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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 15 août 2010
Sa note : 16/20

LINE UP

-Daemon
(tout)

TRACKLIST

1)Prologue/ Phantasmagoria
2)Crypt of Bereavement
3)Curse of the Necromancer
4)Portal to the Unknown
5)Dark Winds
6)A World in Pandemonium
7)Flight of the Minds Eye
8)Apocalyptic Manifestation
9)Prophetic Dreams
10)The Burning Vortex
11)A Black Sphere of Serenity
12)Astral Projection

DISCOGRAPHIE


Limbonic Art - Phantasmagoria



Une scission avec lui-même : voila ce qu’a réalisé le duo Limbonic Art - duo depuis 1996 et leur premier album, le majestueux Moon In The Scorpio. Morpheus, donc, s’en est allé se consacrer à l'étrange Dimension F3H (genre de mix électro entre Limbonic Art, Samael et Deathstars) tandis que Daemon s’est donné pour noble mission de continuer à faire vivre Limbonic Art. C’est donc 3 ans après un Legacy Of Evil furieux que ce maintenant one-man band revient avec Phantasmagoria, imposante création de 70 minutes, toujours aussi brutale et occulte que précédemment, mais toujours un peu moins symphonique et majestueuse…

Car depuis la création du groupe, Limbonic Art a suivi une pente descendante en matière d’orchestration. Là où les premiers albums méritaient amplement leur appellation prétentieuse de «Wagnerian Black Metal», la suite a remisé petit à petit les synthés et autres orchestres dans un placard, sans jamais s’en défaire vraiment. C’était particulièrement patent sur l’album précédent et le mouvement ne s’est pas inversé depuis. Daemon se contente maintenant de faire suivre, la grosse majorité du temps, les lignes mélodiques du synthé et les riffs de la guitare. Cela renforce le son, donne un côté ample à la chose, mais il est difficile du coup de parler de black symphonique. Les orchestrations se détachant des riffs sont très rares, et on ne compte plus depuis un paquet d’année d’introductions majestueuses uniquement orchestral. Le ton est résolument métal, et plus du tout wagnérien. Le départ de Morpheus ne fera sans doute, à l’avenir, que confirmer cette évolution. Cela n’empêche pourtant pas Limbonic Art, malgré de légitimes regrets des auditeurs, de rester une pointure en terme de musique extrême, et ce pour plusieurs raison.

La première, c’est tout de même la qualité de la production. La patte est aisément reconnaissable, le son est immédiatement identifiable : Limbonic Art est une vrai carte d’identité, et le connaisseur ne peut que reconnaitre le groupe dès les dix premières secondes. Ensuite, même si l’album est un peu trop long et inégal, il reste néanmoins parfaitement écoutable, moins aisément digérable, il est vrai, mais jamais désagréable. Et ce, même si la production a repris son côté sale, avec des guitares très saturée qui débordent un peu, une basse qui roule en fond de mix et cette batterie virtuelle qui a elle seule permet d’identifier le groupe, qui ne recherche nullement l’imitation parfaite d’une vraie mais plutôt l’efficacité. Et à ce niveau là, c’est réussi. Ajoutez à tout cela les sons des différentes orchestrations – le plus souvent, des orgues ou des violons – et vous obtenez une belle puissance sonore, à la fois équilibrée et puissante. Limbonic Art nous a toujours habitués à avoir un son à lui, et c’est encore le cas sur Phantasmagoria, ce qui ne peut que rassurer l’amateur de longue date.

Les compositions savent aussi mettre les points sur les «i», en particulier dès l’ouverture de l’album avec quatre très bons titres, violents, rapides et sans temps mort. Blast-beat, riffs d’outre-tombe et ambiance occulte, tous les ingrédients recherchés par l’amateur de black sont là. Reste que le tout est relativement simple : à y regarder de plus près, les riffs sont bateaux, les orchestrations basiques, mais le tout possède encore une fois cette patte si caractéristique qui fait que tout cela prend de bien belle manière. La suite connaitra des hauts et des bas, comme le longuet "Dark Winds" au tempo lent et au riff qui tourne un peu trop en boucle, l’intro de "A World In Pandemonium" qui fait vraiment « j’apprends la guitare » - alors que le reste de la chanson est magistral – ou un "The Black Sphere Of Serenity" un peu en dessous du reste. Mais outre les très bons titres déjà cités, il y a le ravageur "Flight Of The Mind’s Eye" et le surpuissant "Apocalyptic Manifestation", deux véritables rouleaux compresseurs d’à peine quatre minutes, ce qui est assez inhabituel pour Limbonic Art, habitué à s’étaler sur de nombreuses minutes. Une chose est sure : nous ne pouvons qu’applaudir.

Il reste un point sur lequel peu de choses ont été dites jusqu'ici : le chant de Daemon. De ce côté-là, c’est un sans faute. Hurlements déchirants, haineux, growl inquiétant, grognements…le chant de Daemon est tout simplement l’un des plus puissants dans l’univers du black métal, et lorsqu’il se double lui même – relativement souvent – l’effet n’en est que renforcé, et pose Daemon comme la cerise maudite sur le gâteau infect de Limbonic Art. Il n’y a qu’à écouter sur le passage plus lent de "Crypt Of Bereavement" la performance haineuse et déchiré de Daemon, agrémenté d’un peu de chant clair utilisé parfaitement pour s’en convaincre. On regrettera par contre, justement, que le chant clair ne soit quasiment plus de mise chez Limbonic Art, alors que c’était encore le cas par le passé. Là encore, le départ de Morpheus ne présage pas grand-chose de bon pour l’avenir de ce point de vue là. Mais au final, qu’importe : Daemon semble se débrouiller parfaitement bien tout seul…


Pari réussi. Lorsqu’un groupe perd la moitié de ses membres, on craint souvent le pire, tant une alchimie musicale repose sur un fragile équilibre entre les personnalités et les talents. Eh bien, il semble qu’ici, le départ de Morpheus n’ait pas été un trop grand chamboulement pour Limbonic Art, tout du moins depuis Legacy Of Evil, dont il reprend les bases, en peaufinant un peu la recette.


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