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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 06 août 2010
Sa note : 17/20

LINE UP

-Alexis Damien
(instruments+chant)

-Asphodel
(chant)

-Nicolas Damien
(piano)

TRACKLIST

1)Diapositive
2)Escargot
3)Porcelain Hours
4)Essence of I
5)Khabod of My Aba
6)Home
7)Vaginaal Nathrakh
8)Pictures to Speak To
9)Murphy in the Sky with Daemons
10)Paralogical Sarabanda
11)Aquarium

DISCOGRAPHIE

2 Unlimited (2008)
342 (2010)
B-Sides (2012)




Pin-Up Went Down is back. Deux ans après la claque 2 Unlimited, le duo français est devenu trio et revient avec une vengeance. Le grand frère Nicolas Damien s'est installé derrière le piano mais à part ça on pourrait croire que rien ne change : la musique est toujours barrée, Asphodel est toujours capable de faire n'importe quoi avec sa voix et Alexis Damien est toujours un multi-instrumentiste d'exception... sauf qu'en fait, non. Malgré le maintien des composantes pré-citées, 342 est aussi éloigné de l'album d'avant que possible. Et pour ne rien gâcher, il renferme un nombre impressionnant de moments d'exception. Il paraît qu'on appelle ça du talent.

Métalleux, lamentez-vous. 342 renferme beaucoup moins de moments bourrins que son illustre prédécesseur et c'est comme ça. L'opener "Diapositive" est un des rares morceaux agressifs de l'album, et cette agression est comme à l'habitude moulinée à la sauce Pin-Up : intro rétro, délires vocaux allant de la voix de petite fille au chant lyrique en passant par le gospel, accélérations foudroyantes où Alexis Damien beugle ses tripes, breaks incessants... on est en terrain connu semble-t-il. Et pourtant ça n'a rien à voir : le son déjà, beaucoup plus chaud et humain que celui de 2 Unlimited, faisant la part belle à une basse outrageusement talentueuse. L'approche également, qui garde le côté fêlé du premier album mais se permet des incursions encore plus loin dans l'inexploré. La maîtrise du tout enfin, surtout, qui renvoie le pourtant très carré premier album aux oubliettes. Chaque détail a été pensé mille fois, chaque enchaînement calculé à la microseconde, et la cohésion qui en ressort fait presque peur. On a donc l'impression d'écouter la même chose en mieux... jusqu'à ce que débarque "Escargot" et que tous nos repères s'écroulent.

Une sonnerie "occupé" de téléphone, une voix aux inflexions d'Alanis Morrissette, puis une deuxième... une troisième... c'est une cascade de voix qui s'abat finalement sur nous et nous transporte dans un monde inconnu. L'épure au service de la complexité, et une beauté saisissante qui laisse des traces irréversibles une fois la chanson terminée. Aucun titre de Pin-Up n'avait jamais sonné comme ça, et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. 342 joue ainsi plusieurs fois à perdre l'auditeur, et à chaque fois c'est une source de joie. Il s'agit surtout d'intros : le début de "Vaginaal Nathrakh" (en voilà un titre qu'il fallait trouver) et son ambiance irrésistible de jeu d'arcade des années 80, les chœurs grégoriens - et pourtant en hébreu - sublimes ouvrant "Khabod of my Aba", le plan rétro indescriptible annonçant "Murphy in the Sky With Daemons"... Pin-Up nous avait déjà baladé d'univers en univers, mais ce genre de moments donne l'impression que leur potentiel est infini. Et il y a l'apport de Nicolas : les sublimes parties de piano de "Home" s'entremêlent avec la voix cajoleuse d'Asphodel pour un résultat aussi intimiste que magnifique. Wow.

On retrouve du Pin-Up "classique" ici et là, notamment les accélérations de "Porcelain Heart" ou "Essence of I". Coïncidence, ce sont également sur ces deux titres qu'retrouve le talent polymorphe incroyable de la vocaliste, qui émule aussi bien le flow du ghetto de Missy Elliot sur la première qu'une chanteuse africaine dans la savane sur la deuxième. On en reste coi. Le sens du délire propre au combo ressort énormément dans "Vaginaal Nathrakh", où le duo antre Asphodel et Andy Schmidt (Disillusion) pètent littéralement un câble et se mettent à hurler dans tous les sens. Par contre le groupe semble parfois ne pas faire le tri dans ses idées : quand un refrain est aussi mortel que celui de "Khabod of my Aba" (« we are looking for a way to survive... »), on ne se contente pas de le jouer une fois au milieu de la chanson ! On l'exploite... Le concept des paroles de "Pictures to Speak" a beau être très ambitieux, il ne rend pas la mélopée lente moins ennuyeuse. Le break central tire son épingle du jeu, mais la fin de l'album semble malheureusement plus faible bien qu'émaillée de moments de bravoure. On lève la tête ici et là, mais l'intensité du début n'y est plus.


342 est un putain d'album. Un énorme pavé d'idées lumineuses porté par un trio de musiciens aussi inspirés les uns que les autres. Le choc de la découverte a laissé la place à une exploration de nouveaux territoires qui semble sans limites. A peine moins jouissif et immédiat que 2 Unlimited, ce nouvel album reste quoi qu'il en soit un petit bijou d'inventivité. Merci à eux.


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