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CHRONIQUE PAR ...

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Adam Weishaupt
Cette chronique a été mise en ligne le 24 septembre 2010
Sa note : 17/20

LINE UP

-Grand Master Jaldaboath
(chant+guitare+claviers)

-Sir Brodrick
(basse)

-The Mad Monk
(batterie)


TRACKLIST

1)Hark the Herald
2)Calling on All Heraldic Beasts
3)Bash the Bishop
4)Seek the Grail
5)Axe Wielding Nuns
6)Jaldaboath
7)Bring Me the Head of Metatron
8)Jacque DeMolay
9)March to Calvary
10)Da Vinci's Code

DISCOGRAPHIE


Jaldaboath - Rise Of The Heraldic Beasts
(2010) - inclassable Hammering Heraldic Metal - Label : Napalm Records



Hark The Herald circula sous le manteau, des couloirs des Presses Universitaires de France à la cour de la Sorbonne, en passant par les souterrains secrets de l’Institut Catholique de Paris. L’équation « violence médiévale disproportionnée + punk metal de série B + samples de musique d’époque = top 10 de la liste des most wanted de la brigade du kiff » s’imposa progressivement au fleuron du monde universitaire. Après ce premier EP à la pointe de l’historiographie, les médiévistes attendaient désormais Jaldaboath au tournant.


Avant toute chose, les noobs sont invités à consulter la chronique de Hark The Herald, et ce pour deux raisons. La première est qu’il s’agit d’une œuvre à édition limitée n’ayant pas, par conséquent, bénéficié d’une diffusion optimale. Il y a donc de grandes chances pour que vous n’ayez jamais entendu parler du groupe, de son univers et de sa musique. La seconde est que la totalité de l’EP, intro incluse, se retrouve sur l’album qui contient donc quatre inédits (en plus d’un interlude, "March to Calvary"). En gros, l’essentiel a déjà été dit sur l’effet produit par l’ensemble formant cette perle de folie pouilleuse : enthousiasme quant à la formule appliquée, et curiosité quant au défi que représente un format plus conséquent. Nous sommes donc ici pour discuter de la suite logique des évènements.

Bien. Maintenant que vous êtes de retour et que vous avez contemplé la pochette rendant un hommage délicieusement photoshoppé à Jérôme Bosch, a.k.a. le peintre aux petits bonshommes chelous qui jouent de la trompette avec les fesses, notons que les tueries originales sont toujours d’actualité. "Hark the Herald", déjà on ne peut plus remarquable, s’avère un opener dévastateur : chœurs surexcités, batterie galopante, trompettes hystériques, samples entraînants, vocaux harangués… L’auditeur curieux saura très vite s’il est affligé ou conquis. "Jacque DeMolay" et "Da Vinci’s Code" sont cette fois plus distinctement positionnées en fin de course, ce qui fait ressortir à merveille leurs aspects plus plombés et angoissants (Templiers rôtis aux pieds de Notre-Dame pour l’une, conspirations mystico moyen-orientales pour l’autre). Bref, nous en sommes en terrain connu la plupart du temps (si l’on excepte quelques retouches au niveau du mixage), et les acquis déjà robustes sont intelligemment solidifiés par une nouvelle organisation et de nouveaux enchaînements.

Les inédits, maintenant. "Calling on All Heraldic Beasts" propose des samples succulents, mais sur lesquels se calent malheureusement trop souvent les riffs, rendant le morceau monotone sur la fin. Arrive ensuite "Bash the Bishop" à la ligne de basse catchy à pleurer, aux claps kitschissimes, à l’histoire sortie de Les Visiteurs et aux samples toujours aussi jubilatoires. Mais tout ceci, bien que tout à fait honorable, n’est rien comparé aux sommets atteints par "Axe-Wielding Nuns" et "Jaldaboath". Le premier s’ouvre sur une intro trompeuse avant de débouler sur un alliage détonnant entre un riff à la Misfits (c'est-à-dire à la fois minimaliste et monstrueusement expressif, limite dansant) et une mélodie aussi fondamentalement épique que débile jouée au cor de chasse (ou un cousin proche). "Jaldaboath" reprend le flambeau (en recyclant au passage l’intro de l’EP), confirmant la science du riff, de l’enchaînement, de la superposition, du refrain, de la mélodie samplée et de la montée en puissance dont le groupe peut se targuer en toute légitimité.


Il ne faut bien sûr pas perdre de vue que nous restons tout du long dans les domaines conjugués de l’humour, de la décontraction et de l’absence relative de moyens, ce qui contribue à une atmosphère et à un son très particuliers qui ne correspondent pas aux standards du genre (le folk metal, si l’on en croit certains sites qui ne mentionnent pourtant jamais Bob Dylan ou Pete Seeger). Mais le bilan est positif. Rise Of The Heraldic Beasts est drôle, catchy, original, consistant et fait honneur aux clichés médiévaux les plus délicieux. Bref, il envoie du lourd.


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