violencia
6)Sweet and Furious
7)Strong Hearted
8)I Don’t Believe

DISCOGRAPHIE

Violencia (2010)

Achard, Cyril - Violencia
(2010) - fusion Jazz Shred - Label : Lion Music



Séb, tu vas encore nous les briser longtemps avec tes albums de gratteux français ? Okay, mais je ne veux pas lire le moindre mot style tapping, sweeping, legato, ni le moindre nom d’effets fabriqués je-ne-sais-où. Chez les Éternels, on n’est pas à Shred Magazine, va falloir te le dire combien de fois? Au moins autant de fois qu'il me faudra te répéter, chef, que Cyril, c’est une nouvelle preuve de la bonne santé d’une autre facette de la scène française moderne mais qui fait ses preuves depuis déjà un paquet de temps. Celle des guitaristes qui peuvent switcher en un quart de nano-seconde de l’acoustique à l’électrique, du jazz fusion au rock brutal. Et sans provoquer la moindre douleur.

Maintenant Cyril n’est pas non plus tombé de la dernière pluie (de notes). Et depuis le Violencia ici évoqué, il est bon de savoir que le Montpelliérain a déjà eu le temps de mettre en boîte un autre album, acoustique cette fois, répondant au doux nom de Mayrig… Prolifique, vous dîtes. Éclectique aussi, non pas histoire de le faire prétentieusement savoir à qui bon souhaite l’entendre et le lire, mais éclectique par nature tout simplement. Et la nature a particulièrement bien fait les choses pour en revenir à l’électrique. Rien qu’à regarder la pochette au design agressif, les amateurs de gros son bavent probablement leurs litres de salive rien qu’à l’idée de la massive destruction de tympans qui semble se profiler à l’horizon. Juste précisons-leur que la nature est aussi mal faite quand elle œuvre dans le brouillage de pistes. Violencia est un disque complexe, réclamant force concentration et probablement des esgourdes quelque peu aguerries aux structures - hum - sortant des standards habituels de la production musicale. Shred inclus.

Pour le bourrin technique, il va donc falloir se diriger un peu plus loin dans le rayon guitare instrumentale (vous voulez des noms ?) Ce qui n’empêche pas Cyril et ses acolytes (Franck « Adagio » Hermany à la basse et Eric Lebailly à la batterie, soit huit étoiles au Michelin à eux deux) d’en faire des tonnes dans le bon sens du terme. Violencia ou comment mettre en valeur des compositions fouillées (où les exigences rythmiques mènent les débats) via une production des plus dépouillées. Cyril n’a pas braqué tous les magasins d’effets de l’Hérault pour enregistrer et bien lui en a pris. Une disto limite fuzz par-ci (“Brutalize”), un poil d’overdrive vraiment léger (“Strong Hearted”) par-là et un son clair qui flirte avec le crunch (excellent “It’s a Gloomy Day”) lui suffisent amplement pour délivrer 43 minutes de haute voltige répartie sur huit compositions. Un parfait mélange de jazz fusion sur fond de rythmiques metal, voire metal progressif. À moins qu’il ne s’agisse plutôt de metal/metal progressif sur fond de jazz fusion, allez savoir...

Imaginez un Mike Stern mal léché ou un Pat Metheny énervé se lever un matin avec la douce idée de sortir un titre metal. C’est probablement dans cette direction Violencia qu’ils auraient aimé se diriger. Maintenant, et en toute confraternité, Cyril leur a gentiment grillé la politesse. Imaginez alors un Satriani ou un Lukather délesté des 200 kilos de leur rack d’effets se coucher avec l’envie de sortir un pur album de jazz rock. Violencia est sûrement une voie vers laquelle ils auraient souhaité s’orienter. Maintenant, et en toute confraternité là aussi, Cyril leur a également gentiment grillé la politesse. Toutes ces influences et bien d’autres se trouvent aux entournures, certes après plusieurs écoutes attentives, de Violencia, disque riche dont les deux défauts majeurs sont ses qualités : sonner trop rock pour les perfusés au jazz fusion (“Saint Hetfield”), et trop jazz fusion pour überfans de metal shred (“Sweet and Furious”). La nature est certainement mal faite quand elle s’avère trop prévisible, mais assurément efficace quand elle se donne la peine de réunir en son sein talent, raffinement et précision.


Les virtuoses français nous auront permis de passer un sacré bel hiver 2010. Il serait bon que les programmateurs des (Hell)festivals d'été leur laissent une petite chance de pouvoir s'exprimer sur scène une fois les beaux jours revenus. Certes pas en tête d'affiche, soyons honnêtes, mais au moins en ouverture des festivités. Pour le seul cas de Cyril Achard, il va aussi falloir passer le message aux responsables des manifestations jazz qui feraient bien de se pencher sur son cas. Violencia à Patrimonio, ça aurait de la gueule, non?


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