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CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
Cette chronique a été mise en ligne le 21 février 2011
Sa note : 16/20

LINE UP

-Myles Kennedy
(chant+guitare)

-Mark Tremonti
(guitare+chœurs)

-Brian Marshall
(basse)

-Scott Phillips
(batterie)

TRACKLIST

1) Come to Live
2) Find the Real
3) Before Tomorrow Comes
4) Brand New Start
5) White Knuckles
6) Buried Alive
7) Coming Home
8) One Day Remains
9) Watch Over You
10) Ties That Bind
11) Blackbird
12) In Loving Memory
13) Metalingus
14) Open Your Eyes
15) Broken Wings
16) New Way to Live
17) Mud Bone
18) Rise Today

DISCOGRAPHIE


Alter Bridge - Live From Amsterdam
(2010) - hard rock post-grunge burné - Label : DC3



Le feu commence à prendre. Naguère oubliés en France, seulement dégotables au rayon import (catégorie « groupe dont les amerloques sont fous mais dont l’Europe se fout »), les post-grungeux d’Alter Bridge ont lentement gagné en respectabilité. A la force du poignet. A coups d’albums généreux et burnés, comme le Blackbird de 2007 ou l’excellent AB III sorti l’an passé. Alors ? Capturé en 2008, sorti en 2010, ce live qui déboule avec un train de retard sera-t-il un coup d’épée dans l’eau, ou va-t-il enfoncer un clou déjà fumant ?

On peut s’inquiéter, légitimement, du décalage que la set-list accuse par la force des choses : rien de l’album le plus frais (dont les poutreries en chaîne ont pourtant trouvé le chemin des bacs, et décillé les yeux des snobinards), un simple mix entre les deux premiers… Ouaip : entre sa pochette hideuse et sa sortie à contretemps, ce Live From Amsterdam ressemble à un plat délicieux… mais cuisiné la semaine dernière. Faut-il pour autant bouder son plaisir ? Dépiautons d’abord ce package amateur, et constatons une première chose : le groupe est toujours aussi généreux. CD + DVD, 18 titres au compteur, un beau livret, un documentaire de plus d’une heure. Non, pas à chier : y a du matos. Et niveau qualité, hmm ? Est-elle à l’image de cette pochette orangeâtre, qui fleure bon le bâclé ? Merde, c’est tout le contraire : les Amerloques sont dans la place, et autant dire que les mecs font les choses plutôt « carrées-carrées ». Son nickel, set-list en or, lights au cordeau, caméras HD partout (dans la batterie, sur les manches des grattes, planant au-dessus d’un public en liquéfaction…) : pas de doute, on est chez les pros.

Et pros, les mecs le sont aussi dans l’exécution des morceaux. Mais pros, entendons-nous bien : pros dans le bon sens du terme. C’est-à-dire qu’on a affaire à des bosseurs, messieurs-mesdames. Des zicos qui, dans la grande tradition américaine, ne laissent rien au hasard. Et donc un show qui tourne au poil, sans pour autant perdre sa dose de sueur, de bonne humeur et, encore une fois, de générosité. C’est bien sûr le chanteur-guitariste Myles Kennedy qui remporte la palme : entertainer de première bourre, zicos multicartes, son charisme, son jeu de scène et sa voix chris-cornellienne font vraiment du concert un spectacle à part entière. Bon contact avec le public, talent en or. Deux petits bémols cependant (et ce seront bien les seuls) : une ponctuation très hetfieldienne des fins de phrases (grosso modo, exhaler un grand « -hhaa » au bout d’un mot sur deux) qui peut gonfler si l’on se focalise dessus. Et, plus chiant, une tendance un peu trop lourde à débrayer de la mélodie, c’est-à-dire à « parler » certains vers plus qu’à les chanter, tout en balançant des « alright » et autres « you know what I mean » dans les intervalles. Pour le reste, le mec tient le public par les couilles – notamment sur deux interludes acoustiques où, seul avec sa gratte (et un dobro pour le rappel), le beau gosse soulève une salle entière et assure le show comme un petit chef.

Le reste de la troupe n'a pas à rougir, et c’est un vrai feu d’artifice que nous propose Mark Tremonti, l’un des forgeurs de riffs les plus mésestimés de ces dernières années. Et des riffs, il en pond, le salaud. Des bons, voire des très bons, voire des sublimes, du riff à faire crever d’envie le plus pointu des métalleux. Carnages implacables et « directs » dans "White Knuckles" ou "Metalingus" ; pains dans la gueule plus rock sur le jubilatoire "Find the Real" ; mais surtout, tourbillons de cisaillements, saccades tarabiscotées dont seul Tremonti a le secret, qu’il s’agisse du shuffle endiablé qu’est "Ties That Bind", ou encore du turbo-tube "One Day Remains" (où, bien qu’un peu émoussé par le son, le thème n’en demeure pas moins ébouriffant de virtuosité). Du grand art, et de quoi remettre sérieusement les pendules à l’heure… Alors oui, bien sûr, la face « émotion » du groupe n’est pas en reste, non plus que son inévitable côté stadium rock. On ressort ainsi les grosses ficelles un peu cheesy sur "In Loving Memory", "Open Your Eyes" et autres "Broken Wings" ; mais merde, on a beau voir le truc, on marche quand même ! Rhâ… Ils sont forts, ces Amerloques… Surtout sur un "Blackbird" d’anthologie où, malgré les grosses pataugas solennelles et la montée en intensité « poing sur le cœur », le groupe parvient tout de même à faire jaillir une petite étincelle.

« C’est super bien fait. » Voilà ce qu’on pourrait dire en résumé. Le son est bon, l’image nickel. Et la réalisation, soulignons-le pour une fois qu’elle saute aux yeux, semble parfaitement irréprochable : les musiciens sont filmés sous le bon angle, au bon endroit, au bon moment, ni trop vite, ni trop longtemps. C’est bien simple : dès que le guitariste, le bassiste ou le batteur passent un plan intéressant – et cela va du bel arpège au petit roulement – la caméra est dessus. Il faut donc que le cogneur en moi parle : mention spéciale au jeu athlétique de Scott Philips, sublime de souplesse et de puissance derrière son kit. Outre le groove et l’inventivité, ce mec a tout simplement le geste parfait, et le DVD permet – enfin – de ne pas en perdre une seule miette. Il y a donc à bouffer sur tous les plans, même en ce qui concerne les bonus, qu’il s’agisse d’un inédit et d’une reprise joués en rappel (très bonne idée, et très bon moment), ou du documentaire accessible via le menu. Une heure sympathique d’interviews et de coulisses, où l’on verra des fans jouer avec le groupe, les techniques des mecs pour s’échauffer, quelques interviews sur la genèse d’Alter Bridge et le parcours des musiciens (le bassiste et le batteur ont eu le déclic respectivement sur Faith No More et Living Colour, qui l’eût cru ?) et où, cerise sur le gâteau, on découvrira une session accoustique et son "Hallelujah" plutôt bien torché – alors qu’on était légitimement en droit d’attendre le pire.


Attendre le pire. C’est bien ce qu’on craignait en dépliant ce package horrible et en retraçant l’histoire de ce live. Et pourtant, non : « C’est super bien fait. » Voilà ce qu’on répétera à qui d’aventure voudra se laisser tenter. Un bon produit, bien solide et bien rempli. Et surtout : une pierre de plus à l’édifice. L’assurance qu’Alter Bridge n’est ni un groupe de posers, ni une machine trop bien huilée, mais bien une bande de vrais zicos, solide en studio, torride en live, et sur laquelle seuls les indécrottables pourront encore faire l'impasse.


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