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CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
Cette chronique a été mise en ligne le 12 janvier 2011
Sa note : 16/20

LINE UP

-Lemmy
(chant+basse+machine à sous)

TRACKLIST

-Un solide petit-déjeuner
-Une partie de console
-Achat de clopes
-Intégrale des Beatles
-Un verre au Rainbow seul
-Un verre au Rainbow avec Billy Bob Thornton
-Séance studio avec Dave Grohl
-Un verre à l'appart' avec fiston Paul
-Mon enfance
-Hawkwind
-Mon jeu de basse
-Ma tournée...

DISCOGRAPHIE

Lemmy (2010)

Lemmy - Lemmy
(2010) - hard rock 49% Motherfucker, 51% Son of a Bitch - Label : E1 Music



Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le Lemmy. C’est du moins d’ambition affichée ici par les réalisateurs de cet objet filmique à mi-chemin entre le documentaire et la science-fiction. Greg Olliver et Wes Orshoski ont suivi le leader de Motörhead pendant trois ans afin de percer ou plutôt de tenter de percer ses secrets : sa vie, son œuvre, ses potes, son enfance, sa famille… et le saint du saint, soit le mystère de sa longévité. Voyage au cœur de la Bête, personnage multiple, pour ne pas dire complexe et Lemm-inimitable.

Sacré challenge que d’essayer de compiler plus de 63 ans d’existence en 106 minutes top chrono, d’autant quand il s’agit d’un client comme Lemmy, homme alimentant depuis un sacré bail tout un tas de légendes plus ou moins farfelues. La tâche semble encore plus ardue quand les responsables de chantier ont interrogé pour l’occasion le tout Los Angeles afin de récolter les anecdotes les plus fumeuses et les déclarations d’amour les plus ardentes. Mais oui, tout le monde aime Lem à L-A, le plus British des Angelinos qui, on l’imagine aisément, n’a pas spécialement galéré pour se fondre dans le paysage urbain et bucolique de la Cité des Anges. En grand sportif, Lemmy fait sa marche à pied pour s’offrir une intégrale des Beatles chez le disquaire du coin, s’acheter ses clopes au distributeur le plus proche ou encore s’en jeter un au Rainbow, bar où il a élu domicile et dans lequel il détient tous les high scores au bandit manchot posé sur le comptoir. Jusqu’ici rien de bien original sous les tropiques du Pacifique : Lem’ a une conception de la diététique assez personnelle, une descente au Jack Daniel’s digne du Guinness Book (du moins pour un diabétique !), et se montre particulièrement fort en gueule. Le lascar parle peu, mais les éructations de sa voix rauque sont rarement inutiles et imposent vite le silence (sauf celui de Dave Grohl qui tente par tous les moyens de la ramener en gesticulant, vainement.)
 
Lemmy est une icône, tant mieux pour lui, parce qu’il n’en a cure. Vraiment. Il ne nourrit aucun regret, ne fait la morale à personne, se justifie peu et quand il est amené à devoir le faire, il balaie rapidement la chose d’un revers de manche sujet-verbe-complément-point barre. Sa fascination pour les reliques de la Guerre et du IIIe Reich (après de longs travellings serrés sur quelques pièces maîtresses de sa collection) ? Une passion de vingt ans. Sa réputation de nazi ? Vois ça avec les six copines black qui ont partagé ma vie. Lemmy est clairement acteur, mais aussi scénariste de la chose. D’où le manque de cohérence qui se dégage à mi-parcours du film, où il devient difficile de savoir quelles sont les intentions réelles des deux réalisateurs. Amuser la galerie via un anglais haut en couleurs ? En dresser le simple portrait fort élogieux du type intègre ? Le mettre face à ses nombreuses contradictions ? Il y a un peu de tout ça dans Lemmy, mais de façon souvent parcellaire, mal imbriquée et derechef maladroite. Heureusement aucune voix off formatée Mireille Dumas/M6 ne vient alourdir le poids des images et ridiculiser le propos et surtout ce personnage de vieil ours mal léché mais attachant à bien des égards. C’est le cas quand il taille le bout de gras avec son fils (du moins celui qu’il connaît) tout en restant le Lemmy in your face que l’on pouvait imaginer avant mettre de mettre le DVD dans le lecteur.
 
Alors certes, en bonne incarnation du rock, l’homme a clairement conscience de son potentiel comique et ne se montre pas avare en souvenirs croustillants (notamment lors de l’étonnant segment consacré à Hawkwind, apogée de sa défonce psyché). Ses proches ne sont pas en reste, en particulier Ozzy Osbourne… qui estime que - logiquement - Lemmy devrait ne plus être parmi nous (sic). Reste que l’univers quotidien et actuel de Sir Lemmy est passionnant, entre son appartement location sur Sunset (une garçonnière d’un bordel indescriptible), son application à ne pas tenir une basse ailleurs que dans un studio ou sur scène et cette solitude qui semble l’habiter plusieurs fois par jour… qu’il soit entouré d’une horde de potes fans s’écoutant parler ou devant une bruyante machine à sous de Las Vegas. L’homme semble retrouver des couleurs une fois de retour sur la route avec ses comparses de Mötorhead (peu interrogés, et mauvais choix) et l’équipe de techniciens qui, elle, a tout compris. Elle prend Lem’ pour ce qu’il est, sans se, ni lui poser trop de questions, ravie de pouvoir croiser le chemin d’un réel génie du rock sous-estimé puisque trop souvent réduit à l’image de tête brûlée imbibée qu’il véhicule. Quant au secret de sa longévité dans tout ça, souhaitez-vous le connaître ? Tout simplement ne pas mourir.  À moins que ce ne soit le parfum Chanel -Allure- dont il s’asperge tous les matins et dont la bouteille ne doit pas, elle aussi, durer plus de trois jours. La vérité est ailleurs.

 
Lem’ there be Rock. Ça fait quarante ans que cela dure et le groupe (lire tous ses membres) mériterait amplement qu’un film entier leur soit consacré. Certes ce n’était pas objet en l’espèce mais le sous-traitement de Mötorhead laisse comme un amer arrière-goût dans la bouche. Les quelques suppléments figurant au menu du disque 2 permettent davantage d’insérer Lemmy dans sa dynamique de groupe (quel bordel à Moscou d’ailleurs !) Reste que s’il vous reste quelques sous et bons cadeaux de papy/mamy, glanés lors du dernier Noël, les Éternels ne sauraient que trop encourager au combo achat de ce film ainsi que du dernier opus de trio diabolique, The Wörld Is Yours (chronique ici).


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