4326

CHRONIQUE PAR ...

78
Mnemopanda
Cette chronique a été mise en ligne le 11 novembre 2010
Sa note : 18/20

LINE UP

-Kyo
(chant)

-Kaoru
(guitare)

-Die
(guitare)

-Toshiya
(basse)

-Shinya
(batterie)

TRACKLIST

1)Sa Bir
2)Vinushka
3)Red Soil
4)Doukoku to Sarinu
5)Toguro
6)Glass Skin (English version)
7)Stuck Man
8)Reiketsu Nariseba
9)Ware, Yami Tote...
10)Bugaboo
11)Gaika, Chinmoku Ga Nemuru Koro
12)Dozing Green (English version)
13)Inconvenient Ideal

DISCOGRAPHIE

Uroboros (2008)

Dir En Grey - Uroboros
(2008) - rock mélodique visual kei - Label : Gan-Shin



Le groupe avait annoncé la sortie d’un album censé être la leçon qu’ils avaient tiré de onze ans d’apprentissage et de maturité musicale. Après un The Marrow Of A Bone qui avait fait couler beaucoup d’encre, notamment par les puristes qui y avaient vu une perte d’identité et avant ça un Withering To Death qui laissait un avis mitigé, on était en droit d’espérer effectivement un renouveau. Alors l’uroboros, ce serpent qui se mort la queue, symbole du cycle et de la renaissance avait de quoi appâter… Et joie ! Uroboros, qui aura lui aussi fait énormément parler de lui est une petite merveille des Dir qui retrouvent une identité toute nippone, offrant finalement là leur meilleur album…

"Sa Bir" annonce la couleur très rapidement sur l’ambiance moyen-orientale qui collera à cet album. Die et Kaoru se payent d’ailleurs le luxe de nous gratter une mandoline et un sitar électrique pour ajouter à cette ambiance qui se veut à la fois douce, envoûtante et torturée, accompagnée de la voix de Kyo. Celle-ci, tantôt claire, tantôt partie en borborygmes et autres cris, tire parfois jusqu’à une interprétation presque grotesque de ce que devrait être la lecture d’un mantra. La basse surfe sur une ligne étonnante et très présente, jouant parfois le rôle de percussions comme sur le titre "Stuck Man"… Quant à Shinya derrière sa batterie, il prouve l’étendue de son talent en usant de rythmiques originales, posant parfois les baguettes pour quelques notes de piano, de conga et autres percussions, aidant là encore l’ambiance de l’album à se poser.

La seconde chanson de l’album, "Vinushka", qui se justifie de neuf minutes trente-sept ininterrompues, pourrait résumer Uroboros à elle toute seule. Après nous avoir habitué à des hurlements vomis et parfois lassants, Kyo nous offre une oasis de chant clair auquel on n'avait plus vraiment eu droit, prouvant qu’il a encore une bonne maîtrise de son instrument. Instrument qu’il torturera dans ce titre, se faisant déchirant pour nous hurler de façon plus outre-tombesque, comme un de ces démons humains dont l’ensemble des paroles de l’album semble imprégné. Des changements de rythmes déroutants et pourtant mystiques, des riffs parfois furieux des guitaristes qui, s’ils nous avaient déjà prouvé une très bonne complémentarité par le passé, nous prouve qu’ils savent tirer une complicité de jeu qui légitime la présence de leurs deux guitares.

Si notre version de base européenne de l’album (une version limitée sortira ensuite) nous laisse avec un choix étonnant de la part de l’éditeur de nous placer "Glass Skin" et "Dozing Green" en anglais plutôt qu’en japonais, on se jettera sur les versions nippones, qui gardent vraiment cette marque typique du groupe. Il faudra cependant reconnaître qu’à moins d’une oreille exercée en matière de chant japonais, on ne verra pas forcément la différence entre les paroles en anglais (quel accent…) et en japonais. "Red Soil", titre un peu plus punk/rock lui-même, se targue d’un premier couplet en anglais - ça ne s’entend pas vraiment, et pourtant il faut lui reconnaître qu’il s’est amélioré…- mais qui ne jure pas en comparaison des deux versions de "Glass Skin" et "Dozing Green", en anglais pour des raisons purement marketing… Encore que l’Europe s’en tire bien puisque les Américains auront droit à une version entièrement en anglais.

On s’arrêtera un instant sur "Toguro", la chanson la plus rock de l’album assurément, et celle aussi ou Shinya et sa batterie nous surprennent le plus ! Il nous emmènera doucement, après un "Glass Skin" et un "Stuck Man" déroutant jusqu’à "Ware, Yami Tote…" , littéralement « Moi en tant que ténèbres… » qui est un sommet de l’album. Titre parmi les plus calmes d’Uroboros, où les guitares se font douces, les paroles murmurées et où l’ensemble s’envole au fur et à mesure des sept minutes tout de même jusqu’à une mini apothéose, emmenée par une batterie qui accélère doucement mais sûrement… posant un cocon de douceur comme on n'y était plus habitué avec un groupe tel que Dir En Grey. Elle permet un second souffle avant "Bugaboo" et "Dozing Green" qui nous tire à nouveau vers le fond avant une nouvelle ballade, la dernière, "Inconvenient Ideal", qui sonne comme la complainte finale de cet album…


Dir En Grey a trouvé dans Uroboros un moyen de revenir sur onze années de carrière musicale, offrant une revisite des styles qu’il avait déjà abordés dans des albums cultissimes comme Macabre, Kisu ou Vulgar. Des titres agréables écoutés séparément, mais avec une profondeur proprement hallucinante écoutés les uns à la suite des autres. C’est toute une histoire que le groupe nous impose, après la critique violente de l’humanité dans The Marrow Of A Bone, se permettant cette fois une approche presque philosophique dans les textes noirs et poétiques de Kyo. Pari réussi pour Uroboros donc, Dir En Grey prouve qu’il n’a pas perdu la main et qu’il est encore capable de surprendre. Après un album voué à toucher un public plus large en dehors de l’archipel, ils reviennent à la maison et prouvent que la soupe nippone a encore de beaux jours devant elle…


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2