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CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
Cette chronique a été mise en ligne le 04 octobre 2010
Sa note : 14/20

LINE UP

-Benji
(chant)

-Jeff Rose
(guitare)

-Richie Glover
(basse)

-Ginge
(batterie)

TRACKLIST

1)Criminal Minded
2)Last Man Standing
3)Killing a Sound
4)Respected
5)Dub Over Now
6)Nar Say a Ting
7)Nothing to Say
8)Dub War (live)
9)Crack
10)Words of Warning
11)Murder
12)Psycho System

DISCOGRAPHIE


Dubwar - The Dub, The War & The Ugly
(2010) - fusion - Label : Earache Records



Feu de paille ou étoile montante ? A l’heure où, égaré entre une fusion d’excellente facture et la putasserie d’un emo bas de gamme, Skindred souffle le chaud et le froid, les petits malins d’Earache se frottouillent les mimines. Pourquoi pas, en effet, ressortir des cartons le premier groupe du chanteur Benji et – vidant des tiroirs étiquetés live ou troisième album inachevé – exhumer sous forme de « compil’ pour fans » un groupe vieux de douze ans ? Et nous voilà avec un joli package qui, en cette fin 2010, tombe comme une merde sur une planche...

De 94 à 98, tandis que la vague de la fusion retombe avec fracas, Dubwar et quelques autres surfent encore sur ses derniers bouillonnements. Dubwar : le mot faisait alors frémir les amateurs du Best Of Trash de M6 qui, entre deux clips de Pantera, ne manquaient pas de s’exclamer : « DUBwar ? Qu’est-ce que c’est que cette daube ? Passe-moi la télécommande !» Hélas… De dub (et de daube), il n’a pourtant que rarement été question dans ce groupe. Mis à part un son de basse caractéristique du genre (lire : des lignes d’infra-basses rondes et lancinantes), les Britishs nous servaient plus volontiers quelques cocktails de pop-metal-reggae, souvent plantés d’une paille de punk, d’une ombrelle d’electro, et parfois frappés de cassures typiquement ragga. Autant le dire tout de suite : pas vraiment la came du métalleux de base… Autant l’admettre également, histoire de ne pas donner de faux espoirs : les instrumentistes de Dubwar n’ont jamais fait rêver personne. La batterie faisait le boulot, le guitariste assurait correctement. La basse tricotait souvent des lignes intéressantes, c’est un fait.

Mais l’attraction principale du groupe, le mât central (et malheureusement unique) du chapiteau, a toujours été son extraordinaire vocaliste Benji. Et là, par contre, ça faisait très mal. Black multicartes, frontman fièvreux, parolier surexcité, il faut se représenter le chant de Benji comme un torrent sans fin, charriant pêle-mêle la scansion malfaisante du ragga, des éclaircies soul à couper le souffle, un méchant flow perlé, quelques growls, le nasillement plaintif du reggae, et surtout, surtout : moult refrains en voix claire, d’un coffre et d’une émotion extraordinaires. A l’heure d’exhumer les bribes de ce qui aurait dû être un troisième album – intitulé justement The Dub, The War And The Ugly – et d’imaginer ce que la suite aurait pu donner, faut-il croire que la formule aurait changé ? Pas vraiment : c’est du moins ce que cette compil’ faite de bric et de broc laisse à supposer.

Le livret ne mentionnant pas le moindre crédit ni la moindre information, il faudra se contenter d’hypothèses, et donc scinder cette galette en deux parties, malheureusement mélangées. D’un côté : sept inédits, qui semblent constituer le squelette inachevé de ce troisième album, et qui vont de la démo ("Nothing to Say") à la chanson parfaitement finalisée. On retrouvera donc la formule décrite largement ci-dessus, avec un plaisir certain mais sans grand étonnement. Le niveau de compo est globalement bon, sans qu’on puisse discerner un fil directeur ou un vrai changement de direction (c’est de la fusion, coco), ni même un cran de maturité supplémentaire. Mentionnons tout de même "Last Man Standing", qui voit Benji rajouter une corde à son arc via quelques couplets sidérants, tenus d’une voix de tête quasiment féminine. Un très bon live intitulé "Dub War" marque la césure en milieu d’album, suivi de la très corrosive "Crack". Bref : de la bonne came, qui peut-être tournait un tantinet en rond – mais après tout : who cares, douze ans plus tard ?

Là où le bât blesse, c’est sans doute sur le choix des autres titres, à savoir : cinq remix du premier album. Cinq remix, parfaitement. Et les remix, les métalleux, ben… « ils aiment pas trop ça », en fait. C’est vrai : comment ça s’écoute, un remix ? Et qu’est-ce qu’on en a à foutre, d’abord ? C’est même pas des nouvelles chansons !… Eh oui : en ce qui nous concerne, c’est même tellement pas des nouvelles chansons que, pour deux d’entre elles, il faudra vraiment mettre à côté les originales pour discerner la moindre différence (un dépoussiérage du son ?) Quant aux trois autres, eh bien… vous retrouverez le remâchage habituel de morceaux connus, avec rythmiques jungle qui frétillent, bribes de voix flottant dans un ordre différent, et légère impression d’écouter de la musique qui n'en est pas tout à fait… Bah : une autre culture, ma bonne dame. Toutefois, le choix semble d’autant plus regrettable qu’il fait l’impasse sur certains remix vraiment flamboyants (avec cuivres, nouvelles lignes de basses et tout le tralala), ainsi que sur un inédit difficilement trouvable mais très sympa : "Money in the Bank".

S’il n’y avait que le CD, on aurait donc vite-fait d’étiqueter cette sortie « sympathique », de la tamponner d’un « For fans only », et de rajouter pour faire bien (alors qu’on s’en branle quand même légèrement) : « À quand la reformation ? » Heureusement, le deuxième effet Kiss Kool de cette compil’ testamentaire, c’est d’offrir un DVD gavé jusqu’à la gueule… et, ma foi, de fort bonne facture. Passons sur l’intégrale des six clips du groupe (tremble, amateur du Best Of Trash !) ainsi que sur le sympathique documentaire de 55 minutes : on y retrouve trois des membres du groupe, légèrement empâtés, et discutant autour d’une tasse de thé sur la genèse de Dub War, les galères de tournées, et autres anecdotes de groupe débutant. Un bon moment, agrémenté d’images d’archives et d’extraits de concerts qui rappellent le bon vieux temps. Mais le concert, justement : voilà vraiment le point central de ce DVD, et même de la compil’ tout entière. L’intégrale d’un show Londonien de 98 est en effet dans la galette, et c’est clairement sur ce point que le groupe acquiert ses lettres de noblesse.

Alors oui, le concert n’est pas bien long, une cinquantaine de minutes à tout casser (Dub War n’a probablement jamais fait autre chose que des festoches ou des premières parties). Mais ces dix titres suffisent à montrer quelle barre de dynamite était le groupe en live, Benji en tête. Rien que de le voir débouler sur "Greedee" avec son anorak et son ragga mitraillette, on sent que la salle va s’en prendre plein la gueule pour pas un rond (les slammeurs, d’ailleurs, ne s’y trompent guère). N’oublions d’ailleurs pas les trois instrumentistes, qui prennent enfin leur vraie dimension sous les projos. Au gré d’une setlist faisant la synthèse entre les deux premiers albums (avec un extrait du troisième mort-né), on découvre ainsi la richesse d’un groupe qui, peut-être, n’a pas toujours su jouer la carte du studio : une contrebasse sur "Strike It", un tribal-final sur "Pain", le single "Million Dollar Love" au reggae atomisé de metal, le groove de "Nar Say a Ting". Et, joyau caché au beau milieu du show, "Silencer" : ou comment, avec un beat minimaliste, une guitare sèche, et un chanteur en connexion directe avec Dieu, déverser une avalanche de frissons au milieu d’un concert de metal/hip-hop/punk (autant dire que la partie n’était pas gagnée d’avance…).


« For fans only » ? Oui et non. Même s’il réserve de bons moments, il serait peut-être imprudent d’aller découvrir le groupe avec le CD du package. En revanche, par sa patate et son alignement de bombes supérieures aux originales, le concert du DVD se présente comme une introduction parfaite à Dub War, ainsi qu’un cadeau merveilleux pour les anciens fans. A vrai dire, c’est même plus que cela : c’est un témoignage (hélas trop tardif) du véritable talent du groupe. Ironie du sort, le DVD parvient donc à faire ce que les inédits du CD peinent à susciter : un vrai regret pour ce groupe, et même un regain d’intérêt réel, qui fait se dire sans aucune ironie : «À quand la reformation ?»


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