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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 21 septembre 2010
Sa note : 15/20

LINE UP

-Juan E.
(chant+claviers)

-Sergio A.
(guitare)

-Rodrigo M.
(guitare)

-Rodrigo G.
(basse)

-Alejandro A.
(batterie)

TRACKLIST

1)Starmaker
2)Shining Human Skin
3)The Bell and the Solar Gust
4)Spectral Ocean
5)Sensing the New Orbit
6)Catatonic North
7)Knotted Delirium
8)A Sea of Dead Comets
9)Aphelion Aura (bonus track)

DISCOGRAPHIE


Mar De Grises - Streams Inwards
(2010) - doom metal ambient mélodique progressif - Label : Season Of Mist



Il est un peu déprimant d'écrire une chronique du dernier album en date de Mar De Grises, Streams Inwards. Non pas qu'il soit décevant. Là-dessus, on peut dire que cet opus présente de bonnes cartes pour convaincre. Mais bon, voilà : c'est sûr qu'en faisant du doom/death - mélodique certes avec même des tendances progressives -, on ne peut pas s'attendre à recevoir des critiques pétant le feu pour célébrer la joie de vivre. Parce que lorsque l'on explore durant un album entier la tristesse et l'accablement mélancolique, il faut bien s'attendre à payer ensuite le cercueil et les bougies qui vont avec.

Non, Mar De Grises n'est pas ce qui ce fait de mieux – ou de pire, tout dépend de votre point de vue – en matière de spleen dépressif. Comprenez que l'on ne plonge pas tout à fait encore dans des abymes insondables : on peut dire qu'il reste de la marge. Néanmoins, on enchaîne les morceaux mid-tempo voire carrément down-tempo. La tortue du groupe est élue à l'unanimité "Catatonic North", qui porte bien son nom comme vous pouvez le constater. A été exclue du vote "Spectral Ocean" qui officie d'avantage dans un registre ambiant et qui bénéficie donc d'une dérogation spéciale. Entre deux coups de caisse claire, les atmosphères sont bien entendu contemplatives avec parfois des pics de dynamisme lors des interventions du chanteur, qui pousse l'audace jusqu'à laisser poindre une note de désespoir incommensurable. Les morceaux sont très mélodiques et de ce point de vue-là très réussis. La meilleur expression pour décrire ces ambiances reste encore le nom même du groupe, dont une tentative de traduction pourrait être «Mer de Grisailles» ou «Mer de Peines» pour les non-hispanisants. Trop lourdes pour être qualifiées d'aériennes et pourtant coulantes dans la manière de se mouvoir, les entités que l'on s'imagine voir évoluer en musique sont océaniques, graves et tristes. Dans cet espace immense, sans fonds de sable, sans récifs ni firmament pour délimiter l'infini de cette tristesse. La même impression que l'on ressent lorsque l'on a commencé à s'enfoncer et que l'on découvre combien l'âme est un réceptacle sans commune mesure à toutes les idées grises et noires que l'esprit projette.

"Starmaker" nous plonge instantanément dans le bain. Le début de l'album nous réserve deux digressions en terme de tempo avec "Shining Human Skin" et "The Bell and the Solar Dust". Prenez garde avec ce troisième titre car il s'agit du morceau le plus rapide composé par les Chiliens sur cet album. A écouter avec modération donc. Les grognements et les hurlements restent flous, ce qui ne gêne pas outre mesure puisque ce sont les guitares qui grosso modo mènent chaque morceau. Et les mélodies sur l'album tout entier, à vrai dire. On distinguera parfois aussi quelques lignes de chant clair - globalement minoritaires mais parfaitement audibles sur les couplets quasi-murmurés de "Catatonic North" et qui participent pertinemment aux variations d'atmosphères. Car bien que le chant grogné apporte indubitablement aux compositions la touche la plus assombrie possible, il reste en tant que tel en second plan dans la qualité de la musique. Dans ce contexte, le titre bonus "Aphelion Aura" dont la chanteuse invitée explore des tonalités vaporeuses et mystérieuses, flirtant parfois de loin avec des sonorités orientales dans la voix, presque mystique sur un accompagnement légèrement dissonant, se révèle extrêmement intéressant. Ce morceau a une personnalité très différente des autres titres de l'album. Paradoxalement peut-être, c'est ce titre-là, ce morceau bonus, qui restera le coup de cœur de Streams Inwards. Et pourquoi pas, laissons-nous un instant espérer, un bon présage pour une prochaine production ?


Globalement, Streams Inwards est un bon album qui remplit amplement son contrat de base. A force de contempler les mêmes émotions grises, on se perd parfois en milieu de morceau et on se retrouve dans une sorte d'entre-deux léthargique. Mais à qui veut écouter ce genre de musique, il s'agit bien-là du strict minimum. Pour les autres amateurs d'atmosphères ambient influencées progressives, le calibre est correctement réglé.


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