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CHRONIQUE PAR ...

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Gazus
Cette chronique a été mise en ligne le 13 décembre 2010
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Ron Scalzo
(chant)

-Brett Aveni
(guitare)

-Chris Pennie
(batterie)

TRACKLIST

1)Automata
2)You Will Be Replaced
3)Back of My Hand
4)1.0
5)Edge of Forever
6)Night of the Exploding Razors
7)Snakeface
8)The Dots Do Not Connect
9)2.0
10)The Replicas
11)So Close
12)God at the End of the World
13)3.0
14)Exit Wound
15)The Altercation of Man

DISCOGRAPHIE

Automata (2010)

Return To Earth - Automata
(2010) - rock hardcore barré indus patchwork de haute volée - Label : Metal Blade Records



La scène metal semble tourner en rond. Les ténors de nombreux genres ressassent la même formule, suivis par des formations plus jeunes qu’ils ont fortement influencées et qui ne pourront jamais aspirer aux succès d’antan. L’issue s’est heureusement trouvée dans une mixité de genres. Ainsi, fusion, neo metal, metalcore et consorts ont permis une éclosion de groupes qui parvenaient à casser une lassitude certaine. Return To Earth tente l’expérience. Par contre, au niveau de la mixité, il est conseillé de bien s’accrocher.

Disons-le tout de suite. Parler d’un album comme Automata sans tomber dans le « name dropping » est peu évident. Les influences de Return To Earth, toutes aussi nombreuses soient-elles n’empêchent que très rarement de ne pas passer à d’autres groupes emblématiques... dans des genres à chaque fois différents et éloignés. Du coup, faut-il se laisser aller à une impression de pompage outrancier ou bien à un sens de la synthèse et du patchwork bien maîtrisé ? Il faut dire que les choses commencent assez fort avec l’opener éponyme. Avec une intro mélangeant parties électroniques minimalistes et beats distordus à foison, on peut viter penser à Nine Inch Nails, période The Downward Spiral. En tout cas tant qu’un riff death assis sur un blast-beat ne vienne agiter encore plus la soupe. De même, le titre "You Will Be Replaced" démarre sur un riff martial à la Rammstein avant qu’un break ne laisse place à un chant évoquant Mike Patton... puis Garm d’Ulver sur les refrains.

Le reste de l’album est dans la même veine, tout du moins en ce qui concerne les mariages surprenants. "Edge Forever" possède un feeling plus rock que metal, tordu par les synthés, brisé par les accélérations hardcore, avant que ne débarque un refrain efficace au possible emmené par une ligne de chant catchy, soutenue par des chœurs puis carrément des « Oooooh » de stade, là où celui de "Night of the Exploding Razors" tape plus dans le surf-rock. "Snakeface" casse le cliché « intro au chant secondé par la basse puis plans rocks FM » par un beatdown magnifié par un chant envolé, entre Garm et Marilyn Manson, avant de se conclure sur une outro pas loin du post-rock. "Replicas" renvoie à Paradise Lost période Symbol Of Life, tant dans la composition et l’orchestration que dans l’interprétation, pour laisser place à un moment de grâce où l’on ne peut que penser à Devin Townsend en solo (il en est de même avec "God at the End of the World"). On l’aura compris au bout de ce second paragraphe : la variété est au rendez-vous.

Le risque d’une telle démarche est qu’à force d’accumuler les références, on ne se retrouve complètement submergé par celles-ci, en plus de se disperser et d’y perdre toute personnalité. C’est là où Return To Earth fait fort. Malgré sa diversité, Automata surprend par une homogénéité qui force le respect, en grande partie grâce à la voix de Ron Scalzo, mais aussi grâce aux parties électroniques et aux arrangements orchestraux qui apportent à l’ensemble un liant plus que bienvenu et évitent de se retrouver largué dès la première écoute. Première écoute qui peut ne pas s’avérer facile, pour toutes les raisons précédemment citées. On se rend toutefois compte avec le temps que le groupe dépasse le stade des références : on n’écoute pas un groupe qui fait dans le vil patchwork : on écoute tout simplement Return To Earth, le groupe qui enchaîne les plans pouvant parfois être les plus éloignés sur le papier avec talent et sérieux, là où Carnival In Coal le faisait avec génie et rigolade. Dans les deux cas, c’est la classe.


Surprenant, barré, osé et même jouissif par moments, Automata mélange, pacse, marrie, concubine des genres à priori peu compatibles et lie de sacrés liens, le tout semblant baigner dans une évidence et un naturel qui laisse admiratif, en plus de jouir d’un niveau d’interprétation à la hauteur des ambitions du trio. Rudement conseillé.


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